‹ Les Dernières fuséesChapitre 24 sur 29 · L^ GALETTE · texte numérisé non relu

L^ GALETTE

Dans les banquets où le Champagne Est payé par celui qui gagne L'honneur d'être souverain, Chacun s'efforçait, en cachette, D'avaler la fève indiscrète, L'œil souriant, le front serein;

Depuis cette horrible trouvaille, Allez donc ouvrir votre entraille A cet affreux petit magot !

Plus d'un vieux, essayant la chose.

Sur cette porcelaine rose A laissé son dernier chicot !

Quelques téméraires, sans doute, L'ont avalé coûte que coûte.

Mais Dieu sait s'ils en ont pâti !

Il ne veut plus quitter son gîte :

Hélas ! plus d'un' appendicite Vient de ce poupard englouti.

Et c'est pourquoi nos honorables.

Trouvant ces jeux-là misérables, Se sont offert, en moins de rien, Pour corser leur menu de fête, Un supplément de la galette Qui cuit au four du citoyen.

LE BROYEUR

LE BROYEUR

CHANSON (air à faire)

A l'ami H. Coullon.

Autrefois, nous avions la rage, L'choléra, la peste et l'typhus, Maint'nant nous avons en partage L'automobile et l'autobus.

Grâce à ces sports, la fin du monde Doit arriver très prochainement, Car c'est tous les jours, à la ronde, Un effroyable écrabouill'ment.

Refrain

Voilà l'broyeur qui passe !

Numérotez vos abatis bientôt ;

Voilà l'auto !...

Il bondit à^travers l'espace !

Tout est bousculé, renversé,

Fracassé !...

Voilà l'broyeur passé !

158 LE BROYEUR

Quand l'broyeur infernal s'approche De vot' maison, ah ! quel effet !

Du mur chaque tableau s'décroche, La vaisseir se bris' dans l'buffet.

Mugissant comm' l'hippopotame Il s'arrêt' si court, le brutal, Que la s'couss' désarçonn' Madame Qui v'nait d'enfourcher son p'tit ch'val !... Voilà l'broyeur..., etc.

En s'rasant on s'coup' le visage, A table on s'fourr', d'un bras tremblant. Dans l'nez la moitié d'son potage, L'autre va sur le plastron blanc.

Plus de dinettes reposantes, Tous les nerfs sont exaspérés...

Grâce à ces tromp's horripilantes Que de divorces consacrés !...

Voilà l'broyeur..., etc.

Par les chemins, quelle tuerie !

L'broyeur, dans ses bonds folichons.

Réduit en un' mêm' charcut'rie Les paysans et les cochons!...

On pass' des nuits !... c'est un martyre !... L'épous' rêve d'un pneu troublant Et prend, dans son bouillant déhre, L'nez d'son mari pour un volant !

Voilà l'broyeur..., etc.

LE BROYEUR I59

Chauffeurs et chauffeuses fantasques Ont des costumes d'esquimaux; Sur la figur' d'horribles masques Qui font hurler les animaux, Quand il leur pass', sous les méninges, L'envi' d'sacrifier à l'amour.

Etonnez-vous qu'ce soient des singes Qui parfois émergent au jour I Voilà rbroyeur..., etc.

LETTRE A L^ABSENTE

LETTRE A L'ABSENTE

Sur le vieil air de la Catacoua (ou pièce à dire)

« Pendant que tu cours la prairie, Ici, moi, pauvre délaissé, Pour tuer le temps, ma chérie, Je revis le bonheur passé; Voici tes billets pleins de flamme Où tu dis ton charmant émoi :

J'y suis ta Loi,

Ton Tout, ta Foi, L'amour te met le cœur en désarroi !...

— On sent que c'est le cri de l'âme^: Ah ! reviens, Lulu, près de moi.

Puis voici d'autres papiers... qu'est-ce? Ah ! diable !... un mémoire embêtant ! Ta modiste frappe à ma caisse...

Il ne te manquait rien, pourtant !

Voici toute une ribambelle - De factures qu'il faut payer

Au couturier.

Au tapissier.

Au bijoutier... voire même au mercier !...

— Tu sais... si la campagne est belle Il faut en bénéficier !

164 LETTRE A L'ABSENTE

Tu dépenses tant, malheureuse!...

Pour ce reproche mérité, Tu m'as fait une scène affreuse Au commencement de l'été.

Tu m'as jeté dans ta démence, Au nez, avec ton désaveu,

Le garde-feu

Dont j'ai, morbleu !

Jusqu'à ce jour gardé la marque en bleu î, — L'air pur doit te calmer, je pense, Aux champs demeure encore un peu.

Prodigue, colère... et la suite !

Car je me rappelle à présent Ton trouble quand t'a reconduite Gaston, le voisin complaisant.

Oui, ma trop légère compagne.

Je suis plus que fixé, vois-tu.

Et convaincu

D'être... cocu...

Je parierais cent francs contre un écu !. — Passe l'hiver à la campagne, Ça reffermira ta vertu.

Ce que je mange est détestable !

J'ai beau changer de restaurants C'est toujours, sur la même table.

Les mêmes biftecks écœurants.

Et je pense à la bonne chère Que nous nous offrions chez nous,

LETTRE A L'aBSENTE 165

Aux bons plats doux Flattant mes goûts Que tu faisais !... à se mettre à genoux !...

— Tiens !... je sens faiblir ma colère Au souvenir de tes ragoûts.

D'ailleurs, tu n'es que ma maîtresse, Le divorce m'est interdit; Peut-être n'es-tu pas, traîtresse, Coupable autant que je l'ai dit, Ça se passait à la nuit close, Je n'ai surpris, bien par hasard.

Qu'un seul regard

De cet Edgard, Dois- je, pour ça, conclure au... grand écart?.

— Si tu peux m 'expliquer la chose Prépare tout pour ton départ.

Tu vois, je suis bon, je pardonne; Je pairai tout ce que tu dois; J'entends siffler le vent d'automne Et ça nous promet de grands froids.

Je suis frileux, je crains la bise.

Et dans l'hiver tu tiens vraiment,

De ton amant.

L'appartement, Un coin surtout : l'alcôve, chaudement !

— Reviens vite !... il m'économise Du charbon, ton tempérament.

LA SAGESSE DU BŒUF GRAS

LA SAGESSE DU BŒUF GRAS

A l'ami Miron d'Aussy.

Près de la Reine vermeille Se glisse un masque hardi; Il se penche à son oreille Et voilà ce qu'il lui dit :

— « Si tu veux faisons un rêve :

« A la force de mes bras,

« De ce trône, je t'enlève,

« Nous montons sur le Bœuf Gras;

« Dis un seul mot, je t'installe « Sur ce large palefroi...

u Je l'éperonne, il détale, « Tu m'appartiens, je suis roi î

« Fendant la foule ahurie, « Nous irons, toujours devant, « Par bois, montagne et prairie, « Où nous poussera le vent;

LA SAGESSE DU BŒUF GRAS

« Vers la rive toujours verte « Où l'on doit si bien rêver, « Ou dans une île déserte...

« (On doit encore en trouver).

« O ma Reine ! quelle fête « Pour notre cœur éperdu ! »

Mais le Bœuf tourna la tête, Il avait tout entendu.

- « Pardonnez, si je dérange Ce projet si plein d'appas Et sa fantaisie étrange...

Mais, moi, je ne marche pas.

Vous en parlez à votre aise De courir par monts et vaux !

Je trouve le steeple-chase Bon tout au plus pour les veaux.

Il faudrait que je vous porte Tous les deux?... et nuit et jour?...

Vous vous aimez... que m'importe!

Je ne comprends pas l'amour :

Je serais un imbécile !... Pour un instant, supposons Que nous la trouvions cette île Sans habitants, ni maisons.

Elle viendrait tôt la dèche...

LA SAGESSE DU BŒUF GRAS I7I

« Vous ne pourriez pas longtemps

« Vivre d'amour et d'eau fraîche...

« Et mes biftecks sont tentants.

« Le cœur crierait : « Joie ! Ivresse ! »

« J'ai faim ! » dirait le boyau :

« Vous calmeriez sa détresse

« Par mes tranches d'aloyau.

« Mangé pour mangé, je reste

« Ici, cajolé, fêté,

« Savourant, dans un beau geste,

« Tout un jour de royauté. »

La Reine se dit : •( Peut-être « Le Bœuf Gras n'a-t-il pas tort »

Et d'un « Zut ! » envoya paître L'aspirant Prince-Consort.

A l'ami Darras.

Sur l'air des Tvembleiirs (Rameau)

Quatre étudiants imberbes, Coiffés de bérets superbes, Déambulent par les herbes, Au jardin du Luxembourg.

Ce n'est pas, on l'imagine, Le Droit ni la Médecine, Qui dilatent leur narine.

Mais bien des suiets d'amour.

Quand ils voient sur leur passage Quelque femme, folle ou sage.

Dont l'appétissant corsage Est des mieux capitonnés, Alors leur cerveau chahute; On s'échauffe, on se dispute Et, pleins de fièvre, on discute La question des nénés.

Le plus vieux, Jean, de Pontoise, D'un air dédaigneux les toise Et dit, d'une voix narquoise :

— « Taisez- vous !... enfantelets...

Vous rêvez d'appas étranges, Bons pour des valets de granges !..

Moi, je les veux en oranges, Tout menus et rondelets. »

— « O le plus sot des béj aunes !...

Oranges !... pourquoi pas jaunes ?...

C'est en vain que tu les prônes, (Dit François, de Commercy.) Ayons donc, tant que nous sommes, Le goût du premier des hommes :

Eve les avait en pommes Et je les adore ainsi ! »

Impétueux, Jean, de Dôle, Ricana, haussant l'épaule :

— « Le rond, tu trouves ça drôle ?

Ca ne doit plus se porter...

Ce sont là de vieilles gloires...

Vivent deux fermes ivoires Qui se détachent en foires, Et vous offrent d'y goûter. »

Le plus jeune, petit Pierre, Quoique de la Cannebière, Emu, baissa la paupière, Rougit sous ses cheveux blonds, Et dit, d'une voix pudique :

— « Moi, j'ai bien peu de pratique, Mais voilà mon esthétique :

Je les préfère en melons ! »

nL

MES EXCUSES AU BON-BOCK

MES EXCUSES AU BON-BOCK

PONT JE NE PEUX PLUS FRÉQUENTER LES JOYEUX BANQUETS Snr l'âir : A Saint Lazavi

A mon vieil ami Auguste Makteroy, secrétaire-général dévoué et Tâme dn Bon-Bock.

Mon vieux Mario faut m 'excuser

De mon lâchage.

Il m'est défendu d' m 'exposer

Hors de ma cage; Dehors, je trébuche à chaqu' pas,

Comme un ivrogne.

Et ça m 'vaut des mots... plutôt gras.

Des gens que j 'cogne.

Mes jamb's ne veul'nt plus rien savoir.

A pein' si j' fume...

Mes yeux pleur'nt comme un arrosoir.

Dès qu'on allume; L*^ ch'veu tombe... à l'hiver frisquet

La feuiir décampe :

Ma tête aura bientôt l'aspect

D'un' pomm' de rampe.

l82 MES EXCUSES AU BON-BOCK

Mes chicots s'en vont peu à peu...

Mon dos se voûte...

Mon mollet a tout l'air d'un pneu

Qui crève en route; En un mot, mon individu

Bat la breloque, Et ce n'est plus qu'un résidu,

Une simple loque.

Qui rit d' ça?... les Déshérités,

Leur blagu' frétille; Y n' sont plus les seuls maltraités

De la famille; Le jour de leur revanche a lui !...

Quant au Superbe, Il n'en mèn' pas large aujourd'hui.

Et tait son verbe !

Parfois il voudrait s' dégourdir;

C'est un feu de paille...

Il lui faut vit' se reblottir

Dans sa broussaille; Et pour le voir, ce vibrion,

Cette syncope, Faudrait d'mander à Flammarion

Son télescope !

MES EXCUSES AU BON-BOCK 183

Tu vas trouver, probablement,

Que j'exagère?

Peut-être bien... mais en c'moment

J' suis en colère :

Figure-toi que mon méd'cin,

Brave homm'... mais rosse...

Veut que j'mett' de l'eau dans mon vin

C'que c'est atroce ! ! !

Le seul résistant dans le lot

Qui se liquide.

Heureusement, c'est l'ciboulot,

Toujours valide, Et bien qu'il accuse, mon cœur.

Un peu d'usure.

Il est resté iranc bon-bockeur.

Je te l'assure.

Il sera mardi parmi vous,

Frôlant vos nappes.

Se grisant au son des glouglous

De vos agapes.

Je serre à tous les mains, en bloc

Et puis, je ferme En clamant : « Vive le Bon-Bock ! »

Et : « Buvez ferme ! »

(Octobre ig2o)»

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