‹ Les Dernières fuséesChapitre 9 sur 29 · VOIX · texte numérisé non relu

VOIX

Mais alors il arriva Que chaque amant soupira :

« Mignonne, il faut nous quitter !

« Nous n'avons plus rien à nous chanter !

ENSEMBLE

« Encore un couplet! (disaient-elles)

« Nous aimons tant cette chanson! »

[D'un ton piteux),

« Hélas ! nous n'avons plus, les belles !

« Dans le gosier le moindre son... »

{Voix suppliantes).

« Encore ! un seul ! (disaient-elles) » {D'un ion piteux).

« Las ! nous n'avons plus de voix ! »

La, la, la, la, la, la...

{Avec forcé).

Mais une autre fois

La, la, la, la, la, la !

La, la, la, la, la, la !

BARBASSON AU PARADIS

BARBASSON AU PARADIS

(Récit marseillais)

Le Bon Dieu s'ennuyait ; la chose est fort croyable,

Toujours seul au milieu de ses saints... braves gens,

Fidèles, dévoués, parfois intelligents,

Mais tristes, démodés, monotones en diable !

Sa santé s'altérait, à ce pauvre Bon Dieu,

Quand Saint Luc, un malin, lui glissa dans l'oreille :

« Seigneur, il serait bon de vous distraire un peu,

« Eh ! té ! si vous alliez faire un tour a Marseille ? »

— « Eh ! je n'y pensais pas (fit Dieu tout réjoui)

« Luc, ton idée est bonne, immense, colossale!

K Du Paradis, Marseille est une succursale,

« Je serai là comme chez moi... j'y descends!... Oui,

« Mais je trouve un cheveu: je crains pour mon prestige!...

« Si je vais au milieu de mes bons provençaux,

« On va jaser partout — le monde est plein de sots ! —

« Allons ! renonçons-y, ma majesté m'oblige

« A m'ennuyer ici de la même façon.

« Mais, non... c'est bien plus simple... où donc ai-je la tête?

« Je vais, sans voyager, mettre le Ciel en fête :

« Qu'on aille sur-le-champ me chercher Barbasson! »

68 • BARBASSON AU PARADIS

Sitôt dit, sitôt fait, saint Michel dégringole

Chez moi... J'étais au lit... Il me met au courant

De la chose en deux mots... Je consens... Il me prend

Sur son dos... et dans l'air notre couple s'envole.

Nous arrivons. Saint Pierre, un bon vieux vif et gai,

M'annonce : « Barbasson ! » J'entre au palais céleste

Où tout le Paradis m'attendait intrigué.

Sans nulle émotion, je m'incline et, modeste,

Je dis : « Eh ! me voilà ! » — « Barbasson, mon ami,

(Dit le Seigneur) tu vois, le Ciel est endormi,

« Çà manque de gaîté... c'en devient pitoyable.

« Nous avons bien besoin que ta verve incroyable

« Nous égayé aujourd'hui; veux-tu pas nous conter

« Quelques-uns des exploits qui t'ont rendu célèbre? »

— « Eh ! Bon Dieu ! Je veux bien. . . Quittez cet air funèbre.

« Quoique je n'aime pas beaucoup à me vanter,

« Je consens à vous dire un peu de mon histoire.

« Je commence. » A ces mots, tout le saint auditoire

Se presse, m'environne, et je voyais ces yeux

Qui semblaient à l'envi dévorer mes paroles.

J'avais autour de moi des amas d'auréoles !

Je leur dis mes combats, mes faits prodigieux,

Du pôle boréal aux plages empourprées;

Mes chasses au lion dans les Atlas géants!

Et les monstres vaincus au sein des Océans !

Ah ! si vous aviez vu ces têtes effarées !

J'entendais haleter les poitrines sacrées !

« C'est Satan » disaient-ils. Et, calme, sans effort.

Me riant des dangers comme d'une chimère,

J'allais, j'allais... toujours de plus fort en plus fort !

BARBASSON AU PARADIS 69

Si bien que j'entendis alors la bonne Mère,

La sainte Vierge, dire à Jésus : « Mon garçon,

« Ils n'auraient pas osé te clouer au Calvaire

« Si la terre eût alors contenu Barbasson ! »

— « Encor ! » disaient les saints, retenant leur haleine

Et j'avais à mes pieds la belle Madeleine,

Dont l'œil éblouissant brillait comme un flambeau.

Et qui, gênant un peu ma grande modestie.

Disait : « Ah! qu'il est bien ! Pécher e, qu'il est beau !

« Il me fait repentir de m'être repentie ! »

Mais après le nectar, hélas ! je bus le fiel :

On ne peut contenter tout le monde et le ciel;

J'avais fait des jaloux. Quelques timides plaintes

S'élevèrent d'abord, puis la rumeur s'accrut...

Des saints, laids et grognons, reprochèrent aux saintes

De me regarder trop. Saint Thomas l'air bourru,

Murmura le premier : « Je ne veux pas y croire. »

Saint Denis, dans ses mains, branla son chef d'ivoire.

Et Saint Paul eut un rire ironique et moqueur.

J'aurais dédaigné tout, lorsqu'à son tour, bagasse !

Saint Hubert, qui trouvait son maître en fait de chasse.

Osa dire tout haut : « Cet homme est un blagueur ! »

Le tonnerre est moins prompt, l'éclair est moins rapide.

Que ne le fut le bond que je fis à l'instant !

Mais le Seigneur soudain, du geste m'arrêtant,

Me dit : « Ne réponds pas, Marseillais intrépide !

« Je voulais te garder pour réveiller les Cieux,

« Mais ta gloire trop grande y fait des envieux...

« Va-t-en poursuivre en bas ta destinée altière.

u Restons chacun chez soi, Barbasson, entre nous.

70 BARBASSON AU PARADIS

v( C'est le meilleur moyen de n'être pas jaloux, « Car, moi j'ai l'Empyrée et toi la Cannebière ! »

Et je me réveillai dans mon lit le matin ! Miette prétendit que ce n'était qu'un rêve. Dans le premier moment je fus très incertain, Mais l'hésitation, vous le pensez, fut brève. Ce voyage étonnant, je ne l'ai pas rêvé... Voué comme je suis à l'extraordinaire.

Sachant ce que je sais et ce que je peux faire; Moi je suis convaincu que ça m'est arrivé! (i)

(i) Ce monologue a paru en plaquette à la Librairie Théâtrale, boulevard des Italiens.

Que la mer soit bleue ou bien grise.

Que, forte ou câline, la brise Roule le sable ou le galet, Quand le mois d'août superbe arrive, Tous les baigneurs sont sur la rive.

Vêtus de leur laid incomplet !

Ah ! qu'on s'amuse aux bains de mer De Trou-pas-Cher !

Des costumes, collant aux hanches, Cachent très mal des formes blanches, Des noires, des jaunes aussi...

Et les vieux Messieurs malhonnêtes Pointent les canons des lorgnettes Sur tout contour bien réussi !

Ah ! qu'on s'amuse aux bains de mer De Trou-pas-Cher !

Les amoureux content fleurette.

En fendant la vague discrète Où se donnent les rendez- vous...

Et chez nos jeunes gens pratiques, On fait des serments aquatiques En se promettant d'être époux.

Ah ! qu'on s'amuse aux bains de mer De Trou-pas-Cher !

Le salon remplaçant la grève, L'hiver on reprendra ce rêve...

A moins que, vite détaché Du serment des heures ferventes, Fait entre deux coupes savantes, L'amour oublie, étant séché !

Ah ! qu'on s'amuse aux bains de mer De Trou-pas-Cher !

Madame Ikse émerge de l'onde Et, sûre de sa beauté blonde, Laisse le peignoir en repos...

Madame Ygrec court sur la plage Et ne se livre au déballage Qu'en la cabine aux joints bien clos ! Ah ! qu'on s'amuse aux bains de mer De Trou-pas-Cher !

Au Casino, les grosses dames Qui ne se livrent plus aux lames, Pontent sur les petits chevaux...

Au kiosque à musique on écoule.

De la « Walkiire » à « Viens Poupoule », Tous les rasoirs, vieux et nouveaux !

Ah ! qu'on s'amuse aux bains de mer De Trou-pas-Cher !

Le soir, on va voir au théâtre La pièce, pas du tout folâtre Ou le drame tant ressassé !...

Ça fait toujours passer deux heures...

Et l'on regagne ses demeures Cahin, cahan, baillant, lassé !

Ah ! qu'on s'amuse aux bains de mer De Trou-pas-Cher !

Un beau jour, changement à vue !

Pourquoi cette joie imprévue, Ces serrements de main, ces ris?...

Pourquoi, chez tous, cet air de fête?... C'est bien simple : chacun s'apprête Pour s'en retourner à Paris !

Ah ! qu'on s'amuse aux bains de mer De Trou-pas-Cher !

Page 1