LA BOURGOGNR SOUS LE DUC HENRI
d'une concubine, Raingarde, fut nommé évoque d'Auxerre, sans doute grâce à Tappui de ses frères, Hugues Capet et Henri, et d'Herbert de Troyes, son parrain probablement. Cet évêque n'eut absolument rien d'ecclésiastique : il ne se préoccupa que de chasser et de construire' des châteaux. C'est ainsi qu'il bâtit Toucy et Saint-Fargeau. * II dilapida les biens de son église, en inféoda beaucoup aux comtes Eudes de Chartres et Herbert de Troyes. Son frère Henri, duc de Bourgogne, montrait, bien que laïque, des sentiments beaucoup plus religieux : il fit réformer l'abbaye de Saint-Germain d'Auxerre par saint Mayeul qui y plaça Hildric comme abbé ; il appuya les moines de Sainte-Colombe de Sens quand, en 974, ils vinrent demander à Lothaire le renouvellement d'un diplôaie de Louis le Pieux qui faisait don à l'abbaye d'un important vivier dans l'Yonne et lui accordait l'immunité '. Depuis 968 nous avons perdu de vue Lothaire. Nous n'avons ni un diplôme ni une mention d'Annales qui nous renseigne sur sa vie pendant six années. Au début de 973 il aurait fait un voyage dans l'Ouest, en Aquitaine ; le 19 jan-
11 s'appuie sur ce que Ton trouve sa souscription dans un acte de Hugues Capet de 975 (Ifistor. de Fr,^ IX, 733). Kalckstein suppose qu'il était nécessaire d'avoir six ou sept ans pour souscrire une charte. C'est une erreur; des enfantsau berceau pouvaient le faire. 11 ne s'agissait pas de savoir écrire; il suffisait de toucher l'acte de sa main; le scribe écrivait le nom. C'est ainsi que nous voyons un petit enfant, Bernard, qui n'est pas même baptisé, souscrire une charte de sjn père le comte Roger, en août 981 {Historiens de France^ IX, 735-36). Quant àprétendre que Robert devait être majeur de vingt ans le l^janvier 988 pour être couronné roi, c'est une erreur complète. Lothaire fut couronné à treize ans. — M. Pfister met la naissance de Robert en 970 en s'appuyant sur Holgaud et le passage de Richer cité plus haut; il date sans preuve la répudiation de Suzanne de l'année 989 ; or Richer la rapporte après la mort du duc Conan de Bretagne, qui eut lieu certainement en 992.
1. Gesta pontif. Autissiod. : « Duo castra munivit, unum in rivo a Launto ap. S.Ferreoli villam,aliudin civitate X. milliario, Tuciacum « vocabulo, quae videlicet castra dicebat non minus ecclesie .sibi com- « misse quam ad raunimen totiuspagivaldeinlongumprofutura... » — Toucy est à 20 kil. S.-O. d'.-Vuxerre. Herbert y mourut en 996, le 23 août. — S, Fen^eoli villa, in rivo Launto me semble devoir être identifiés avec 'Saint-Fargeau-sur-le-Loing, chef-lieu de canton de l'arrondissement de Joigny( Yonne).
2. Gestapontif, Autissiodor. (Duru, t. I, p. 382 et ss.). Historiens de France, IX, 637; Max. Quentin, Carlul. général de l'Yonne, 1, 145.
7t) LES DEBITS DE GERBERT Wî]
vier, se trouvant k Poitiers avec Gibuin et un grand nombre d evéques, il aurait accordé un diplôme à l'abbave de Bonneveauî, près Poitiers» sur la requête de Ge<)ffroi d'Anjou; mais cet acte est bien suspecta En 972, Lothaire avait envoyé à Otton P^ alors à Rome, un ambassadeur du nom de Geranfius, archidiacre de Téglise de Reims ** Nous ignorons le but de ce voyage^: A Rome Geranuus rencontra un jeune moine qui le pria de lui enseigner ia philosophie ^Gerannus s'y était acquis une grande réputation); l'archidiacre accepta et ramena son élève à Reims : c*était le fameux Gerbert.
Gerbert \ né vers 940-45, dans rAquilaiue centrale, d'une famille pauvre, entra dans son enfance au monastère de Saint- Géraud d'Aurillac, gouverné par un abbé qui portait précisément ce nom de Géraud. Le moine Raimond lui enseigna la grammaire, « c'est-â-dire le latin », et son instruction première dut être des plus fortes si nous en jugeons par le stjle de ses lettres. Vers 967-96S le monastère reçut la visite de Borrel^ comte de Barcelone* qui y venait en pèlerinage. Sur ia demande de Tabbé Géraud, il emmena avec lui le jeune Gerbert pour parfaire son instruction au delà des Pyrénées. Hâtton, évoque de Yich, lui enseigna les mathématiques. En 970, Borrel et Hatlon, désirant ardemment que l'évêché de Vie h fut érigé en archevêché, se rendirent à Rome dans ce dessein. Ils emmenèrent Gerbert. Ses connaissances en mathématiques et en musique (qui faisait alors partie des mathématiques) fraj^pèrent le pape Jean XIII ; ces sciences étaient pour ainsi dire oubliées en Italie. H se hiitade prévenir Temperenr de Tarrivéc du jeune savant ; Otton P' répondit par la défense de le laisser partir à aucun prix. Burrel et Hatton
t. Hisioriens de France^ IX ^ ^^^3.
2. Le manuscrit de Richer porte simplement « G- Remensium !i ardiîdiat'oims d. Maîâ nous avons le nom de re personnage dans le Decrelum Af/afberùnis, ou il s^ouscrit « Signum Geranni archidiaconiu Voy. Mon. Germ,, SS. XIV, 616.
3. Diimm 1er suppose (p. 481 que Tarchidiacre était envoyé par Lo* thaire à propos du mariage de son cousin OUon 11 avec Theopliano, princesse byzantine.
, 4. J'emprunte ces renseignements à Texcellente biographie de M* Havet. Je négligerai celles des précédents biographes qui sont remplies d'errenrs.