LOTHAIRE MARCHE SUR AIX-LA-CHAPELLE
passage des gués de la Meuse, Tarmée fut divisée en « centuries » commandées chacune par un « centurion »* et elle
rique d'Otton II. Cela est inexplicable si la Meuse a été franchie vers Givet, Dînant (c'est-à-dire si Lothaire a pris par la rive droite de la Sambre), car l'armée n'était pas alors à moitié chemin, et il était inutile de la ranger en ordre de bataille, elle avait devant elle la partie la plus difficile de l'Ardenne. Au contraire, en prenant par la rive gauche de la Sambre, puis de la Meuse, les difficultés étaient bien moindres ; le passage de la Meuse dut s'effectuer entre Liège et Maestricht. Aix n'est pas à dix lieues du fleuve. On conçoit alors très bien que Lothaire ait rangé ses troupes en ordre de bataille, qu'il ait été seulement alors Ryié sur les forces d'Otton, et que celui-ci n'ait appris que si tard l'arrivée des Français (voir p. suivante). Cette supposition que Lothaire suivit la rive gauche delà Sambre trouve sa confirmation dans le récit que les Gesla ep, Camerac. (1. I, c. 100) font des alarmes de l'évêque de Cambrai et de sa fuite précipitée à Cologne, où précisément Oiton H se réfugia lui aussi. Seulement les Gesta confondent cette expédition de Lothaire avec celle de 965 contre la Flandre (voir page 47). L'erreur peut être aisément corrigée : en 965 Theudon n'était pas encore évêque; d'autre part, Theudon était mort à la fin de 978 (voir page 111), peu après le passage de Lothaire en Cambrésis ; celui-ci a donc eu lieu certainement en 978. Maintenant la difficulté est de savoir si c'est en juin, au moment où le roi marchait sur Aix, ou si c'est en décembre, après la retraite d'Otton IL Ce dernier avis est soutenu par M. Malthaei (p. 30-38).— M. J. Lair, (éd. de Dudon, p. 294, note a), combinant les Gesla ep, Camerac. avec un passage de Dudon (voir page 47, n. 2;, se donne beaucoup de mal pour démontrer qu'Arnoul le Jeune, comte de Flandre, avait refusé le service militaire à Lothaire lors de l'invasion d'Otton II, et qu'il lui avait repris ses conquêtes de 965 ; après la retraite d'Otton en 978, Lothaire marcha contre la Flandre ets'empara du pays jusq u'àla Lys. Amoul effrayé implora la médiation de Richard de Normandie ; celui-ci força Lothaire à restituer Arras au comte de Flandre. En réalité il suffit de comparer les passages de Dudon et de l'auteur des Gesta ep. Camerac. avec les Annales flamandes qui rapportent l'invasion de 965, pour voir qu'ils ont copié celles-ci mot pour mot (voy. p. 46, n. 3). On ne peut donc essayer d'appliquer ces récits à la fin de l'année 978. D'ailleurs Dudon ne met aucune date et ne dit nullement qu'il s'agisse d'Arnoul le Jeune. Les Gesia ep. Camer. débutent ainsi : « Sub hujus « autem tempore Arnulfo sene^ Flandrensium comité, mortuo, raox « irruens Lotharius rex, etc. » ; c'est clair : il s'agit bien de965. — L'auteur des Gesta ep. Camerac. a relié maladroitement ce passage, copié sur les Annales Elnonenses minores^ à la fuite de Theudon en 978. Il faut soigneusement distinguer ces deux faits et non pas les commenter avec un passage de Dudon et les embrouiller — comme a fait M. Matthaei. — Ce n'est pas là le moyen d'éclaircir une question suffisamment obscure. Notre hypothèse que Lothaire menaça Cîambrai en juin 978 nous paraît donc préférable, parce qu'elle est plus prudente. 1. Expressions que Richer a empruntées à l'organisation romaine
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marcha sur Aix ; mais Texpédition subit des retards : les troupes étaient trop nombreuses pour un simple coup de main, et s'étaient embarrassées de bagages de toutes sortes. Tout en sachant l'empereur peu entouré, Lothaire ignorait les forces exactes dont il pouvait disposer (il ne l'apprit qu'après le passage de la Meuse*), aussi à tout hasard avait-il réuni le plus grand nombre d'hommes possible ; ce fut une faute.
Quand on apporta à Otton II la nouvelle qu'une armée française était tout proche, il refusa absolument d'y croire ; les messages avaient beau se succéder, il s'entêtait à nier ; il répondait que Lothaire n'avait ni assez de guerriers ni des vassaux suflBsamment fidèles pour tenter une pareille entreprise. Enfin il monta à cheval et quand de ses propres yeux il se fut assuré de la vérité, il comprit que toute résistance était vaine, qu'il valait mieux se mettre en sûreté, quitte à se venger plus tard. Il s'enfuit donc à Cologne avec Théophano et toute sa suite, et si précipitamment qu'il abandonna les insignes impériaux.
L'armée de Lothaire retardée par ses bagages n'arriva que le lendemain ; dans le palais, les tables étaient encore dressées pour le repas et couvertes de mets. Les valets d'armée se jetèrent dessus; les insignes impériaux furent retirés des cachettes, le palais et le pays environnant furent pillés. Tout cela n'empêcha pas l'expédition d'être manquée, puisque son but réel était de s'emparer de la personne d'Otton II. Aussi, après être demeuré trois jours seulement à Aix, Lothaire donna le signal de la retraite *. Mais avant
(III, 69.) Nous les conservons ne sachant trop à quoi elles peuvent correspondre à ce moment du moyen âge.
1. « Cum vero vada Mosae transmisissent, centuriones constituti et a dispositi per centurias, Ottonem non sufficientem habere exercitum «c diligenter contemplati sunt. Itaque accedebant, multamque inopiam <c rei railitaris apud hostem praedicabant. » (Richer, III, 69).
2. Richer (III, 69, 70, 71). — Annales AUahenses : « 978. Hoc etiam « anno Lotharius rex, hortatu et consilio filiorum Reginharii qui fuit « princeps et dux in regno Lotharii (v. p. 93, n. 1), cum electo c£ numéro militum, repente invasit Aquisgrani palatium seditque ce tribus diebus ibi, ordinans atque constituans quae sibi congrua «c videbantur. » — Ann. Laub. et Leod. : « 978. Lotharius rex Aquense <c palatium videretantum venit. » — Ann. Sangaïlenses majores : « 984
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leur départ les Français se donnèrent la satisfaction d'amourpropre de retourner vers l'Est Taigle de bronze aux ailes déployées qui se dressait au sommet du palais. Il avait été placé dans cette position par Charlemagne, ce qui était évidemment une menace pour la Saxe ; les Ottoniens ses succes-
« (sic). Lotharius rex Francorum, contentione agens adversus Ottonem a imperatorem de fi ni bus regni, Aquisgrani tamquam sedem regni a patrum suorum invasit, terram quoque intep Mosellam et Renum, « quae erat in Ottonis imperio, afFectare coepit.»— Alpertus. /)c episc. Mettens. : « Uujus (Deoderici) itaque temporibus, Lotharius rex France corum in partem Belgarum regni, quod sub imperio Ottonis Caesaris « erat, animum intendit, ut suae ditioni Hrenura usque sibi subjuga- « ret. Nam dura forte Aquis Otto Caesar ad conventus agendos tutus et « omni timoré sublato consisteret. et id per exploratores Lothario régi « enuntiatum esset, magnis itineribus ad eum contendit et de impro- « viso prope castra accessit, ut imperatori vix facultas sui recipiendi « relinqueretur atque in fuga acceleranda emolumenta essent multa « relicta, quae omnia praedac hostibus fuerant. » — Gestaep. Camerac.j 1. I, c. 97 : « Rex Karlensium Lotharius imperatorem Ottonem incau- « tum invadit et ideo Otto, collecte agmine, regnum ipsius devastavit. « Post haec autem imperator, jam pacato regno et omnibus sibi ante « resistentibus virtute sedatis, quietus et cum prosperitate quae Dei « sunt tractans, apud palatium Aquisgrani circa festivitatem Sancti « lohannis morabatur, — cum repente Lotharius rex Karlensium, « nepos videlicet suus, illum volens privare imperio, occultu expedi- « tione adeo incautum paravit invadere, ut pridie antequam preoccu- « paretur, posset resiscere. Qui quoniam liujus rei improvidus puta- « bat se non habere in presens ad renitendum copiam, movens se a « loco, cum omni secessit familia Coloniam ; sese arbitratus se opor- « tere quidem ad tempus cedere ut postmodum ex industria potius a posset resistere. Cum autem rex Lotharius illuc perveniens, suis « quidem dispositionibus elusis illum minime offenderet, ibique Gallis « bachantibus atque latrocinantibus, multa populatione satis dese- « visset... « (Voir la suite p. 98, n. 1). — Sigebert ne fait que copier, en les abrégeant, les Gesta ep, Camer. — Thietmar (voirp. 97, n. 1). — Bod. Glaber (I, c. 3) : « Ipsum denique Ottonem, scilicet secundum, a filium primi ac maximi videlicet Ottonis, conatus ut quondam capere « positum in palatio Aquisgrani. Sed quoniam eidem Ottoni clam prae- « nuntiatum a quibusdam est, noctuque cum uxore vix fuge presi- « dium petens obtinuit.» — llistoria Francor. Senon.: a H lotharius rex, « congregans exercitum copiosum, valde renovavit in ditione sua Hlo- « tharium regnum. Veniensque ad palatium quod vocatur Aquisgrani, « ubi commanebat Otto imperator cum uxore, hora prandiijingressus- « que palatium, nullo contraùicente, comederunt et biberunt quicquid « illi ad usus suos paraverant. Otto vero imperator cum uxore sua et a populo fugiens reliquit palatium. Depredato itaque Lotharius rex « palatio et tota provintia, reversus est in Frantiam cum pace, nemine « persequente. »
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seurs, de race sas^onne, rayaient tout naturellemeDt retourné face à rOuest, en signe de possession de la Lorraine ^
Au retour, Lothaire essaya sur la ville de Metz un coup de main qui ne réussit pas. L'évè^iue Thierry s'en plaignit à Otton II et Texcita k la vengeance. Il fit plus : il arma contre le roi de France son propre frère : Charles reçut la promesse de la couronne à condition de détrôner Lothaire ^
1. Richer (Ili, 71): w Âeream a^uilam qtiae in vertice palatïi a w Karolo Magno acsi volans fixa erat, in vulturnam converterunt. Nam a GermanL eam in favonium converterant, ^ubtiUter ^ignificantes « Gailos suo eqQÎtatu fiu^ndoquc posse devinci. n Ces parolea n'ont pas été comprises par Kalckstf^în (p, 341s n- 0- " Rît;her, dit-il, prête tt sa vanité française (sic) à Charlemaf^me, en admeUant q ne celui-ci « voulait indiquer par cette position de l'aigle que les Gaulois (sur qui *( Qiarles exerçait une domination héréditaire) seraient encore une « fois vaincus par les Germains, » — Hîcher, on le voit, ne dit rien de pareil ; il attribue le fait, non à Charle magne, mais aux Germains (les rois Saxons), ce qui est tout différent. — IVail leurs le passage de Richer trouve sa confirmation et son explication dans Tliîetmar: « 978„. post haec autem iniperator omni studio ordînavit expeditïo- « nem suam ad versus Lutharium, regem Karelingoruni qui in Aquiaet grani palacium et sedem regiam, nostrum sernper respîuientem do- « niînimn» valido esercitu presumsit invadere sibîque versus aquîla « designare, Haec stat morientali parte domus^morisque fuit omnium « hune locum possidcntium ad sua eam vcrtere régna. j>
2- Dom Cal m et (L ^23) prétend que Lothaire entra a Metz avant de pan'enir a Ai s. C'est une erreur complète (voir p. 107, n. 3), reproduite par Digot (1. p. 202) ; /fisioire de Malz, U lU 84; Uewez (IL 123). — Alpertus, De eptscopi^ MeUensihus : «,,ljacfelicitate rcx subie va- « tus spem suis augere et audatius crebras incursiones agcre, Metttm- « que usque proficiscitur; sed nulla re navc facta probrosus rediit. Et a sicut ex felicitate obrepit insolentia^ sic item ex cadem aliquando « desidia mentis on ri sol et. Praesul itaque Deodericus (juamvis « înanes incursns régis forent, iamen ejus ineptiae ut reprimerentur ff statuit. L'nde litteris cum légat is ad Ottonem (*aesarem missits, de CE tiîs rébus eum certiorem facit, dicitque in tanto suo imperio non « debere eum hanc contunieliam diutiuï^ pati sibi populisque ejus 6 en. « Qui bus audit is, sibi eam rem imperator curae necessario aestimavit « esse; consuesse enim Francos pegno ejus impetus et rapinas facere, tf détriment! et contiimelîao illî esse judîcavît. » — Toute la frontière entre ia France et la Lorraine était troublce dans la deuxième moitié du X' siècle, Thierry bâtit le chiiteau trKpinal pour protéj^er le pays contre les pi 11 eries des Bourguignons (Sigebert, Vîia IkodfTici, Mon. Germ. SS. IV, Wi). De même, le duc Frédéric fit construire la forteresse dt* Bar (le Duc) pour arrêter les incursions des Champenois (Chr. S. M ick aelis in pn go Virdu n r^n^i^ Mon , Gertn . SS. IV, Bi). — Les liabitants de Tévêché de Tout ne se sentaiejit pas non plus en sûreté. Apiès La mort de l'évêque GozHn (en 96:i). Otton I'^ étant alors en Italie, ils