LOUIS V KPOUSE ADÉLAÏDE D* AQUITAINE
trouver la reine Emma et lui constilllèrent de marier son fils Louis à Adélaïde, veuve du plus puissant seigneur du centre de TA qui laine, Etienne, comte de Gévaudan, et sœur du comte Geoffroi', Ils lui firent espérer que ce mariage amènerait la soumission de rAquitaine ot de la Gothie à Vautorité de son fils, quand celui-ci posséderait du chef de sa femme les villes les plus fortes du pays. Ce projet avait en outre l'avantage de prendre à revers Hugues Capet, dont les domaines se trouveraient ainsi enfermés entre ceux du roi et de son fils. — Lothaire accepta toutes ces propositions , mais à Tinsu du duc de France qu'il ne consulta pas. Ce dernier apprit l'affaire, mais il maîtrisa son ressentimeut et De fit aucune opposition* Les préparatifs pour rinstallation de Louis V en Aquitaine furent considérables. Les grands furent convoqués, on chargea les chariots de toutes sortes de provisions, on emporta les insignes royaux. Lothaire, Emma et Louis, accompagnés d'une nombreuse chevalerie, se dirigèrenten Auvergne vers Vieux-Brioude, Adélaïde les reçut avec les plus grands honneurs et, le jour de son mariage avec Louis V, elle fut couronnée reine* par les évêques, qui étaient probablement le métropolitain de Bourges, Hugues, fîls de Thibaud le Tricheur, Tévéque de Clermont, Bègues, et le propre frère de la nouvelle reine, Gui, évêque du Puy \
vention du <^nite Gooffroi d*Anjou s'explique au contraire parfaitement, puisque Adélaïde était sa sœur (voy, la note suiyante).
1. Richer (111, 92) fait d'Adélïiïde la veuve de Raimond 1, comte de Rouergue et duc de Gotliie. mort en 961. C*est une erreur; celui-ci avait épousé Berthe, nièce de Hugues, roi d'Italie; ce dernier étant bisaïeul de Louis V, le mariage eut été impossible, k supposer que Berthe et Adéla'ide ne fussent qu'un seul et même personnage, ce qui ésl inadmissible. En réalité Adélaïde était veuve d'Etienne de Gévaudan. Voy. Appendice IÀ\ (Cf. plus haut, p. 50 et 61).
2. Richer(ni, 92): k Ludovicus rex eam sibi uiorera copulavit atque tf secum, coronatam per episcopos, in regnum promovit n. F a ut- il conclure de cette phrase avec M. Mourin (p. 306) que Louis V fut couronné une seconde Fois et comme roi d'Aquitaine? Nous ne le pensons pas : il faut mettre une virgule après «secum » et le sens sera qu'Adélaïde seule a été couronnée- -— Aubry des Trois* Fon ta in es appelle bien Louis «Rex Aquitanorum », mais ce chroniqueur n'a aucune espèce d'autorité pour cette période. Cf. p. suiv, n. 1.
3. Sur Gui, voir plus haut, p, SL — Bègues venait de remplacer Etienne tout dévoué aux Carolingiens.
128 LOUIS V EN AQUITAINE [9eïj
Pour avoir installé son fiU au coeur de rAquitaînc, Lo-
thaire n'en conserva pas moins la souveraineté de ce paya ainsi que celle de la Gothle et de la Marche d * Espagne \ C'est à lui que s^adressèrent les abbés de ces pays pour obtenir la confirûiatiuD de leurs possessions et de leurs privilèges. Le roi se trouvait à Brossac sur l'Allier quand il confirma, à la demande d'Ildesinde, évéque d'Elne et abbé de Saint*Pierre de Roses, les possessions de ce monastère. Se trouvant k Parent! gnac sur r Allier, à vingt kilomètres nord de Brossac, il accorda la même faveur à Seniofred, abbé de Ri poil".
Lothaîre eut le tort d*abandonner sans appui et sans conseil un jeune homme, à peine âgé de quinze à seize ans lors de son mariage. La différence d'âge entre Louis et Adélaïde contribua tout d'abord à les désunir- ils en vinrent bientôt à ne plus habiter sous le même toit et â ne se reo-
1- L'Aquitaine, comme la Lorraine, était encore txjnsidérée comme on royaume à la fin du x' siècle. Raoul s'intitule « Francorum et Àqui- « lanorum atque Burgundionum reï » (IftËtor, de France^ IX, 578). Charles le Simple eat appelé « Rex Franco rum et Aquitanorum « {Hhîor. de France, IX ^ 126 A). — Gerbert, écrivant à Gérand, abbé d'Auriilac, appelle l'Aquitaine regnum veslrum (lettre 35). — Lothaîre, et non t^uis V, était considéi-é corn vue roi d'Aquitaine, au cœur même du pays où était installé ce dernier. C est ce dont font ft>i les chartes de Saint-Julien de Brioude et de Sauxillan^^es, qui portent des dates de ce genre: « an no ... Lûthani régis Francorum scu Aquitanorum^K Louis VH s'intitulera encore « Rex Francorum et dux Aquitanorum. * — Le mot royaume avait disparu au xn* siècle, Tidée de séparation de la France et de TAquitalne persistait.
2. I/istoriens de Francp, IX, 6 'i 8 et 6*9. Ces deux diplômes portent Tan de T Incarnation 982. Celui de Brossac est daté de la vingt-huitième année du règne ^ celui de Parentignac de la vingt-neuvième année. On peut admettre qu'ils ont été donnés à un jour d'intervalle (vingt kilomètres a peine séparent Brossac de Parenlignac) et que le premier (Brossac) a été donné le dernier jour de la vint^tdiuitième année du règne de Lothaîre (9 septembre ou 10 novembre), et le deuxième (Parentignac), le premier jour de la vingt-neuvième année; il faudrait nécessairement que Lothaire les eut donnés en retournant vers la France, puisque Parenlignac est au nord de Brossac, Nous ne nous dissimulons pas la subtilité de ce raisonnement. 11 s^accorde à peu de choses près avec ce que nous apprend Richer (111, 9^) du séjour de Louis en Aquitaine ; séjour qui ne dura même pas deux ans (fere per biennîum), Louis était certainement de retour dans le Nord au début de 984 (lettre 22deGerbert : a reges Francorum filio suo f avère dicîte j>). Il n'a donc pu être installé à Brioude avant rété, le printemps tout au plus, de 982,
^982*984] LOUIS V ARANBONNT? r/AQriTATNK 15f)
contrer que de loin en loin en plein air. Jeune, léger, sans direction, Louis V dissipa bien vite toutes ses ressources; il tomba dans une telle misère qu'il ne pouvait plus entretenir de soldats, ni même pourvoir à ses besoins personnels. Les rêves de domination sur TAquitaine s'étaient bien vite dissipés, La présence de Louis, loin de relever la royauté carolingienne, la compromettait et la rendait ridicule, Lothaire Ip comprit et se résigna à aller rechercher son fils à Brioude, moins de deux ans après Ij avoir installé. A son retour, il passa par Limoges et ordonna à Guignes, abbé de Saint- Martial, d'entourer Tabbaye de remparts. Quanta Adélaïde, ne se croyant pas en sûreté à la cour de France, elle s'enfuit en Provence et épousa Guillaume 1°', comte d'Arles, du vivant même de Louis V ', Cette expédition, qui devait Otre si favorable au prestige des Carolingiens, produisit donc un résultat tout contraire* Mais, dès Tannée suivante, Tattention de Lothaire se dirigea d'un tout autre côté; des événements imprévus survinrent qui devaient Tabsorber et le faire renoncer à ses projets sur l'Aquitaine .
En descendant en Italie, Otton avait Tintentioude s'emparer de In Fouille et de la Calabre, dot de sa femme Théophano, sœur des empereurs d'Orient, Basile II et Constantin VIIL Ses projets rencontrèrent une vive résistance. Pendant deux ans
1 . Richer (ITL 94-95)- — Chron, S. Maœentit PiHav. : « Sequentî anno « (919'tiû) Lothariiis rex Lemoviram adiit, et tempus aliquantulum ïf In Aquitania egit, unde revertens veneno a regina sua adultéra ta tt extinctus est (si>), Ludovieumque filium reliquît qui anno uno tann tum supervivens et ipse potu malefîco necatus est, Iste puer adhuc K Blanchiam accepit uxorem in quo etiara rege» defecerunt de familîa «t niagni Karoli .» — Adhémar de Chabanei>, VommemoraWo ahhaium S. MnrcidlU : w Htijus{Gnigonig) decîmo anno rex Lotharitia Lemovicas « venitprecepitqiîe abbati ut edificarat mums casin. Qui rever^us in * Franciam. post paucos dies mortuus est, et pro^enies ejus deinceps « regno privata est .» La date de l'avènement de Guijïues comme abbé de Saint-Martial de Lîmop^es pourrait nons aider à fixer Faun^^e où lothaire est passé par Limoi^es ; elle es^t mal heure iisement incertaine ; et nous n'avons guère de raisons pour placer le séjour du roi à Limo^'es en 983 plutôt qu'en 982, Le n^cit de Raoul Glaber (1, 3) sur le mariage de E.outs V est inexact et sans valeur. — Un passade tronqué des Ànnnhs. de Saini-fienis peut faiï^e supposer que Huf^ues Capet acrompagna i^thaire q«and il a lia chercher son fils en Aquitaine : «... ternit pore quo ab Aquitania Hugo dtix Ludovîcum l,otharii régis filium.-.» Sur k mariage d'Adélaïde avec Guillaume d'Arles, voy. Appendice IX\
130 MORT d'oTTON II [9ft2'9S4^
il eut à batailler contre les Grecs unis aux Sarrazins. Le 13 juillet 982, ils lui intligèrent une défaite terrible ; Tarmée impériale fut anéantie près de Squillace en Galabre, à Tembouchure du Cor;;ce» Otton put se sauver à la nage; recueilli par un vaisseau grec» il parviut à tromper l'équipage et à se réfugier à Rossano, où T impératrice et Vévêque de Metz, Thierry, étaient restés en sûireté. La Calabre et la Pouille retombèrent aux mains de rennemi. Pour comble de malheurs les Danois et les Slaves se révoltèrent. La présence de Tempereur était bien plus nécessaire en Allemagne qu'en Italie où il s'obstina à rester encore pendant plus d*un an. Il voulait reconquérir Tltalie du sud. Il ne lui fut pas donné d'accomplir ce dessein. Une fièvre chaude l'emporta en quelques jours. (Rome, 7 décembre 983) \ Il n'avait que \^ngt-huitans.
Le royaume de Germanie passait à son fils Otton III, un enfant de trois ans. Il fut couronné à Aix-la-Chapelle le 25 décembre, conformément aux promesses faites antérieurement par les seigneurs allemands et italiens de l'assemblée de Vérone (P"* juio 983) ^ et sans qu'on eût encore connaissaiiœ de la mort de son père ^
La nouvelle de la mort de Tempereur ne fut connue en Allemagne que dans les derniers jours de décembre ou au début de janvier 984\ Elle produisit immédiatement les plus graves résultats. Une fois qu' Otton n'était plus là pour élever et protéger son fils, uu grand nombre de seigneurs ne se souciaient plus d'obéir à un enfant; d'autres personnages, sans croire manquer à leur fidélité, voulaient, non saus raison, donner un tuteur au jeune Otton IIL Sa mère, Théopbano, et sa grand'mère, Adélaïde, étaient peu sympathiques, la première surtout, eîi raison de son origine grecque. Deux ans auparavant, n'avaitelle pas fait preuve de sentiments révoltants pour les Allemands ; apprenant la ruine de Tarmée impériale près de SquiUace, son premier mouvement avait été d'insulter a h défaite de son mari et de glorifier la victoire des Grecs, ses