PRISE DE REIMS PAR CHARLES DE LORRAINE
Amoul convoqua alors ses vassaux et ses amis; parmi eux se trouvaient Gilbert, comte de Roucy, son frère Bninon, évêque de Langres, ainsi que Gui, comte de Soissous, tons trois ses cousins*. Tout se passa de point en point comme Arnoul et Charles l'avaient imaginé. Le prêtre Alger enleva les clefs du chevet de l'archevêque qui feignait de dormir ; il livra pendant la nuit les portes de la ville à Charles ; les troupes, sous la conduite de Roger et de Manassès, se répandirent dans la ville où elles se livrèrent à d aÊFreux excès et à un pillage effréné. La cathédrale elle-même fut profanée et saccagée*.
« cepto. » Nous devons néanmoins faire remarquer qu%\lger charge évidemment Tarchevêque pour diminuer sa propre culpabilité ; car lorsqu'à la fin du concile de Saint-Basle, il se jeta aux pieds des rois en demandant d*être relevé de rexcoramunication, les évèques Arnoul d'Orléans, Gautier d'Amiens et Brunon de Langres, l'accablèrent d'injures et lui reprochèrent d'avoir perdu le jeune archevêque par ses mauvais conseils. Loin de le relever de l'excommunication, on ne lui donna le choix qu'entre Tanathème étemel ou la dégradation de la prêtrise. Alger choisit ce dernier parti {Actes du concile de Saint- Basle, c. 55; Olleris, p. 235-236; cf. Richer, IV, 73).
1. Gilbert et Brunon étaient fils d'Albrade sœur de Lothaire et de Renaud, comte de Roucy. Gilbert avait succédé à son père, mort en juin 967 (^Chr, S. Pétri Vivi). L'épitaphe de celui-ci se trouve dans ïes Historiens de France, IX, 104. Ce brigand y est qualifié a Plebis a amor, procerumque decus, pietatis amator (!)». — Gui, comte de Soissons, était fils d'Albert de Vermandois et de Gerberge, soeur d'Albrade. Il était donc cousin à la fois d'Arnoul, de Gilbert et de Brunon. — En novembre 984, Gui se trouvait à Rome. Etienne, diacre romain^ le chargea de transmettre à Gerbert, à son retour en FrancCj les œuvres de Suétone et de Symmaque. (Gerbert, lettre 40.) — Hidier ne désigne les comtes mandés par Arnoul que par les initiales G. et V. Mais on peut les identifier sûrement avec Gilbert (Ciskberturn) et Gui (Vuido), grâce au discours de Brunon au concile de Saint*BasIe: « unicum fratrem meum comitem Gislebertum, meumque conâobri- « num comitem Guidonem, cura ceteris quorum amicitia glorîabar, a sua simulata captivitate verae captivitati contradidit. u Brunon îuîmème fut fait prisonnier et en danger de mort (Actes du conc. de Saint- Basle, cap. 5 et 27. 011eris,p. 178 et 203).
2. « ... Rotgerus et Manasses qui clerum et populum ejus (Arnulfl) « in ecclesia ipsius armata militum manu ceperant. ^ (Conc. de Saint-Basle, c. 5, reproduit par Richer, IV, 56) ; lettre de Hugues k Jean XV (c. 25, Olleris, p. 202). lettre à Wilderod (Havet, 205), Enfin Tanathème d'Arnoul (Concil. de Saint-Basle, c. 12, Havet, p. IM, ii. 2) qui montre que la ville fut Hvrée à toutes les horreurs d une pri&e d'assaut. — Gerbert, lettres 162 et 163.
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Charles cherchait partout son neveu sans pouvoir le troQver. Arnoul, feignant d'être épouvanté du tumulte causé par les envahisseurs, sïUait réfugié avec les comtes dans la tour qui servait de citadelle à la ville. Charles la bloqua; les assiégés étaient sans vivres et sans armes, ils durent se rendre. Ils furent conduits à Laon et rais sous bonne garde, Charles, après être demeuré quf^lque temps â Reims pour mettre la main sur les biens de Tévéché, et s'être assuré de Soissons» que la captivité du comte Gui lui livrait, retourna a Laon et exigea des prisonniers un serment de fidélité que ceux-ci refusèrent unanimement \ Charles et Arnoul continuèrent avec persévérance leur comédie. Ils feignaient de ^e haïr et s*accabtaient rèciprotiuement d'injures. L'archevêque lança même Tanathème contre les envahisseurs des domaines de l'église de Reims. Mais ses menaces concernaient seulement le>i biens temporels, il passait sous silence les maux du clergé et du peuple, ce qui devait exciter l'indignation bien légitime de Gautier, évéque d'Amiens ^ Arnoul eul même la témérité d'ordonner aux évéques de la Gaule Je lancer à leur tour l'anathème \ Cet anathème parvint à Eudes, évéque de Senlis, par T intermédiaire de Gui, évêque de Soissons*. Hugues et Robert s'empressèrent de convoquer à Senlis un concile comprenant les évéques de la province de Reims.
Le bruit commençait déjà à courir que Tarchevêque était le véritable auteur de la trahison ; les évéques se décidèrent à lancer l'anathème pour dissiper toute équivoque. Uoratio invectiva prend surtout à partie le prêtre Alger « qui a livré it Tarchevêque après avoir été son gardien, son convive, son « conseiller, son chapelain ». Elle excommunie ce <t membre « du diable, traître à son évèque, au clergé et à tout le
1. Richer (IV, 34^36). — Sigebert à 990 (989) : « Karolus dux Reft raim occupât, archiopîscopum quem Hugo rex praefecerat et quos- « clam primates capit et Lauduno rdegat. »
â. Àcien du conc. de Saini-liash, c. t2 et t3 (Olleris, p. 182-184).
3. « Post haec vero Arnulfua suos praedoiies stib auathemate posait, « atque ut idem faoerent Galliarum episcopis împeravit « (Lettre à Wilderod, Letireu de Gerbe ri ^ éd. Havet, p. 205).