Le Chronicon Saxonieum ne fait que copier Sigebert
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« Regnum pro eo (Louis V) voluit accipere patruus ejus « Carolus, sed non potuit quia Deus judicio suo meliorem « elegit: nam Franci, inito consilio, eum abiciuntet Hugonem (f ducem, filium Hugonis, regem eligunt. ' » Mais il ajoute « quelques lignes plus bas : « Sane dux Aquitanorum Willelmus « reprobrans nequiciam Francorum, Hugoni subditus esse <( noluit, etc. » L'auteur a évidemment utilisé deux sources différentes sans se préoccuper de faire disparaître les contradictions*.
Quand la dynastie capétienne se fut affermie sur le trône, quand elle présenta des chances de stabilité et de durée, personne n'osa plus naturellement élever le moindre doute sur sa légitimité.
Raoul Glaber et Odoran, qui écrivaient vers le milieu du XI* siècle ', ne mentionnent même pas les luttes de Hugues Capet contre son compétiteur. Le premier se contente de dire que Hugues soumit les révoltés, sans préciser quels étaient ces « révoltés*». Odoran fait mieux encore: il invente une prétendue cession du royaume faite par Louis V mourant à Hugues Capet*. Le récit est encore plus extraordinaire dans la Chronique de Saint-Aubin (t Angers qui prétend que Lothaire donna son royaume avec sa fille Constance à Robert le Pieux*.
i. Reproduit dans le Chronicon S. Maxentii Piciavensis^ qui date du xn» siècle. Cf. Historiens de France, X, 8 et 210.
2. La Translatio S. Genulfi semble s'être inspirée d'Adhémar.
3. Raoul Glaber a écrit ses Historiarum libri V en 1047 et 1048, Odoran sa Chronique entre 1032 et 1046.
4. Raoul Glaber, II, 1 (éd. Prou, p. 26): « Suscepto igitur Hugo re- « gimine regni Francorum non multo post, plerosque suorum, quos « etiam prius in universis habuerat subditos, persensit contumaces. « Tamen, ut erat corpore et mente vividus, cunctos sibi rebellantes « compescuit. »
5. Historiens de France^ VIII, 237 : « Anno 987 obiit Hludovicus rex « juvenis qui nichil fecit, donato regno Hugoni duci, qui eodem anno « rex factus est a Francis. Et eodem anno Robertus, filius ejus piissi- « mus, rex ordinatus est. Hic déficit regnum Caroli Magni. » Odoran fut en relations amicales avec Robert et Constance, qui le chargèrent en 1028 de l'exécution de deux châsses devant contenir les reliques de saint Potencien et de saint Savinien (Odoran était un habile orfèvre). C'est très probablement à dessein qu'il dénature Tavènement de Robert et de son père.
6. « Lotharius, filius Ludovici Qltramarini regnavit annis 31, In isto
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Guillaume Godel, moine de Saint-Martial de Limoges dans la seconde moitié du xii* siècle, s'imagine que Hugues est parvenu au trône après avoir vaincu Charles de Lorraine et même Louis V. Il soutient de plus que Hugues ne ceignit jamais la couronne *. Cette dernière légende me paraît avoir pour origine une tentative d'interprétation du mot Capet (c'ést-à-dire cappatus, chapez, qui porte une chappe)*.
Dans la première moitié du xi*^ siècle on voit se former uue légende pieuse au sujet de Tavènement des Capétiens. Hugues s'était toujours montré dévot aux églises. En Tannée 980 il avait réformé les abbayes de Saint- Valery-sur-Somme et de Saint-Riquier et, le P*" avril 981, avait obtenu du pape Benoit VII une bulle qui soustrayait la première à l'ordinaire pour la mettre sous la dépendance directe du Saint-Siège. Ces réformes avaient été précédées de la translation dans ces deux monastères des reliques de saint Valéry
« reges Francorum defecerant. Hic accepit uxorem Blanchiam, filiam « Fulconîs Boni, comitis Andegavensium, patris Gaufridi Grîsago- « nellae, et habuit ex ea filiam, Constantiam nomine, quae fuit data a cum regno Roberto, régis filio, scilicet Hugonis Magni. » On voit que ce chroniqueur brouille tous les faits et commet autant d'erreurs que de mots. Cf. Appendice IX. — La Chronique de Vézelay donne à Charles le surnom de son grand-père « Carolus Stultus, ultimus prosa- « piae Caroli, régnât » (sic). (Hist. de France, X, 315). — Charles est encore appelé infaluatus dans la Narralio restaurationis abbatiae 5. Martini Tomacensis, qui date du xn« siècle. Voy. Hist. de France, X, 236.
1. Ibid., Richard de Poitou (Hist. de France, X, 264) et Gervais de Tilbury (Hist. de France, IX, 45). Guizot (Hist. de la civilisation en France, III, 288) a eu un grand tort d'attacher une importance considérable à cette légende. M. Luchaire (I, 36) la déclare inacceptable avec toutes raisons.
2. Cf. Appendice IV. — M. Giry me signale une indication curieuse et qui m'avait échappé à propos d'un diplôme de Lothaire et des légitimistes Carolingiens. Elle se trouve aux Arch. Nat. dans le petit Pastoral de N.-D. de Paris à la p. 94. En marge d'un diplôme de Lothaire et de Louis (daté par Guérard de 982. Cartul. de N.-D. de Paris, 1, 279), en face d'un passage où est mentionné Hugone excellentissimo duce, une main du xni* siècle a ajouté : Iste Hugo, quem sic commendant, privaviteos regno. — Dans le même volume, p. 374, dans une liste chronologique des rois de France : Hugo Chapet, \comes Parisii, regnum sibi usurpavit; et en marge un lecteur a écrit le .mot Non. Ces mentions ont été relevées par M. de Barthélémy. Bibl. de V École des Chartes, 6« série, t. II, 1866, p. 161. n. 2.
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et de saint Riquier, enlevées jadis par le comte de Flandre^ Arnoul le Grand, restituées à Hugues par Arnoul IL Dans leur joie, les moines du Vimeu et du Ponthieu voulurent que cette cérémonie (opérée les 2 et 3 juin 980) eût été accompagnée de circonstances miraculeuses. Quand le comte Bouchard et le vicomte Orland traversèrent la Somme portant sur leurs épaules la chasse de saint Valéry, le flux qui montait et menaçait de les engloutir s'arrêta devant le corps du saint*. Leur imagination reconnaissante ne s'arrêta pas là. Hugues Capet avait dû opérer cette translation sur l'intervention môme de saint Valéry. Celui-ci était apparu la nuit au duc de France et lui avait ordonné de transporter son corps et celui de saint Riquier dans leur antique séjour. Il lui promettait en récompense qu'il ceindrait un jour la couronne et que ses descendants seraient rois jusqu'à la septième génération*.
Cette légende eut un grand succès. Elle absolvait en quelque sorte la dynastie capétienne du reproche d'usurpation, lui promettait un long avenir et peignait son fondateur sous les couleurs les plus favorables. C'est sur elle que s'appuient les Chroniques de Saint-Denis^ et Guillaume de Nangis', pour affirmer que le couronnement de Hugues Capet fut parfaitement légitime. D'ailleurs, à partir du xiii° siècle, les chroniqueurs français rassurent leur conscience en faisant remarquer que la dynastie de Charlemagne remonta sur le trône de France grâce au mariage d'Isabelle de Flandre avec Philippe- Auguste. Isabelle était fille de Baudoin, comte de Hainaut, qui prétendait descendre d'une fille de Charles de Lorraine*. Au xiv° siècle, Jean d'Ipres se préoccupe de Tavènement des Capétiens. Il commence par repousser l'opinion qui les faisait descendre d'un boucher de Paris '. Il connaît l'apparition de