QUALITÉS DU CHIMISTE
Quoique vous ayez été disposé, tout à l'heure, à faire de la chimie une affaire à l'usage de la cuisine, je ne veux pas vous tracer de ces qualités une énumération aussi longue que celle que nous a léguée le bon philosophe Athénée sur les qualités requises pour être un bon cuisinier, lequel, d'après lui, devait être mathématicien, musicien suffisamment fort en théorie, physicien, naturaliste, etc. Mais je vous nommerai sérieusement quelques-unes des études fondamentales des haut es études de cette science. Qu'on puisse être bon chimiste pratique sans les posséder, c'est possible ; mais un grand chimiste philosophe, jamais.
Celui qui veut comprendre les hautes parties de la chimie, ou les étudier dans leurs rapports les plus intéressants avec l'économie de la nature, doit savoir au fond les principes élémentaires des mathématiques ; il lui faudra plus souvent l'aide de l'arithmétique que de l'algèbre, et de l'algèbre que delà géométrie. Mais toutes ces connaissances sont nécessaires à la chimie. Par l'arithmétique, on détermine les proportions des résultats analytiques et les poids relatifs des«éléments des corps; par l'algèbre, on établit les lois de la pression des fluides élastiques, la force de la vapeur selon la température, et les effets des masses et des sur-
faces dans la communication et le rayonnement de la chaleur ; les applications de la géométrie sont principalement limitées à la détermination des formes cristallines des corps, qui constituent le type le plus important de leur nature et souvent offrent des idées fort utiles pour des recherches analytiques sur leur composition.
Les premiers principes de la philosophie naturelle et de la physique générale ne doivent pas être inconnus au chimiste. Comme les agents les plus actifs sont les fluides, les fluides élastiques, la chaleur, la lumière et l'électricité, le chimiste doit avoir une connaissance générale de la mécanique, de l'hydrodynamique, de la pneumatique, de l'optique et de l'électricité. Quant aux langues, il lui faut connaître le latin et le grec, et ensuite le français, l'anglais, l'allemand et l'italien, et avoir d'ailleurs une instruction assez étendue en tout genre.
L'installation nécessaire et essentielle au chimiste moderne est moins volumineuse et moins coûteuse que celle des anciens. Une pompe à air, une machine électrique, une pile de Yolta (chacun de ces appareils peut être construit sur une petite échelle), des tubes, un soufflet et un brasier factice (maintenant un bec de gaz), enfin des éprouvettes