DERNIÈRE LETTRE ET TESTAMENT DE PIERRE BOURBOTTE
Paris, le 24 du mois de prairial.
Bourbolte, convaincu d’avance qu’il va être assassiné, a tracé ces lignes quelques heures avant sa mort :
« Je déclare à toute la France, à l’Europe eutière, à la postérité, que jamais je ne fus coupable du crime qui me fut imputé , d’avoir participé en quelque chose au soulèvement qui eut lieu le 1 er prairial. Je déclare que, dans cette journée comme dans tous les instants de ma vie politique, je ne fus attaché à aucun autre parti que celui de la Convention nationale tout entière , que je ne tins à aucune faction, à aucune conjuration. On trouvera dans mes registres, dans ma correspondance les preuves les plus convainquantes de la pureté de mon âme. On les trouvera encor dans le témoignage de tous ceux qui me connoissent et dans celui des armées de l’Ouest, du Rhin et de la Moselle, à la tête desquelles j’ai combattu pour la liberté. Je déclare donc que je meurs immolé et assassiné, mais je pardonne à ceux qui m’arrachent la vie. Je la perds sans regret, parce que je suis convaincu que ma mort sera encor utile à la patrie.
« Peuple français, tu as encor de grands ennemis, tu les
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connoilras quand je ne serai plus. Je pardonne aux miens, j’invite tous ceux des représentants du peuple qui sont encor fidèles à la patrie à ne point se laisser tromper par les protées politiques qui les égarent; je les invite, ainsi que tous mes concitoyens, h la paix entre eux, à l’union, h la fraternité et au courage.
« O ma patrie, toutes mes actions, tous mes vœux furent consacrés «à ton bonheur ! O liberté , je ne vivais que pour toi et par loi ! O république, tu n’eus pas de plus fidel ami que moi ! Je meurs pour avoir voulu vous deffendre. Puissiez-vous triompher bientôt de tous vos perfides ennemis.
« Je recommande mon malheureux fils aux soins obligeons de tous ceux que ses malheurs et les miens pourront intéresser.
« O courageux Caton, ce ne sera pas de toi seul qu’on apprendra de quelle manière des hommes libres savent se soustraire à la tyrannie.
« Vive 5 jamais la liberté, l’égalité et la République française une et indivisible.
« Pierre Bourbotte,
« Représentant du peuple, député par le département de l’Yonne à la Convention nationale (1). »
(I) Archives de l’empire, C. W* 5f7.
PROCfcS-VERBAL DU SUICIDE RÉDIGÉ PAR LA COMMISSION MILITAIRE
LIBERTÉ, ÉGALITÉ, lOSTtCE, HUMANITÉ
Suite de la séance du 29 prairial, l’an 3* de la république une et indivisible.
Au nom de la république française , la commission militaire établie en vertu de la loi du 4 prairial de l’an III.
A midi, il a été fait lecture aux députés accusés par la loi du 8 de ce mois de leur jugement inscrit sur le registre n° 1 . A midi et demi, la séance alloit être (sic) suspendue, lorsque l’officier de garde, apportant un couteau saisi sur Bonrbotte , est venu annoncer que le condamné s’en étoit frappé en rentrant dans la chambre d’arrêt. Un moment après, on est venu annoncer que tous les condamnés s’étoient aussi frappés. La commission, délibérant sur cet événement, d’autant moins attendu qu’elle avoit donné, la veille, par écrit l’ordre exprès et sur sa responsabilité à l’officier de garde de faire visiter sur la personne des accusés et dans leur chambre pour en enlevér les couteaux, cizeaux et autres armes qu’ils pourroient avoir cachées, il a été arrêté qu’un officier de santé seroit à l’instant requis pour visiter les blessures et faire son rapport; cet officier arrivé, il en est résulté de son procès-verbal que Rome (sic), Goujon, Duquesnoy
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éloient morts des coups qu’ils se sont donnés, et que Duroy, Soubrany et Bourbotte étoient encore existants. Ces trois derniers ont été à l’instant remis à l’exécuteur pour subir leur jugement; quant aux trois premiers, il a été décidé qu’ils seroient mis à la disposition de l’officier de police de la section de la place Vendôme, pour prendre à leur égard les précautions indiquées par la loi pour la levée des cadavres et l’inhumation. Il a été décidé, en outre, que du tout il seroit référé au comité de sûreté générale, et que préalablement et jusqu’à nouvel ordre, Germain Lefrançois, officier des grenadiers de la Convention nationale, le même qui avoit reçu l’ordre écrit de visiter et de désarmer les accusés, sera mis en arrestation.
La séance a été levée à sept heures du soir et remise à primidi messidor, neuf heures du matin.
Fait le dit jour 29 prairial, an III de la république française une et indivisible.
Signé : M. J. Capitain, vice-président; Verger, adjudant général; Talmet, chef d’escadron; Fabre, capitaine de cavalerie; Deville, volontaire, et Roubière, secrétaire général.
* Pour copie conforme :
Rouhiêre,
Secrétaire général (1).
(1) Archives. Le comité de sûreté répond qu’il délibérera. « Dans ce moment, dit-il, il s'agit de faire donner la sépulture aux cadavres qui sont restés dans la chambre d’arrêt, et ii cet égard, vous ferez donner les ordres nécessaires pour que cette cérémonie s'accomplisse dans les formes ordinaires. » (Archives). La pièce est signée J. -F. Rovère, Courtois, Boudin, L.-B. Gauvuis, Bergreuse. Elle est de la main de Rovère.