SECTION DE LA PLACE VENDÔME
Procès-verbal dressé à l'occasion des nommés Romme , Duquesnoy et Goujeon, qui se sont suicidés.
Le vingt-neuf prairial, l’an troisième de la république françoise une et indivisible, à six heures et demie du soir;
Nous, Jean-Baptiste Marotte, commissaire de police de la section de la place'Vendôiue, et Cyprien-Mathieu Girard, secrétaire de laditte section, soussignés;
En conséquence de la lettre de la commission militaire établie en vertu de la loi du quatre prairial courant, signée M.-J. Capitain, vice-président, et Rouhière, commissaire ordonnateur secrétaire, laquelle avons jointe et annexée au présent procès-verbal, de même que l’expédition du rapport dressé par le citoyen Marmougct, officier de santé, demeurant à Paris, rue Neuve-du-L’uxembourg, susdite section, que nous avons également jointe et annexée au dit présent procès-verbal, ainsi qu’un imprimé commençant par ces mots : « Jugement de la commission militaire » et finissant par ceux-ci : « Signé Rouhière, commissaire ordonnateur secrétaire », qui y est demeuré joint;
Nous sommes transportés rue Neuve-des-Capucines, n° 174, «à la commission militaire, où étant arrivés dans une pièce à droite, rez-de-chaussée, donnant sur la cour, nous y avons trouvé trois cadavres du genre masculin
étendus §ur le carreau, ensanglantés, sans mouvement ni reste de vie, qui sont :
Gilbert Homme, âgé de quarante-cinq ans, natif de Riom, département du Puy-de-Dôme, représentant du peuple, demeurant à Paris, rue Neuve-du-Luxembourg, n° 21, section de la place Vendôme;
Jean-Marie-Claude-Alexandre Goujeon, âgé d'environ vingt-neuf ans, natif de Bourg, département de l’Ain, représentant du peuple du département de Seine-et-Oise, demeurant îi Paris, rue Dominique, n° 167, section de la fontaine de Grenelle ;
Ernest-Dominique-François-Joseph Duquesnoy, âgé de quarante-sept ans, né à Bouvigny-Boyeffle, canton d’IIernin, district de Béthune, département du Pas-de- Calais, représentant du peuple, demeurant à Paris, rue Nicaise, n° 479, section des Thuilleries.
État des objets et effets trouvés sur Duquesnoy :
1° peux cartes de député;
2° Dans un portefeuille de peau rouge, en assignats, la somme de deux cent soixante-douze livres;
3° Différents papiers manuscrits. Une paire de boucles d’argent et de jarretières à filet.
Lesquels objets les avons renfermés dans une enveloppe de papier blanc, sur laquelle avons apposé l’empreinte du cachet de la section de la place Vendôme avec de la cire rouge.
4° Un habit de drap bleu, boutons uniformes, un gilet de même étoffe, avec boutons de même; une paire de bas de coton, à côtes; une paire de souliers avec des
PIÈCES JUSTIFICATIVES INEDITES
cordons, une paire de jarretières de laine, et çnfin un chapeau rond.
État des objets et effets trouvés sur Romme :
1° Différents papiers manuscrits;
2° Un portefeuille de peau rouge dans lequel il n’y a rien ;
3° Deux mauvais peignes;
4° Une alliance, une paire de boucles d’acier pour jarretières, une autre boucle d’acier pour la ceinture de la culotte, un étuy de bois d’ébène dans lequel il y a quelques épingles.
Lesquels objets les avons renfermés, comme les précédens.
5 Ü Un habit de drap bleu, boutons uniformes, un gilet de bazin blanc, une culotte de cazemire jaune, boutons de la même étoffe, un calson de toille, une paire de bas de coton unie, une paire de souliers à cordons, un chapeau rond et un mouchoir blanc rayé, G. R. n° 8.
État des objets trouvés sur Goujeon :
1° Un double louis;
2° Un louis simple ;
3° Un ecus de six livres;
4° Deux écus de trois livres chacun ;
5° Deux pièces de trente sols chacune ;
6° Une pièce de vingt-quatre sols;
7° Deux pièces de quinze sols;
8° Cinq pièces de douze sols;
9° Deux pièces de six sols ;
10° Une pièce de cinq sols;
11° Deux pièces de deux sols.
Lesquelles sommes font ensemble celle de quatrevingt-treize livres quinze sols, ci 93 1. 15 s.
Plus un petit livre intitulé : OEuvres choisies de M. l'abbé Saint-Réal, un écritoire, un étuy renfermant des épingles, un flacon, une carte de député, uu mouchoir blanc avec une petite raye rouge, marqué de lettres en cotou rouge L. C. 7.
Dillerens papiers manuscrits, une carte de sûreté, un crayon, deux peignes, une paire d’agraffes en cuivre pour des souliers;
Lesquels objets les avons renfermés comme les précédens.
Un habit de drap bleu, boutons jaune uniforme, un pantalon de drap bleu, boutons de la même étoffe, un gilet blanc mouchetté, une paire de bas de coton chinée, une paire de souliers, deux chapeaux, un rond et l’autre à trois cornes.
Tous lesquels objets mentionnés au présent procèsverbal, nous, Jean-Baptiste Marotte, commissaire de police de la section de la place Vendôme, et Cipryen- Mathieu Girard , secrétaire de laditte section , les déposerons au comité de sûreté générale de la Convention nationale.
De tout ce que dessus avons fait et dressé le présent procès-verbal, que nous avons signé avec les citoyens Robert-Victor Ilerrier, officier de grenadiers de la Convention nationale de garde au poste de laditte commission militaire, demeurant à Paris, marché Boulinvilliers section de Grenelle ; Pierre-Denis Vyard, concierge de la maison deladiite commission, et Pierre- Joseph Delettre,
ptfrtier d’y celle, après lecture faitte, ainsi et comme il est en cet endroit de la minute.
En conséquence, nous, commissaire et secrétaire susdits et soussignés avons ordonné l’inhumation desdits Romme, Goujeon et Duquesnoy, et en avons chargé les citoyens Charpentier et Thierson, fossoyeurs de la ditte section, pour par eiix inhumer les susnommés dans le cimetière de Mousseau, en présence d’un commissaire civil de la ditte section, et avons signé les dits jour et an que dessus, ainsi et comme il est en cet endroit de la minute.
Marotte.
Girard, secrétaire greffier.
Suivent les lettres et rapport annexés en la minute du procès-verbal (1).
LIBERTÉ, ÉGALITÉ, JUSTICE, HUMANITÉ
Jm commission militaire établie en vertu de la loi du A prairial de Van 3 au comité civil de la section de la place Vendôme.
La commission vous préviens, citoyens, qu’au nombre de six personnes qu’elle a condamné ce matin à la peine de mort, trois se sont tuées elles-mêmes aujourd’hui à midi, et que les cadavres existent dans sa maison d’arrêt, rue des Capucines. Comme il est instant d’en débaras-
(1) Archives de l’empire, C. \\' J 5i7.
ser cette maison, elle vous invite à donner les ordres nécessaires pour que votre commissaire de police remplisse à cet égard les formalités d’usage et prenne d’ailleurs les autres arrangemens qui conviendront pour les faire inhumer.
Salut et fraternité.
Signé : M.-J. Capitain, vice-président ;
Rouhiëre, secrétaire (1).