CHAPITRE FREMI F. R
Les Villes
Leur développement excessif. — Hygiène, industrie et commerce. — Les créations nouvelles à Leipzig. — La Bibliothèque de l'Empire. — Le nouveau Berlin. — Charloitenbourg et son Technicum supérieur. — La grande revue d'automne. — Un drame au café.
Les administrations publiques de l'Empire, des États confédérés ou des villes, réactionnaires en politique pour la plupart, sont à l'affût de tous les progrès au point de vue économique. Ce sont elles qui ont charge des institutions et de l'outillage sans lesquels l'industrie privée s'efforcerait vainement de se développer. Elles y apportent une ampleur de vues et une munificence de moyens qui n'ont d'égales nulle part en Europe. Comme nous le verrons, elles ont pour principe directeur de provoquer l'activité nationale au
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lieu de l'entraver par des réglementatrons et des aménagements surannés ou insuffisants.
Si je fais parcourir au lecteur beaucoup de chemin, si je le "transporte quelquefois sans transition de l'ouest à l'est ou du nord au sud de la Germanie, c'est pour démontrer que, dans chacun des États, il y a des nouveautés à voir et des enseignements bons à recueillir et que les grandes entreprises publiques ou privées ne sont pas l'apanage de quelques provinces. C'est le pays tout entier qui offre à l'observateur l'occasion de contempler des progrès.
« Leurs grandes villes dont ils sont si fiers, les Allemands en mourront », a dit un Français de haut parage qui réside actuellement en Allemagne. •
Qui pourrait s'inscrire en faux contre ce pronostic, quand on sait # l'influence néfaste des grosses agglomérations sur les races humaines dans tous les temps et dans tous les pays?
L'Allemagne offre le spectacle ininterrompu de l'exode en masse des campagnes vers des villes sans cesse grandissantes. Deux cités ont plus d'un million d'habitants: Berlin et ses faubourgs, trois millions; Hambourg et sa banlieue, douze cent mille. Cinq villes en renferment au delà d'un demi-million : Munich, Leipzig, Dresde, Cologne, Breslau; plus de quarante dépassent cent mille âmes ; quant aux agglomérations de vingt à cent mille habitants, on les compte par centaines.
Ce qui frappe, avant tout, le statisticien, c'est la rapidité effrayante avec laquelle la plupart de ces villes se sont surpeuplées. Sans doute la population
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allemnndr a presque doublé depuis cinquante m
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le nombre de leurs habitants; quelques-unes, com Lei 1 10 ooo se sont élevées à 62 5 000 ;
Essen de 40000 à 320 000 ; Chemnitz de Soooo à 270000; M. nniitim de 40000 à 220000 et combien* d'autres! Si bien que les habitants des campagnes sont devenus très inférieurs en nombre aux citadins. L'industrialisme a causé cette évolution qui est loin encore d'avoir atteint son terme.
Les ambitions respectives et la rivalité de ces grandes cités ne font qu'accentuer le mouvement. C'est à qui, parmi leurs municipalités, développera le plus d'efforts pour les hausser d'un échelon sur la liste des agglomérations populeuses. Chacune d'elles suppute, avec calculs et courbes à l'appui, quelle sera sa population dans dix ans, vingt ans, un demi-siècle et on arrive à des chiffres invraisemblables.
Le danger de ces concentrations excessives n'a pas échappé à la clairvoyance des pouvoirs publics. Mais, baHottés entre le perpétuel désir de voir s'accroître la production industrielle et la crainte d'assister à la dégénérescence de la race, ils se sentent impuissants à enrayer une marche irrésistible. Et alors ils ont entrepris, avec une persévérante énergie, de faire disparaître de la ville moderne la plupart des facteurs nuisibles qui en étiolent la population.
De tous les enseignements qu'un étranger peut aller puiser en Allemagne, l'un des plus profitables est l'étude attentive de ces perpétuels efforts. L'Exposition de Leipzig, consacrée à l'architecture et aux tra-
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vaux publics et que je décrirai plus loin, en représentait la somme, concentrée dans le fameux Betonhall.
Des observateurs férus de l'amour des classifications seraient tentés d'écrire que l'œuvre de l'architecte diffère essentiellement de celle de l'ingénieur; leur distinction ne serait pas logique en Allemagne où ces deux professions n'offrent pas la démarcation que nous leur donnons en France '. Leur formation est acquise dans les mêmes écoles et leur instruction est commune en bien des points.
L'homme qui préside à l'aménagement des villes est le bourgmestre, personnage non élu, mais choisi par la municipalité et nommé par l'autorité supérieure de l'État. Les villes se«disputent les bourgmestres de valeur comme les universités les professeurs de talent. Il n'y a jamais rien de politique dans leur élévation et leur principal rôle consiste, en même temps qu'à entretenir la ville, à élaborer des projets pour l'améliorer, l'accroître et l'embellir. Après quoi les édiles examinent, délibèrent et décident.
Presque toutes les grandes villes de l'Empire avaient présenté à l'Exposition de Leipzig leUrs plans, leurs travaux et leurs statistiques, faisant largement état, dans des graphiques et des tableaux parlants, où suivant la coutume nouvelle les variations ethniques sont représentées par des personnages de grandeurs ou de nombres différents, de la surface dont dispose chaque habitant, de la proportion entre la superficie
%.. Voir V Allemagne au travail.