BUREAUX DE LA REVUE LA BELGIQUE
Rue des Boiteux, 13-
IMPEDIEAIfi DE J. DEUÈVRE. — BRîJXBlXES.
RECHERCHES HISTORIQUES ET CRITIQUES DE Mgr. MALOU, S" KniTiON, 1858 (1).
Enire les griindcs coulraverses de l'histoire littéraire, l'une des |)las f vives, des plus fécondes et des plus tenaces, est sans doute celle qui est I relative i\ l'auteur de Vlmilalion de Jésm-CArist. Elle dure déjà depuis I deux siècles et elle est loin d'avoir épuisé le courage, la curiosité, le L patriotisme des combattants. Le prestige du petit livre, objet de tant de [ débats, doit être bien grand pour avoir excité une multitude de savants à faire, au sujet de celui (jui en fut l'auteur, les vastes investigations auxquelles ils se sont livrés. La Harpe avait donc bien raison de dire que ce livre est le plus beau qui soit sorti de la main des hommes, puisque l'Evangile n'en vient pas.
La liste seule des travaux qu'a engendré la recherche du nom de l'auteur de l'Imitation, celte liste seule ferait un volume. Plusieurs ont déjà esquissé cette bibliographie spéciale; et nous verrons quelque jour un Allemand, doué de l'aptitude toute particulière à ceux de sa nation dans ce genre d'ouvrage, nous en donner une Ula-atur exacte et complète.
Le nom derauieurderimildlian est-il donc un de ces mystères comme
ilimei sur h véritable auteur du liv n dos droits de Tliomaa h Kempis,
de rim-
1 t^raen
à Kempis,
{{) Recherches hiitorigi
TATION DE 3ÉSUS-Cê[R1ST . .
eldeGerson,atec une réponse aux derniers adversaires de Tiiomas MM. de Na pions, Cancellieri. de Grégory, Weigl, Gence, Uauoou, Lerov , Thomassy, Vert, Veralli, et*., suivis de documents ineaits par
S 3. J. B. MALOU, clian. hon. de kcath. de Bruges, prof, de théol. et biblioécaire à l'Univ. calh. de Lonvain, membre du r.^cadâmie de la religion calh, à Rome cl de la Sociéti! d'émulation pour l'étude de la Flandre, aujourd'hui évéque de Bruges. 3> édition, revue et auginentée. Paris et Toiirnay, Oasterman. un vol. in-8*de XX-43i pages,
;; si;n ïii<im.\s-,\-ke(i11'is,
il y en a beaucoup dans les profouâs abîmes de t'histoireîSe prcscnli'-i-il pour revendi(iu(;r la paternité de cette œuvre immortelle plusieurs iiums dont les droits sont égaux, comme jiidis sept villes de la Grèce présentaient des litres équivalents en réclamani la gloire d'être la pairie d'Homère î
Pas le moins du moade. Un nom était coana, s'sppuyant sur toutes les bases qui constituent les vérités hisioi'iques, sur les témoignages dfis contemporains, surdcs documents écrits, sur les traditions les plus respectables. Pendant deux siècles, ce nom a été seul eonnu, seul admis dans le monde religieux, comme dans le monde littéraire. Nul n'atail songé pendant dettx siècles â lui disputer la gloire de son ipurre. Quelques copistes, quelques imprimeurs avaient, il est vrai, inscrit d'autres noms sur les litres d'un petit nombre de manuscrits et de livres, mais les plus anciens codkes comme les plus anciennes éditions, porlalcnl invariablement le niûnio nom. C'était celui de Thomas à Kempis.
Pendant deux siècles, aucun écrivain, aucun biographe no s'inscrivit en faux contre ce nom. Les attributions erronées faites par les copistes et les typographes ignorants n'avaient obtenu aucune faveur; elles élaient au contraire, la meilleure constatation des droits de l'auteur véritable: car cbaque fois qu'elles se produisaient, elles étaient relevées par les savants à l'instant même.
L'origine de la controverse qui nous occupe est sans doute un des faits les plus curieux de l'histoire littéraire. Ce n'est pas pour défendre les droits prétendus de l'un ou do l'autre des auteurs signalés erronémeni sur quelques manuscrits ou livres imprimés, que les savants se mirent en campagne, ce n'est pas pour attribuer l'Imitation à S. Bernard, ou & Gerson; ce fut pour en investir un être imaginaire, un personnage dont ils ignoraient le nom, la patrie, l'époque. L'iniagim\lion des premiers adversaires de Thomas à Kompts créa do toutes pièces l'illustre Jean Gcrsen, abbé de Verceil, pour l'opposer au pieux chanoine régulier de Zwolle, et ce fut ce fantùme, issu tout entier des conjectures les plus hasardées, qui eut la gloire d'entrer d'abord en lice. Pour ses premiers parrains, il représentait un ordre célèbre, l'ordre des Bénédictins, pour ceux qui vinrent ensuite, il pcrsonnilia les droits de l'Italie. Aussi, de nos jours, compte-t-il encore des défenseurs.
11 faut lire dans l'ouvrage de Hgr Halou l'histoire de la naissance de celte discussion, les elforts extraordinaires des créateurs de Jean Gersen, leurs tlctions incroyables, leurs audacieuses puérilités. C'est une peiiuun très vive, très spirituelle des énormités que l'érudition peut commettre lorsqu'elle s'appuie sur des idées ihissionnûes et, lorsque pour salisfuire û un ridicule patriotisme, elle est oblieéi- d'étoulTer Uiuf.' critique. • ,
Beaucoup plus tard, dans lo premier liers du xni* siècle, on voil l'horison un nouveau prélendant, en apparence plus sérieux. C'esl le célèbre chancelier Jean Gerson. Mais au moins celui-ci &vait-il sur sou collègue italien l'immense avantage d'âlre un personnage réel, ayant vécu en cbair el en os, et contemporain de l'époque oii l'Imitalion de J. -G. apparut dans le monde. Il avait encore pour lui quelques apparences de preuves, des manuscrits et des éditions imprimées portaient son nom, il pouvait encore revendiquer les copies et les livres sur lesquels on s'était fondé pour créer le Jeau Gersen, abbé*de Verceil, car, selon toute probabilité, ce dernier nom, écrit de diverses manières en mlier ou en abrégé, n'était autre que celui de Jeau Gerson, le chancelier.
Et pourtant ses droits devaient être bien faibles, puisqu'ils avaient été cétés pendant plus de deux siècles, el produits seulement par un juge dans l'embarras de se prononcer entre Thomas à Kerapis et Gersen.
Aujourd'hui, Jean Gerson représente la France dans la lutte engagée contre Thomas à Kempis. Depuis l'arrivée de ce deuxième champion, le combat devint plus vif que jamais : trois nationalités se trouvaient en présence et leurs défenseurs puisaieut sans cesst. des armes nouvelles dians leur patriotisme comme dans un arsenal inépuisable. On remua toutes les bibliothèques, ou compulsa tous les documents, ou se livra à des recherciies inouies pour découvrir des témoignages en faveur de l'un ou l'autre des trois compétiteurs. Des écrits sans nombre parurent de fous câtés , plusieurs ordres religieux prirent part à la discussion, le Parlement même fut appelé un jour à prononcer. On fit des efforts immenses pour arracher h un moine obscur une œuvre immortelle, inspiration d'uno âme sainte, pour en gratiUer un homme célèbre par ses actions el ses écrits, qui n'avait pas besoin de ce supplément de gloire, mais dont la mémoire eut trouvé là une ample compensation des butes qui la ternissent.
La controverse relative à l'auteur de Vlmitation est un des épisodes les plus intéressants de l'histoireliitérairo moderne. Pendant deux siècles elle a occupé l'attention d'uno foule d'écrivains, csercé la sagacité de savants de tous genres. Par la multitude d'incidents qui s'y sont produits et qui ont nécessité des études profondes dans diverses parties de la science, elle a produit des travaux qui sont encore aujourd'hui des modèles de critique et qui ont notablement contribué aux progrès de la paléographie, de la philologie et des autres branches auxiliaires de l'histoire littéraire. Plusieurs dùcumonls historiques importants ont vu le jour grâce à cette controverse, documents qui seraient encore enfouis peul- .Ôlre dans les oubliettes des bibliothèques ou perdus dans les boulever-
-4 sud TllOHAS-A-KESli'lS.
s(!ments sociaux. Nous citerons enlr'aulres la chronique de Windeseni de Buschjus, la chronique du HonL Sle. Agnès de Tlionias h Kempis, etc.
Elle a appelé l'altention sur cet ordre peu connu des Frères dt ia vie commune et des Chanoines réguliers de Si. Augustin, qui rendirent sans hruil tant de services à la religion, au\ lettres, à In civilisation dans nos provinces. Après Thomas fi Kempis on s'est occupé de Gérard GrooKi, de Florent Radewyns, de Jean Van Huesden, ces humbles fondateurs d'une école mystique où Thomas à Kempis apprit les inestimables préceptes de la vie de l'ânft, dont {'Imitation forme lo code.
Les droits de l'humble religieuï du Moni-Ste-Agn6s out eu pour défenseurs des hommes savants et zélés qui n'ont épargné ni peines, ni rucliei'ches pour ks établir de la manière la plus évidente devant les attaques du leurs adversaires. Lus PP. Hériherl Rosweyde, Héser, Raynaad.Ghusquiëre et Desbillons.de la compagnie de Jésus, G. Naudé, le célèbre médecin do Louis XIII, le P. Géry el surtout le P. Eusëbe Amorc. chanoines réguliers, ont laissé des travaux de critique do pn^mier ordre qui ont mis la question hors de doute. Mais malgré la solidiu» des preuves apportées en leur fa\eur, les droits de Thomas à Keinpis ont encore trouvé des compétiteurs et de nos jours surtout on les n contestés pins vivement que jamais.
Mgr. Malou est entré eu lice, et résumant d'une manière claire et précise les travaux de ses devaneiers, les uomplétant par des recherches subsidiaires, répondant avec toute l'autorité de la science aux arguments nouveaux des défenseurs de Gersen et de Gerson, il a publié le livre remarquable dont nous allons taira l'analyse, et de l'avis d'un grand nonibie de savants, il a terminé déiinltivi'ment la controver^. On écrira contre Thomas à Kempis, onn'ellacera pas son nom du titre de VlmitalUm.
L'ouvrage de Mgr Malou est arrivé à sa troisième édition et ce ne sera pus la dernière , malgré t'annonce faite par le savant Prélat qu'il dépose lu plume imur no plus la reprendre. Après avoir établi, comme elle l'n Tait, les droits de Thomas îi Kempis, sa plume peut, en effet, prendre un légitime re|ios; mais laisserait-elle sans répliqueltis objections que d'honorables adversaires lui feraient encore? Nous ne le croyons pas. Qui rt'pondrait mieux aux spécieuses considérations des défenseurs de Gerson? Qui démontrerait, avec autant de llnesse et d'esprit, les vaines ot puériles tentatives des champjsns de Gersenî Car ta discussion n'est pas éUiiiile : à Valencicmies, s'élabore une nouvelle défense du chancelier, basée, à c« que nous avons appris par l'auteur, sur des considérations et des preuves toutes nouvelles. Modèno et Turin n'ont sans doute pas dit leur dernier mot et n'ont pas perdu encore tout espoir de retrouver les truces dumystéfienxabbé de Verceil.
râi, comme Is dit avec une légitime assurance Mgpi Malou, il est t^^mi qne <c pour triompher, la tâche des adversaires de Thomas Si ifcmpis liest si rude, le succès si difficile (jue l'on peut abandonner avec confiance van bon sens public le soin de faire justice des efTorts que l'on pourrait rtoitcr encore contre tes droits évidents de l'humble chanoine de Sainte- I^Agnès. »
I La première édition des Reckerches do Mgr. Malou parut en 1 8i8, dans
le tome XIV des ftulletàa de laComTtnssion royiàe d'hiitoire, ei les exem-
Bij^aires tires à part furent rapidement enlèves, Une seconde édition, cor-
it augmentée, futpubliée en janvier 1849 : elle fut Iradniteen italien
P^fnrMgr. Strozd, delà congrégation des chanoines réguliers deSt.-Augus-
rita. La troisième, revue et enrichie de plusieurs notices nouvelles, a paru
cette année. En donnant un court résumé des Reckerches nous aurons soin
d'indiquer les augmentations gue cotte troisième édition a reçues.
Le chapitre iTrenferme un résumé historique de la controverse d'abord soulevée par les Gersenistes. Le principal défenseur du prétendu Gersen n i^té H. de Grégory, décédé en septembre 18iB. Depuis la deusièrae édition des Reckerchea de Mgr. Malou, ce système a été soutenu ou adopté en Itiilie par MM. Melzi, P. A. Paravia, A. Torri, B. Veratli. En France, la cause de l'abljé de Verceil est abandonnée. Mais il s'est produit en ce pays, tout récemment, un système nouveau, étrange, et dont l'auteur des Rrcherchet tait incidemment justice en quelques pages. Ce système ébauché i>ar M. Silvestre de Sacy, rédacteur du Journal rfes Débats, développé par M. Ernest Renan et consacré par M. V. Leclerc, membre de l'Institut, consiste h dire que Ylmitatian n'a eu pour auteur... persomie. Selon le premier de ces trois érudits, l'auteur de Ylnùtation, c'est l'hunumilé tout entière; suii'anl le second, ce n'est ni Gersen, ni Gerson, ni Thomas à Kempis, c'est probablement le xui" siècle; suivant le troisième, VMitatioa est de diverses mains et de divers temps. Enlin, suivant HM. Moland et d'Héricaull, on cherche en vain l'auLcur de l'Imitation : il n'existe pas. Ce livre n'a pas d'auteur.
Mgr. Miilou s'élève avec raison contre ce mysticisme appliqué aux rc- *erebes historiques ; pâle caricature des évolutions cycliques et des t avatars littéraires inventée en Allemagne à propos de l'Inde, f de l'Odyssée et même de Moïse, il s'étonne à bon droit de voir des homs qui passent pour savants et sérieux, essayer de couper court h des icussions importantes, par une sorte de fin de non-recevoir visant à la rofondeur et qui au fond n'est qu'une prétentieuse puérilité. Il est vrai e ces fantastiques opinions n'ont point été soutenues parleurs auteurs 1 manière scientifique et développée ; ils se sont cnntenlés de les e dans quelques phrases brillantes et sonores, comme il l'U faut
b SUR THOHAS-A-KEMPIS.
dans les fouillotons d'Hpparat et les préfaces d'éditions illustrées. Ds n'ont peul-ûtre voulu faire qu'un passe-lemps de phraséologia ; un travail du genre de cet ouvrage anglais où l'on prouve que Napoléon jamais existé.
Après avoir énnméré les partisans que la cause de Thoinas-à-Kempia s'est récemment attachés en France, en Allemagne et aiileurs, le savant auteur passe à l'tiisloire de la controverse avec les Gersonistes. Cette partie de la discussion est moins féconde en incidents que la première, ses défbnseurs sont assez rares et peu convaincus. Le dernier d'entre eux est M. fi,-C. Vert, de Toulouse, qui, dans trois publications surcessivus, faites en 1854 et on 1856, a attaqué, avec une certaine violence, les droits de Thomas-à-Kempis. Mais ces raisonnements vagues et spécieux sont pleinement réfutés, tout autant peut-être par ses confrères les Gersonistes ijue par tes arguments de l%r. Malou.
Ayant acbevé rtiisloriquo de la discussion, l'auteur des Reckerehet aborde son sujet par la constatation et la discussion des titres de Thoma»à-Kempis. C'était suivre la méthode ta plus logique; ses adversaires se bornent pour la plupart ii lancer un nombre plus ou moins considérable d'arguments contre le chanoine régulier de Sainte-Agnès et crient victoire sans se préoccuper beaucoup de constater d'une manière évidente les droits de Gersen ou de Gersou, Le défenseur de Thomas-à-Kempis procède d'une autre façon. S'armant de tous les secours dont l'historien sert pour doniler à un fait la qualité de critaiuin historique, il interroge les témoins, étudie les manuscrits, analyse l'œuvre même, sujet da litige. De cette enquête littéraire, faite avec le soin le pins minutieux, la vérité sort claire et précise, les droits do Thomas-à-Kempis sont constitués avec une certitude complète.
L'on peut dire ai^ourd'hui que la question est épuisée et que toutes les pièces sont mises sous tes yeux de ceux qui veulent juger. D fort peu proBable que l'on découvre jamais quelque pièce décisive, irréfi^gable, qui vienne rayer à jamais la question de l'Imitalim de la liste des controverses littéraires.
Est-ce k dire pourtant que la question soit entourée de difficultés et de doutes? Nous l'avons déjà dit : pour tout homme qui veut l'étudier sérieusement et abstraction Saim de tout faux patriotisme, elle ne peut être douteuse un seul instant. Thumas-â-Kempis est bien réellement le qui réunisse les témoignages que l'histoire exige pour inscrire, avec tout» la certitude humaine, un nom dans ses annales immortelles. El le grau mérite du livre de Mgr. Malou consiste à le^ a^oir groupés d'une manié] c«mplèk', précise, et ne laissant place à aucun doute. Il f^iut, pour 1< renverser, recourir aux subtiLtés les plus raffinées que puisse inspirer
scepticisme ou le parli pris. Ce n'âtail pas cepeudaul un travail trèsfacile que de recueillir dans cette immense quantité Ae livres qui forment la bibliothèque de la discussion, toutes les preuves réunies en faveur des trois prétendants, de les passer au crible de lu critique et de remettre tellemcnl en évidence les droits d'un seul, que le lecteur non prévenu prononce lui-même avant d'avoir entendu le juge.
Les témoins produits eu faveur du pieux chanoine régulier de Sainte-Agnès, sont au nombre de quinze, tous contemporains,
Le premier d'entr'eux, celui dont le témoignage suffirait seul ponr convaincre tout homme dégagé d'une préoccupation quelconque, est Jean Buschius, chanoine de Windesem qui, dans la chronique de son ordre, attribue formellement I7mi{aljen àThomas-à-Kempisdonl ilavait été le confrère et l'ami pendant toute sa vie. Ce témoignage est décisif, dit Mgr. Malou. Les adversaire-s de Thomas l'ont compris. « Aussi n'y a-t-il point d'effort qu'ils n'aient tenté pour le rendre suspect et r anéantir. ■
En effet, ils ont nié l'autbenlicité du passage, affirmé que le manuscrit avait été interpolé par une main récente, enfin ils ont dit que Buschius s'est trompé. Tous ces arguments négatifs sont vite démolis. Pour établir la vérité dont il s'agit, l'aateur se sert entr'aulres d'un témoignage officiel de la chronique manuscrite de Saint-Martin, de Louvain, par Jacques-Thomas Bosmans, chronique importante que nous avons examinée et qui est devenue la propriété du savant Evêque de Bruges depuis la seconde édition de ses Recherches. Bosmans, prieur de Saiiil-AfartJn, possédait le codex autographe de la chronique de Buschius, et il avait fait attester en 1760, par un notaire, en présence de plusieurs iémoins, l'authenticité du précieux passage <J).
Le second témoin est le Frère Uermanu Rydj né en 1408 et qui, du vivant même de Thomas-à-Kempis, déclare que ce dernier a composé te livre de l'Imitation.
Le troisième témoin est l'auteur d'une traduction allemande de VlmilatioH écrite en 1448, vingt-trois ans avant la mort de Thomas-à-Kempis, traduction qui existait encore en 1760 au monastère do Wingen. Dans ce manuscrit, il était dit positivement que Vlmilatùna, été composée par maître Thomas, chanoine relier.
(I) La Biblinthéque royale de Bruxelles possède un manuscrit de la chro- , ni^ue de Buschius, copié probablement surVaulographeparMicheldeBiddere, i prieur de Rouge-CloUra , pneur et général du chapitre de Windesem, inori I en 1601. Celle copie présente [exluelleinenl le passage relalil'à Tlioinas à t Kempis et i Vlmitaliun , passage que les adversaires de Thomas disL'iit être • I ..... laierpolalion. L'aigumcnt lire de l'iaterpolatiui n'est pas soulenable.
Lu (|uatrièine téiiioig;na(^e est lii'é d'une biognipliio de Thomas-à-Kem- ]jis, (lui se trouve annexée à d'anciennes éditions de Vlmitation et, en premier lieu, à l'édition de Nuremberg d« U9t. H y est parié du IroîsiÈinc livre de Vlmitation. Cette biographie est quelquefois suivie des ouvrages de Tiiomas, dans laquelle on énumËre l'un après l'autre, cominEt des traités séparés, les quatre livres de l'/nt talion. Cette biographie et cette liste émanent cerlainemenl d'un contemporain.
Le cinquième témoignage est celui d'Albert Hardenberg, disciple de Wessbl Gansford, qui fut moine o SIe-Agnès. C'est encore un lémoignogo dea plus positifs.
Le sixième témoin est Mathieu Farinator, carme d'Augsbourg, qui transcrivit en U72 ou 1475, les quatre livres de Vlmitalion, en les attribuant à Thomas-à-Kempis.
Le septième témoin est Pierre Scott, chanoine de Strasbourg, qui publia bn 1488, à la suite des œuvres de Gerson, un éloge du chancelier de Paris, dans lequel il dit expressément que l'on attribue h tort l'fmtlation à Gerson, que ce livre a éui publié par un certain Thomasii-Kempis. Ce témoignage est trèa-imporlant et il est décisif contre Gersun.
Le huitième témoignage est encore d'un grand poids dans la question. C'est celui de Jean Mauburne, dit Jean de Bruxelles, chanoine régulier qui lit son noviciat dans le monastère dit Mont Saint«-Agnès, très probablement du vivant même de Thomas-à-Kenipis. Dans son Rosetum tpiri~ tuaiium exercitiormt, imprimé à Bâie en U9i, il cite trois nu quatre textes de Vlmitatiott en les attribuant à Thomas, et cela de la manier plus simple. Or , dans le même ouvrage, il cite également et presque à chaque page, des passages empruntés à la plupart des écrits de Gerson pour lequel il iirofesse la plus grande vénération. Il connaissait donc parfaitement les ouvrages de l'un et de l'autre et ne pouvait se tromper dans ses attributions.
Dans la troisième édition des Recherches, Mgr. Malou ajoute un autre témoignage important de Haubume, que dans les deux éditions précédentes il avait cité seulement d'après E. Amorl. C'est le passage du Venatorium (ou Calal(%ue des hommes illustres de la congrégation de Windesem), dans lequel Maubume donne une liste des ouvrages de Thomas-à-Kempis et cite parmi eux le livre de i' Imitation. La bibliothèque royale de Bruxelles possède un manuscrit du Venatoritim, découvert par Mgr. Malou et annexé à i'Investigatorium sanctontm ordinis canomctirum regtU., du même. Le livre de Maubume doit avoir clé écrit du viv de Thomas-B-Kempis ou peu de temps après sa mort, car le dernier dea boinmes illustres de Windesem cités est Jean Buschius, qui mourut en
1473, Iiuil ans après Thoinas. Eu tous cas, le caLalogue dressé pur lui «si, ainsi que le fait remarquer Mgr. Hulou, tout à tait original ; il n'a été copié nulle pari, et le peu de soin avec lequel il a été rédigé prouve que HHuliume n'avait pas l'intention de dresser un invenlalre exact et coni- {ilet des écrits du pioux chanoine régulier, mais de donner une rapide nomenclature, faite de mémoiro peut-être, de ses ouvrages les plus usuels. Il agit de la même maoière à l'égard des autres écrivains du même ordre. Ainsi, par exemple, il ne cite de Henri doPomerio que cinq ouvrages tandis que les divers manuscrits de Houge-Cloilre lui en atlribuentprès de trente (i).
Nous le répétons, le témoignage de Mauburne est un des plus impoisaiits. Par la distinction qu'il feiit des ouvrages de TLomas et de Gersendilc résoudre d'ai'ance la controverse qui devait s'agiter un jour au sujet de ces deux noms.
Le neuvième témoin est l'édiluur du livre de VlmUalton, publié en J4S!) k Meminingen.
Le dixième est l'éditeur de la traduction française de Vlmilation, publiée à Paris en 1403, qui dit expressément que le livre n'est pas de i^erson, mais de ThomaS-à-Kempis.
Le onzième ténioinest Georges Pirckhamer qui publia, en 1494, à Nuremberg , les œuires de Thomas-à-Kempis et parmi ces œuvres Vliattatio».
Le douzième est Pierre Danhauser qui donna la même année 1 404 , et aussi à Nuremberg, une édition de l'Imitation sous te nom de Thomasà-Kempis, à (pii il l'attribue positivement (2).
Le treizième témoin est Jean Gailer Kaisperger qui, dans sa Navicula fatttorum, cite deux fois Vlmitation sous le nom de Thomas.
(1) Dans la listi; des écrits de Tlionias â Kempîs donné« par M^r. Malou
d'après le texte de Mauburne, on lit ; Oratiunes et médita liane s ^urcs ; ^-
Vilâ, jiagsianes (?) et résurrection es (?) Domini. — L'écriture du nianuscrit
est asGeK difficile, mais nous croyons qu'il faut lire : Orationea el meditatiûttes
nptr vila,pauioae et remrrecliuneiMinini. Nous ne relevons cette lecture gue
parce qu'elle donne lieu à conjecturer qu'il s'agit là des Meditationeipiu-
^^mmœ, etc., publiés k Coingue en 1717, dont parle Mgr. Maiuu, page 388.
^V (2) Ces deux témoins n'en fnrment en réalité qu'un seul, selon nous. L'auteur
^Mhb Rechercha parait avoir été induit en erreur par E. Amort, qui affirme qu'il
^Fy a eu deux éditions do Vlmitation en 1494 & Nuremberg. Nous croyons qu'il
n'y en a eu qu'une seule. Noua l'avons sous les yeux. Elle porte pour
litre -.opéra etiiori vite fralrin Thome de Kempis, etc., el commence par une
lettre adressée par George Pirckanier, prieur de la Chartreuse de Nurembeiv,
i Hailre Pierre Danhausser. Dans cette lettre, il exhorte ce dernier à laisser là
1-"^ éludes sur les auteurs de l'antiquité jirofane et à donner ses soins i la publication des ceuvres de Tlmmas-à-kempls. Pierre Daiihausser répond r une lettre liien tournée Qu'il accepte aveu joie la proposition qui lui est te. Celte édition de Thomas à Kempis, publiée chex Caspar Hochredar, à
SUR THOHAS-A'KEHPIS.
Le qualorzième esl Jucques-Pliilippe Foreslus de Bergame.
Le quinzième est Badius Ascensiua, le célèbre imprimeur de Paris, qui doDoa, à la prière des Bénédictins de Saint-Germaiu-dcs-Prés, lion des œuvres do Tliumas-à-Kempis, y compris Vlmilation. Biidius y joignit une vie de Thomas qu'il avait tirée lui-mâme des documents les plus authentiques. Ce témoignage de Badius, un des hommes les plus savants de son époque, est très-important.
Voilà quinze témoins contemporains qui proclament Thomas-à-Kempis l'auteur de Vlmttation. Ce sont tous hommes probes, instruits, connaissant profondément la vérité et la disant sans détour. Plusieurs ont connu personnellement le chanoine de Uoot Sainte-Agnès et parlent de son livre aveu candeur et sans affectation, à une époque oii il n'y avait sur son auteur ni doute, ni controverse. Quel est le point d'histoire littéraire qui soit appuyé de preuves plus fortes? Y a-t-il quinze témoins contemporains pour nous dire que Virgile est l'auteur de l'Enéide, que Banle a fait la Divine Comédie? Quel est le tribunal au monde qui n'accepterait pas comme vrai, à la dernière évidence, uu fait constaté d'une manière aussi solennelle.
Aussi, après avoir présenté les dépositions des témoins, Hgr. Malou peul-il dire avec toute l'autorité d'une conviction forte et sincère qui sera partagée par tout esprit non prévenu ;
« Il faut donc accepter la tradition contemporaine, domestique, constante, incontestée, universelle, que nous venons de prouver, ou tomber dans un véritable scepticisme historique. Pour bien comprendre la valeur de la preuve historique, testimoniale, que je viens d'exposer, que l'on remarque bien :
» 1» Que les partisans de Gersen et de Gerson sont incapables d'imposer silence à un seul dos quinze témoins cités;
• S" Que les adversaires de Thomas-à-Kempis ne sont pas en état de citer un seul témoin contemporain en faveur de Gersen ou de Gerson
3» Qu'il est superflu maintenant de discuter les preuves que l'on peut tirer des manuscrits, des idiotismes et du contenu de l'ouvrage, parce que la cause de Thomas-à-Kempis est positivement gagnée avant mCnio que l'on aborde ce genre secondaire et accessoire de démonstration;
Nuremberg, en li91, a donc été faite i^ii vuimiiun par les deux |icrsonnaget ui-dessus nommés.
Sur un lïxeinnlaD'e de celle édilinn que nous nossédons , on trouve la nott; Ruivunle écrite i la lin du Lilrc ; fUiil ti7l. E'iiliu primt ia-li fuit gotk' de A. iiOa. Hme ait NureMberi/un. de fiO.i.ver'tmilîIfT S>. Nuui trouvons pas de mealion d'unu édition do tl9!£ fuite ù Nuremberg.
LES DEHNIEHS TRAVAUX
• 4" Qae la question relative au vérilalilc aiiieur de Vlmitalion esl ^^flnitivement tranchée dès ce moment; de sorte que toute discussinn ultérieure ne peut avoir pour objet que de confirmer la démnnslrnlion déjà aehcvée et de dissiper les illusions des adversaires de Thomns-à- Kempis. »
Cependant, après avoir rapporté ces témoignages imposants et péremptoircs, l'auteur ties Recherches ne s'arrête pas et il consaore les chapitres suivants h la discussion des preuves paléogrsphiques et philologiques qui établissent surabondamment les droits de Thomas-â-Kcmpis. Cette partie de l'ouvrage est la plus curieuse et la plus attrayante, elle abonde en détails intéressants sur les manuscrits de Vlmitalion existant encore ou qui ont joué un rôle dans la controverse. On y prouve que les plus anciennes copies manuscrites avec date, portent le nom de Thomas, DU lui sont Tavorables par d'autres indications. Les principaux de ces manuscrits et les plus précieux sont à la bibliothèque royale de Bruxelles.
Le plus ancien est celui de 1425, copié sur l'autographe même île l'anleur. C'est le manuscrit provenant de Kircheim , d'où il passa h Anvers, puis au Père Ghesqiiière qui en fil l'objet d'une notice, et enfin avec In collection Van Hultbem, au riche dépôt de Bruxelles.
Le second manuscrit dont Mgr. Malou fait mention pour la première fois dans la troisième édition de ses Recherches est celui qui apparLent au couvent de Gaesdonck ou Gadesdonck, près de Goch, et dont l'existence ne fut révélée au monde littéraire que dans les années 1S5I ei 1852 (1). Ce manuscrit, commencé en U25, fut terminé en 1427.
Le troisième manuscrit est un des plus célèbres. C'est celui de U11, écrit tout entier de la main de Thomas-a-Kempis lui-même et reposant aujourd'hui à la Bibliothèque royale de Bruxelles.
Les autres manuscrits, cités par Mgr. Malou, sont moins célèbres, quoiqu'ils aient tous une grande importance dans la question.
Après avoû? passé en revue les copies écrites, l'auteur des Recherches consacre quelques pages aux éditions imprimées de Vlmitalion &\ec le
(1) Une foule dv journaux et de revues, ont parlé de ce fameux manusrril, la Deulache YolksMie de Cologne, la Berlin, allg. Kircheti Zeil. , le Serapeum. la Boraenhalle f. d. deuUch. Buchhandl.. VAnieiiier de Petïlioldl, etc., et lalgré tous les détails donnés par eux, une description exauln et complèlo de e manuscrit est encore à attendre, croj'ons-noiiB. Mgr. Malou exprime également son regret de cette lacune.
Ce manuscrit était cité dans nn ancien catalogue des manuscrits conservés dans les biliHothéques de Belgique dressé vers 1487, el apparlejianl aux cha- ' noines réguliers de St. -Martin â Louvaiu , catalogue qui peut-être existe encore (V. Amort, Deduct. crit, p, 115).
SUR TIIOMAS-A-KEHPIS.
iiodi (If Thomas-Li-Kenipis. Rt il prouve que ka deux ou Irois plus anciennes portent le nom de Thomas et que le XV" siècle a livré près de 25 éditions avec ce nom, tandis que deux seulement porlent le nom de Geraon,
De c(is études bibliographiques Mgr. de Bruges passe à l'examen des arguments intrinsëqiieS] tirés de la doctrine el des expressions employées dans le iivTC de Vlmitation. Ici le champ des études et de la polémique élnil vaste, A défaut de preuves positives et directes en faveur de leurs clients, les partisans de Gersen et de Gerson se sont rabattus sur miË foule de considérations internes à propos d'expressions, do phrases douteuses , d'idiotismes contenus dans {'Imitation, ils ont entrepris, contre le chanoine de Ssinle-Agnës, une guerre de tirailleurs qui ne pouvait, en aucun cas, leur donner la victoire, et ne servait en déllnitive qu'à entretenir In combat. Mais sur ce terrain comme sur celui do l'histoire, les défensi^urs de Thomas doivent nécessairement triompher.
Mgr. Halou démontre d'abord la connexité, la ressemblance qui existe entre les livres de toute l'école fondée par Gérard Groot et le liiTe de Vlmitation. Ce sont les mêmes pensées , le même ascétisme, souvent les mêmes expressions. L'institution mSme de Gérard Grool est désignée par les historiens sous le nom de modema devotio et ses membres sous le nom de devûii. Or, dans Ylmitatiim, Thomas-à-Kempis parle très souvent dos dei'oii, et dans ses œuvres incontesl^ies, cetappellalifest employé jusqu'à iiOfois. Dans la troisième édition des Recherches, ce parallélisme entre les écrits des membres de celte école a reçu un développement nouveau.
L'Imitmtion asl l'œuvre d'un écrivain appartenant aux Pays-Bas ou aux contrées limitrophes de la Basse-Gennanie ; une foule d'idiotismes flamands, qui transpercent dans le latin du livre, le démontrent à la der^ niJtre évidence. Nous n'en citons qu'un seul : si scim lolam Bibliam EXTEFtius. Mgr. Halou a grandement raison d'insister sur ce passage : un flamand seul peut le comprendre. L'écolier de certain quartier dû Bruxelles qui dit encore aujourd'hui : je sais tout mon catéchisme deliorg, le traduit littéralement.
Les expressions insolites, barbares même, ne sont pas rares dans r/»Bira(ion, qui n'était pas une œuvre de style. Or, ces mômes barbarismes se retrouvent dans les autres ouvrages de Thomas-à-Kempis. Mgr. Malou en dresse une liste assez longue el elle produit une nouvelle preuve, el une preu\e des plus fortes, en fiiveur de la Uiiisc qu'il défend.
l'n professeur en droit, deModène, U. Veratti, pénétré de l'impurtuoce
LES DEFINIEIIS TILWArJX
is argumenl:- inlrinsèques, a cru pouvoir les allaquer en faveur de GerseD. Il a donc abordé ces difficultés l'une après l'autre el a entniné à leur fiujet une diâcussion philologique très intéressante. Dans la 3" Villon des Rechtrches, Mgr. Halou consacre un chapitra spécial à la rêfuta- »tton des raisonnements du savant italien. Les lecteurs jugeront, comme BQus, qu'elle est complète de tous points.
' il en est de mémo de la réfutation des difficultés que les autres Gersénistes opposent aux défenseurs de Thomas. Nous ne pouvons suivre ici l'auteur des Rechefthes dans cette vaste discussion des témoignages eontraires aux droits de Thomas allégués par ses adversaires, des pré-
i tendus auteurs de l'imitation antérieurs au chanoine de Windesem, des tEBanuscrits présentés comme plus anciens que ceux produits en sa jlilfeur, des citations du livre de l'Imitation, faites avant l'époque où Shomas-à-Kempis eut pu l'écrire, des difficultés tirées de sa personne, ^ ses écrits el du livre même de Vlmitation. Cette vaste discussion ab plusieurs sciences se coudoient, où l'on traite des questions d'histoire, de philologie, d'archéologie chrétienne, ne saurait Être résumée. Elle présente une variété inGnie de détails, c'est une suite d'escarmouches où l'auteur combat une à une les objections tantôt sérieuses, tantât puériles, mais toujours spécieuses opposées par les partisans de Gersen ou de Gerson. Il y a là des pages très instructives, et la lecture de cette partie de l'ouvTap de Mgr. de Bruges offre, s'il est permis de s'exprimer ainsi, tout l'attrait d'un roman. Carie patriotisme des uns, l'esprit guerroyant et, on peut le dire aussi, quelquefois l'esprit de ofaicane des autres, ont accumulé comme à plaisir d'innombrables difficultés tirées de toutes parts. Pas une ne résiste, toutes sont abordées I de front et démolies. Le défenseur de Thomas-à-Kempis y donne des I exemples curieux des étranges méprises dans lesquelles tombe une érodilion peu calme, colle entre autres, oii M. de Grégory, ayant tourné trop vite ime page de la Biographie Micmaud , confond Gérard Grool, mort en I38i, avec le comte Gérard de Haynevat, diplomate français, mort il y a quelques années.
is avoir constaté ainsi d'une manière irréfragable les droits de
iS-à-Kempis et réfuté loutes les objections soulevées contre lui,
r. de Bruges examine, dans les deux derniers chapitres des Recherches,
ig droits de Gersen et de Gerson. Quant au premier de ces deux com-
tétitours, il n'a point grande peine à démontrer que ce prétendu abbé
i Verceil n'a jamais existé, qu'il est sorti tout entier du cerveau des
's et que le nom de Gersen, Gessen ou Gesen, placé en tête de
lelques manuscrits de \' Imitation, est tout simplement celui de Gerson
"é par des copistes maladroits. Dans cette partie de la discussion il y
SUR fHOMAS-A-KEMPrS.
a un paragi'aphe curieux où Mgr. Malou fait justice de l'un des plas Tameux fiffs, — qu'on nous passe le lerme, — dont l'histoire littéraire ■ fasse raeniion. C'est celui où il raconte le système de défense inventé par M. de Grégory au moyen du manuscrit de V Imitation etduDianum de advocalis. Ce Diarîum se composait de quelques chilTons de papier aur lesquels étaient annotés plusieurs cvéDements arrivés pendant tes années 1315 h i3S0 dans un petit coin de l'Italie : « Le 7 mars 1345 il neigea, il Ot un temps horrible à Valdcngo, le 8, mon fds (ou mon domestique, mrus) Masarius, revenant do Platto^ fut assassiné, et blessé; le H février (319j il naquit une fllle à l'auteur du journal; le 12 il plut énormément et il y eut des inondations; le 13, le fléau continue et le vicaire de Saint-Biaise mourut en odeur de sainlelé; le 15 — grand jour du journal — c'était un dimanche. AprËs le partage que je As, (c'est l'auteur du Diarium qui parle) avec mon frère Vincent, qui demeure à Ceridoni, je lui donne en signe d'amour fraternel, et sous l'impulsion des événements, ce précieux Codex de YlmittUion de Jésut-Christ, que je liens de mes ancêtres de longue main (Umga tnanu, cet idiotisme plus jouloû que latin, s'y trouve en toutes lettres), car plusieurs de mes aïeux es ont déjà parlé... i Après ce paragraphe extraordinaire, le Diarium se remet à parler d'une tempête et d'ime attaque d'apoplexie, et puis cesse. Il avait dit tout ce qu'il avait à dire.
C'est avec de pareilles puérilités qu'on a voulu renverser les témoignages historiques les mieux établis et ravir à un auteur certain, réel, et son œuvre et sa gloire pour en doter un personnage imaginaire. El dire que des hommes savants ont dû être appelés pour donner leur avis sur l'authenticité de ce journal et qu'ils ont dû réfuter sérieusement les arguments tirés de semblables sources I Aussi rien ne pouvait mieux donner le coup de grSce au système Ger--énien que l'emploi de pareils moyens. Le paragraphe des Reckerclus, où se lit le récit de ce curieux épisode littéraire, offre des pages assaisonnées du meilleur fiel. Il est vraj que la critique n'a pas toujours la bonne fortune de faire d'aussi merveilleuses rencontres.
La cause de Gerson parait au premier abord plus soutenable que celle du Ëntaslique Gersen, et cependant elle a trouvé moins de défenseurs et excité moins d'enthousiasme. C'est qu'il s'agit ici de discuter sur le terrain de fiiits palpables ou possibles, tandis que ta défense de Gersen étant livrée tout entière à l'imagination, il EDllaity suppléer à l'histoire par l'audace des conjectures, et répondre aux objections par toutes les ruses de la chicane. Les défenseurs de Gerson sont en général plus calmes, ils n'ont point recours aux moyens employés par Icj champions de l'abbé de Verceil. Cependant, malgré le peu de fondement de leur
LES OURNIEIIS TRAVAUX
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ȉil
cause, ils n'ont point encore abandonné la lullo, el depuis la §• édition des Reaherchet, doux nouveaux avocats de Gerson, se sont présentés : MM. Thomassy el Viirt. Hais ils n'ont pas découvert un seul document nouveau, ils n'ont pas produit un argument qui n'ait déjà été réfuté chez leurs prédécesseurs.
H ne s'est pas trouvé un seul témoin contemporain de Gerson pour assurer que le chancelier soit auteur du livre de l'Imitation; on n'a non plus jamais cité un manuscrit portant son nom et écrit de son vivant, et l'autorité de ceuiL qui lui sont postérieurs et qui portent son nom doit nécessairement fléchir devant l'imposant ensemble de témoignages produits en faveur de Thomas. L'attribution à Gerson faite par quelques manuscrits est une erreur, et il n'est pas difficile de présenter des conjectures très-plausibles pour l'ospliquer.
On a essayé d'un autre système pour qualifier Gerson de l'honneur .d'avoir écrit l'fmitatian. On a supposé que ce livre a été composé par Gerson en français et que l'ancienne traduction française des trois premiers livres de Vlmilativn qui porte dans plusieurs manuscrits le litre A'Intârttellê consoiatiim est le texte original de cet ouvrage.
Cette hypothèse, admise par Aimé Leroy et par M. J. Mangeart, bibliothécaire (le Valenciennes, a été développée par H. Onésime Leroy, dans ses Etudes sur les Mystères et plus tard dans son ouvrage intitulé ComeiiU et Gerson. Elle avait pour base un manuscrit de la bibliothèque de Valenciennes qui renferme les œuvres de Gerson et les trois premiers livres de ïlmitation. Plusieurs considérations intrinsèques faisaient admettre à ces honorables écrivains que Gerson était l'auteur de tout ce qu'il y a dans le manuscrit et par conséquent aussi de l'Imitation. Mais leur argumentation pénible et la faiblesse de leurs raisons n'ont pu résistera un examen sérieux et les auteurs eux-mêmes, sans renoncer A Gerson, ont abandonné le système échafTaudé par eux sur ce manusoril (1). L'auteur dos Recherches, avait déjà, dans les deux premières
liions, victorieusement combattu ce système qui avait trouvé do l'écho
(1) Noua avons déjS dit (nie> dès l'origine de cette substitution erronnée du Gerson â celui de Thomas â Kompis, les hommes instruits s'empressaient de la reotifler. Nous venons d'en lire encore un exemple que l'on peut ajouter i, tous ceux déjà signalés par Ugr. Malou. Dans le catalogue de la bibliotoéque jOe M. Beraeret, qui vient jlo paraître â Paris, on lit nu n" 169 l'articlH sui- ~~~t : Le livre intitulé : Etemelle conîolacion. Paris, Michel Le Noir, 1500, i".
Sur le premierfeuillet une note manuscrite en encre rouge, datée de 1525, mentionnant qu'à cette époque déjà, on attribuait faussement à Gerson le livre de Vlntemelle runmaiion, qui alors était reconnue l'œuvre de Thonias Halleoli (sic) à Kcmpis. »
SUR TIIOMAS-A-KEMPIS.
L-n Trancc et (|ui avail mâmc obtenu, en c|uel(jue sorte, la sanction de l'Institut. Dans la troisième êdilion, il y revient avec de nouveaux déve^ Inppemejils, el cette fois, il le détruit complëtement. Une importants. addition y est feite encore; ce sont trois chapitres dans le premiw desquels l'auteur examine les arguments intrinsèques, lires de la personne de l'auteur, en Tuveur de Gerson. Dans une étude psychologiqua sur le cél&bre chancelier et un aperçu irÈs-profond do ses œuvres etda ses actions, l'auteur des Rrcherchei établit avec évidence qu'il n'y a cun rapport i^nlro les idées et les sentiments de l'auteur de Vlmitatian el cous de Gerson.
La vie tout entière de ce dernier, vie orageuse, turbulente, inquiète, tranche coraplëteraenl avec la vie calme, douce et cachée que i'/mitatio» > prêche à chaque page. Tout homme non prévenu appréciera la valeur d'une semblable démonstration.
Dans les deux autres articles, nouvellemeul ajoutés aux Reckerehes, , l'auteur répond aux récentes publications de HM. Thomassy et Ch. Vert en faveur de Gerson.
Il y a donc pour Thomas-à-Kempis des témoignages évidents, inattaquables, il est l'auteur de rjmJIilion à l'exclusion do tout autre, et il doit y avoir contre ses compétiteurs do gloire, des arguments décisifs. La dernière partie des Recherches est consacrée h roxposilion des raisons concluantes, irrésistibles, que l'on allègue contre les droits deGersoD. D y est démontré d'abord que la plupart de ses défensours n'apportent pas dans la défense de leur client une bien grande conviction. A peine osent-ils alBrmer qu'il y a pour lui de fortes présomptions. Les défenseurs de Thomas, au contraire, parlent avec assurance parce qu'ils ont pour eux des preuves positives.
En second lieu, tous les anciens panégyristes ou biographes de Gerson, ainsi que les éditeurs de ses œuvres depuis 1 K%% jusqu'au xvn» siècle, ont répété que Gerson n'est point l'auteur de Vlmiiation el que ce livre' a un auteur certain qui est Tbomas-à-Kempis.
Enfin, ce qui est décisif, c'est qu'il existe un catalogue des œuvres de Gerson dressé par le frère de Gerson lui-même, six ans avant la mort du chancelier; or dans cette liste l'/miïaf ion n'est point comprise. Un second catalogue, publié l'année même de la mort de Gerson, par Jacquoa de Ciresio, n'en parle pas davantage. Il n'y a pas k répondre à de si blables arguments.
Nous n'avons donné là qu'un pâle résumé de la savante et vigoureuse défense de Thomas-à-Kempis par Hgr. Malou. Quoique, autémoignage de de FeUer, la question soit depuis longtemps décidée, au tribunal des vrais savants, et que les défenseurs de Gersen ou de Gerson ne soient jainsis.
SLR THOMAS- A- KEIII'IS.
parvenus à réfutef les excellenla Iravaui de Rosweyde et d'Eusèbe Amort, il n'en est pas muinâ vrai que cette défense devait Strc présenlée de nou-
'II fallait dégagâr la discussion d'une fuulo de questious oiseuses, abandonnées, mettre do l'orOru dans celte foulo immense de témoignagssj d'arguments et d'objections de deux situles de lutte, et répondre aux attaques nouvelles. Aprùs svotc lu le livre de Mgr. Malou, il a'eal personne qui n'admire avec quelle lucidité il a exposé toutes les phases de ce grand proci's, avec iiuulle finesse et quelle érudition, il en résout toules les difficultés, il n'est personne qui ne dise qu'il a désormais placé Thomas à-Kcmpis sur nu piédeilal d'oîi il sei'a bien difOcile de le renverser. «L'ignorance 6l le parti pris peuvent essayer encore de l'envelopper de nuages, la science intègre u'etouffera jauiais la voix de» témoins véridiques qui ont insurit le nom du moine de ^^aiutu■Âgnè^ sur ]o titre du livre immortel,
ZUR CESCmCIITR DF.S EUECliLElNS, WEl.CtlES JIAN CEWOEUNLICII KIË t NACH-
PULGE CHRIST! i> iicnnî. u s, w. (XeitHrIirifl f, d. jMiimmW Katholiaehe Thxoh'ik. Wion 1855, ii. 3-fî8 et lï&-a28)~NiCMiticilTËN VtVER tiiojus
A fct^Ml'lS NEBST BINEM ANUAKGB VUN MEISTEMB fiOCU UNr.EIlllUCKTF.N UBKUN-
KKN VON J. MOOIÎEN, ITarrer in Wat^hlenJonk. CreMil, 1855, IV, \G, VI el 25S paeiw, — veiihandrung oveh he bboedeuschap van G. Groote, etc., dwr G.-H.-M. Dëlprat. Arnhem, 1858, in-H». — GEiUlim «lAiiNl Epis- TOLAE \iv c Coil. Hagano nunc primum editEe. etc., a J.-lî,-R. ACQUOï,
Amstelodami, 1857, iu-8o. —VlEElBOEKEN VAN PE NAVpLClNG CuiUSTluithiit
lâtïn in 'l nederduiseb gestold, door J. David, Brussri, in-S".
Le travail de Mgr, Malou sur Themas-à-Kempis, a, pour ainsi dire, épuisé la question. 11 n'est plus possible de faire un plaidoyer nouveau en laveur des droits du chanoine régulier de Sainte-Agnès.
Pour ijouter quelque chose aux nombreux témoignages allégués dans le livre de Mgr. de Bruges, il faudrait avoir trouvé des documents inédits, découvert quelque manuscrit ignoré, mis la main sur des preuves non pas plus authentiques mais plus fortes que toutes celles qu'avaient déjà accumulées les Amort, les Rosweyde ou les Gbesquière. Un seul document peut-Êlre remphrail cette condition, c'est le brouillon autogra-
18 LES DEItNlEUS TRAVAUX
|)bc de l'Imilaliuii, diité et signé du la main do l'auUiUi'. Muis ciitle het reusu irouvaille n'en pas encore faits cl ne se fiTa probablcmi jamais.
Le travail dont nous alloiis dire quelques niot^, venant après celai savant évêque de Brngt!S, devait donc, poni' être réellemi'nt utile, apj ter des lumières nouvelles. S'il avait pour but de présenter à son tflD^ une défense des droits de Thomas à Kempis, il lui fallait DéeessairemenK recourir à des arguments qui n'auraient point encore été présentés iuBrt qu'ici, ou se placer sur un terrain tout autre que celui sur lequel sont trouvés les premiers déronsnurs. Or, nous'le disons tout de suile^ le travail publié par le Journal ihiologique de Vienne n'est qu'une paraphrase pédautesque et prétenlieuso de tout ce ^ue l'on a déjà^dit et redit, en faveur du chanoine régulier de Sainte-Agnès. Il ne rapporte aucun: document inédit, il ne présente pas un seul témoignage qui ne soit' connu. L'auteur s'est proposé < de décrire les manuscrits de i'Jmitatio»' que possède la Bibliothèque royale de Bruxelles, de compléter ce qui a été omis par les autres, de redresser les erreurs, enfin de renforctx encore les droits de Tbomas-a-Kerapis. > Le programme est beau, maia ce n'est qu'un programme.
La description des manuscrits est une œuvre de minutie dont nous ne saisissons pas l'utilité : pour te lecteur, même le plus érudil, quelque^ lignes suffisent, et pour le paléographe dix pages ne valent pas un facsimilé. L'histoire de ces manuscrits se trouve du reste, tout entière dand' les dissertations d'E. Amorl, dans le livre de Mgr. Malou et ailleurs.
Les défenseurs de Thomas-à-KempIs en ont tiré tout le parti que l'on peut en tirer, et elle a fixé l'aileniion des Periz, des Weigel, etc. 11 dq. reste rien h dire après les travaux de ces savants. Malgré ses promesi* ses, l'auteur de la notice n'a rien complété, nous n'avons pu découvrir* un seul point de quelque importance qu'il ait éclairci ; excepté pourtant qu'il a trouvé dans la bibliothèque de Bourgogne une copie du prétends deuxième livre de l'Imitation publié en 18i2 par Liebner, copie qoî porte le nom du chartreux Henri Calcar. Or, déjà Mgr. Malou avait démontré que cet opuscule ne pouvait être attribué à Thomas Kempis.
Les < redressements d'erreurs > annoncés pur l'auteur sont de minime importance pour mériter d'Slre signalés. Ils s'adressent princi| lemeut à l'ouvrage de Mgr. Malou et nous ne concevons pas comment^ un homme qui s'est voué aux travaux d'érudition a pu se résoudre à r**^ lever d'au-si insignidanies vétilles.
La manie des emendationet dont l'autour semble alluint, pourra'! Ji qu'à un cert,iin po.nt excuser ■ m critiques mflme les plus puériles, a'
SUR TIIOMAS-A-KEMPIS.
rt gravo de l^s formuler en termes pleins de rudesse et de hauieur. Mgr. Malou a été obligé d'infliger un bifime sévère à cel oubli des convenances et â celte intolérable prétention, et il a fait justice. Nous {lourrions à notre loar relever « des errears > dans i'srticle de UiBevtu de Vienne, mais ce serait lui attribuer une importance qu'il n'a pas.
Nous avons dit plus hiiut que l'auteur n'avait apporté en ^veur de Tliomas-à Kempis aucun document nouveau. Cette assertion ne doit pas Oxre prise tout à Tait à la lettre, car il consacre un chapitre entier ù produire un témoignage ignoré jusque-là.
Un manuscrit de la biblioihèque de Bourgogne, provenant des chanoines réguliers de Saint-Martin à Louvain, contient, entr'autres choses, une liste des ouvrages dont la lecture était conseillée aux novices de ce couvent. Dans cetle liste on trouve cette mention : Libros quatuor utilissimes de Imitatione ChrUti fratris Thomm Kempis.
C'est là un témoignage, il est vrai, mais il nous paraît de peu d'importance en comparaison des autres témoignages rapportés par Mgr. Malou. En effet, le manuscrit dont il s'agit ici, porte la data de 1526 Ft, par conséquent, il est postérieur de près d'uu siècle su plus ancien manuscrit daté de Vlmilatioti. Nous avons déjà, en 1855, et pe^j^ Gtre antérieurement à l'article du Journal tliéologique de Vienne, article dont nous n'aviors pas pris coimaissance i cette époque, nous avions àèjh, à propos de toute autre chose, publié la liste tirée du manuscrit de saint Martin, (1), sans avoir songea signaler le pa&sagbrelalif à j'/mitalion comme un témoignage de plus en faveur de Tbomas-à-Kempis, A la date de 1526, il ne serait pas difficile! d'en trouver bien d'autres. On les mentionne en passant, on ne les présente pas comme de grandes découvertes (2).
La discussion sur l'auteur de l'Imitation devait nécessairement amener les défenseurs de Thomas -à-Kempis à des n-cherches sur la vie et las Serits du pieux chanoine de Windesem. Eusèbe Âmort, le savant doyen
(It V. Bulletin du Bibliophile belge. 1855, t. XI, p. 178.
(S) Ainsi, dans \e Mss. n»3i8 de la bibliuthùtiue de Liège, compiH par le frère Tnido Gemblacensis, religieux du monastère de St-Trond, en Hesbaie, on trouve le passage suivant ; Thomas do Kempis, natione teulonicus ofdinis Canon, regul. S. August. monlis dive uiartjris et virginis Agnetis propo Zuollis in dioccsi Traji'i:tensi scripsit pro inï^trucLione simplicium frati'uni librum de Imitatione XPl et conteniptu mtuidi, qui sequilur me, ^i a ijuibusdani ascribitur JoanniGerson.
Dans le Uss. n» 151 de ta même bibliothèque on trouve également un passage de l'Imitation préciidé du nom de Thomas Malieolus a (^ampis.
Ces deux Ms,s.,rnntpilùs soit-i l'abliâ Georges Saren s, ne sont que de quelquei ■ooéea postérieurs i celui des chanoines de S. Martin.
(lis Pollingm, est celui iV entre eux qui a Tait à co sujet les plus profoQâMl Investigations : dans ses divers ouvrages de. polémique, en Ifouveépait'a un bon nombre de documents curieux qu'il était parvenu à recaeiltir.r Ses successeurs y ont ajouté irôs-peu de chose.
Que pourrait-on, du reste, recherclisr d'incidents remarquables d la vie austère et ignorée, de cet humble moine d'un couvent presque il connu de l'Overysselî A quelles luttes a-t-il pris pari? à quels év^ ments s'ost-il trouvé mêlé?
Les renseignements quo nous ont transmis ses contemporains peavunt.! se résumer en quelques lignes ; les biographies parlent de ses vertna, j de ses écrits, et ne disent presque rien de sa naissance, de sa j< de ses rapports avec ie monde.
Noire insatiable curiosité, qui obéit par/ois à un heureux instinct voulu écloircir les ténèbres qui entourent un nom glorieux. On a y savoir quel pays a vu naître l'autour de l'Imitation, quelle fut sa fi quels lurent ses maîtres dans la science, ses actions el ses lravaax.J a fouillé les archives et les bihliolhiïques, on a lait de prodigieuses i cherches. Nous savons aujourd'hui à peu près tout ce quo l'on { espérer de découvrir au sujet de Thoraas-à-Kempis.
'Ce n'est pas que les courtes biographies que nous possédons se taisf à l'égard de la patrie, du nom, de la jeunesse et de In vie roligteoi l'humble chanoine, elles nous apprennent en elTet tout ce qu'il est de connaître à cet égard. Mais quelques points étaient contestés ou dO teux, et ses compatriotes comme ses admirateurs se sont efTorcés d'i seoir sur des ba^es authentiques tout ce que les historiens nous ftvain transmis. On a recherché avec palienco et respect les documents i lesquels on trouve son nom et celui de sa famille, on a recueilli coud de pieuses reliques les livres qu'il a transcrits, on a essayé de relroofëi ses cendres.
Un habitant d'une petite ville de la Prusse rhénane, située à quelq^ lieues du bourg où naquit l'auteur de l'Imitation, M. J. Mooren, curé 4 Wacblendonk a Tait paraître, en 1855, un volume renfermant le résuUl de trente années de recherches assidues sur Thomas-ù-Kempte «t'ai famille. C'est un volume peu épais mais qui a coûté hoaucoup i labeur.
Après Dvoh'jeléancoup-d'œil sur la silitation politique de l'Âllei el particuliËremeut de la contrée du Rhin, au milieu et à la fla j XIV» siècle. H.' Mooren donne une courte notice historique sur la p vîlle de Kempen. Cette notice est déjft par oiie-mGmc un chapitre plus inlëressauts, étant faîte presque toute entière d'après des docm inédits- Nous ne eonnaisûons jusqu'N présent sur celte localité d'il
SUR TIIOHAS-A-IÎEMPIS.
lilr&TaQ qu'une mince brochure publido, en 1822j par Hubert ter SchoUen et qui n'est pas mfimo cin5e par M. Mooren ([).
Kempen, au dioc&se do Cologne, à trois lieues de Venlo, est certainement la patrie de Thomas-à-Kempis. Ce n'est pas le bourg de Campen ou Camp, qui est situé à peu de distance de Kempen, c'est moins encore Kenipen sur le Zuiderzee qui peuvent prétendre à cet honneur. L,es biographies anciennes sont très-expUcites à cet égard; d'ailleurs des documeuts authentiques le prouvent à toute évidence.
Dans quelle partie de celle ville, en quelle maison rc^ut-it la nais- aance !
Cette question qui peut paraître bien oiseuse et bien inutile, a pourtant f on iinpertance. Toutes les vlUe; se font gloire de consacrer comme un monument le toit sous lequel naquit un grand homme. Le respect et là vénération dont on les entoure, rejaillit sur la communauté tout enlière et rien ne perpétue davantage le souvenu: d'un homme illustro que b trace toujours visible de son berceau. Ces murs vénérables qui l'ont \a naïlro, semblent garder une étemelle empreinte, l'homme n'y est plus, mais son esprit y réside toujours et ce n'est pas sans émotion que l'on roule ces dalles où s'essayèrent ses premiers pas. La maison paternelle d'un homme céi^bre est un monument que ne remplacent ni statues, ni colonnes, c'est une tradition vivante au milieu de ses concitoyens.
H. Hooren s'est livré aux plus patientes investi gaiJons pour essayer d'établir avec quelque certitude ce point intéressant. Thomas- à-Kempis avait quitté fort jeune sa ville natale et après être entré au couvent de Sainlc-AgnÈs n'est peut-être jamais revenu clans son pays. 11 mourut flans un âge très-avancé et l'Imitation n'est pas un livre qui ropporia à son anleif une gloire bruyante. Il eut, il est vrai, à son apparition une vogue immense, mais l'auteur avait tout fait pour rester ignoré.
Il n'est donc pas étonnant que le souvenir de cet auteur se soit peu -inaintenu dans l'esprit de ses compatriotes.
On ne sait pas aujuste dans quelle maison est né Thomas-à-Kempis. ',a tradition locale n'est pas d'accord sur ce point avec les historiens et les documents. Ceux-ci malheureusement sont peu précis. Un acte auihcnliqne dé 1402, pubUé pour la première fois en 1657, acte dans lequel Thomas intervient avec son frère Jean, rocotionne la vente d'une iSiaUon qni est peut-être leur maison paternelle. Cet acte forme la base 'd'une longue dissertation dans laquelle M. Mooren essaye du déterminer '^endroit précis où cette demeure se trouvait.
(I) Ueber die Entstcliung «ter Slodt Kempen, nebst einec kleinca Local- ^hronik von Hubert (er SuhoUen, Kgcin, im, 32 p, in-tO,
LES DERNIERS TRAVAUN
On comprend que nous ne pouvons suivre l'auteur di>ns une discussion' qui ne saurait être comprise que par ceui qui connaissenl parfaitement la localité. Disons pourtant que le résultat des recherclies de M. Hooren n'est pas définitif : Malgré toutes les peines qu'il s'est données, il n'est point parvenu à déterminer avec certitude on quelle partie de la ville se., trouvai! la demture des parents de Thomas à Kempis. Ses conjectures, appuyées de quelques documents découverts par lui n'ont pu franchir un certain degré de probabilité. Il espère que des recherches plus heureuses les changeront un jour en certitude.
Thomas-à-Kempis dont le nom de famille était /f«>RirA;en(Hacmmerlein, Halleolus) naquit à Kempen en 1379 ou 13S0. On ne sait rien de ses premières années. 11 s'en alla fort jeune à l'école fondée à Deventer par Gérard Groot, école où son frère Jean avait également fait ses études et d'où il était passé dans la congrégation des chanoines réguliers de Windesem (1). Thomas bous raconte lui-même tout ce que nous connaissons de l'histoire de sa jeunesse. A. Deventer, il se rendit auprès de Florent Radewyns, recteur de l'Ecole des Frères de la vie commune.
L'illustre compagnon de G. Groot le retint quelque temps auprès da lui, le lit instruire et lui fournit les livres dont il avait besoin. Ensuite il le fit recevoir dans la maison d'une dame honnête et pieuse qui était comme la protectrice des Frères. M. Hooren, croit avec H. Delprat, qu'elle s'appelait Ztvedera et qu'elle était la veuve du chevalier Jean de Runen.
Après avoir passé quelques années dans cette maison partageant ton» les exercices des Frères, la prière, la copie des manuscrits, l'insLiiclion, il se rendit au couvent de Hoiit-Sainle-Agnès, dont Jean de Kempis venait d'âtre nommé le premier prieur. Après dix ans de noviciat, il y revêtit l'habit de chanoine régulier.
C'est dans ce monastère qu'il passa sa vie, qu'il écrivit ses ouvrages et qu'il mourut dans un âge fort avancé:
Voilà à peu près tout ce que nous savons de l'histoire du vènérabi auteur do l'Imilation, H. Mooren a rassemlité cependant une foule d petits détails porJus dans les œuvres de Thomas ou dans d'auInK sources, et gi àce i ses laborieuses recherches, la biographie du chanolM de Sainte-Agnès est devenu plus complète. Il a recueilli tout ce que nous ont transmis Ls sources imprimées et écrites et il y aura peu à glaner après lui. Cependant, il est juste de dire que les anciens défenseurs de Thomas à- Kempis dans la controverse de l'Imitation, surtout E. Amort et le Père Bosweyde, avaient déjà fourni les principaux matériaux pour l'histoire de l'humble religieux de V^'indesem.
(l) Vito Joan/ik Gronde. Chap. 1,
SUB TÎIOMAS-A-KEMPIS. 2:^
Thomas-à-Kempis inoural lo 26 juillet U71 3[ fui enterré dans l'église de son monastère.
M. Moorun confère un chapitr; intéressant à l'histoire des restes mortols de l'auteur do l'Imitation. Nous le résumoni en peu de mots.
Le Couvent de Ste-Agnës fut détruit pendant les troubles du XVl» siècle; des parties, plus ou moins bien con-ervées, eurent diverses des- Imations, maid il Unit par tomber tout à fait en ruines et il n'en eniste plus do vestige aujourd'hui. Par suite de l'état d'oppnssion rous b-quel gémissait le c;itbolinisnie en Hollande depuis la séparation des dix-sept prot inee.4, il ne fut pas possible à ceu\ qui étaient r< stés fidèles h la foi d'honorer d'une manière eatensible le lieu où reposaient ces vénérables dépouilles. Cependant le siiuvcnir de l'homme s'élait perpétué cher le* catholiques des environs de Ste-Agnès et on avait gardé par une Iradi- ^on constante l'endroit où se trouvait >on tombeau.
L'Infante Isabelle a'elTorça de soustraire les restes du pieux i-hanoine à une terre qui n'éluil plus un champ des morts assez digne de conserver ces restbs précieux. Elle s'adressa à cetelTetaux Etits-Généraux, mais SB di^mande ne fut pas accueillie. Plus tard , l'Archeveque électeur de Cologne, Maximiiien-Henri , allié de Louis XIV, suivit les Français dtins leurs conquêtes en Hollande et entra avec eux à Zwoll en 1672. Une de s's premières préoccupations fut de rechercher la sépulture de Thomns-â-Kempis : il chargea de ce soin le curé ciilholique de Zwoll, Arnold Waeyer.
Guidé par des renseignements historiques et par le témoignage des souvenirs pieusement transmis , Arnold Waeyer fil commencer des fouilles dans les ruines de l'Eglise, et, après trois semaines de travaux, le iof août 1672, on découvrit une tombe, reurermant encore quelques ossements, et qui était, à n'en pas douter, celle de Thomas.
L'Archevêque lit faire, avec une respectueuse solennité, la translation de ces vénérables reliques, et les ayant renfermées dans une châsse, il les confia k la gaide du curé de Zwoll. Le procès- verbal authentique de l'exhumation existe encore, et M. Hooren le publie en cniier. E. AmorI en avait déjà donné une traduction latine.
Plus tard, les restes de Th orna s-i-Keni pis faillirent être transférés à Groenendael et à Cologne, mais, gr3ce â la fermeté de leur gardien, ils demeurèrent à Zvvoll, où ils sont encore. En 1817, Dom Pitra en obtint une partie pour l'abbaye de Solesmes. Les nouveaux Bénédictins de France ont tenu à honneur de posséder une relique de celui i qui leur ordre avait autrefois disputé avec tant de vivacité la gloire d'être l'auteur de l'Iniilalioit. La démarche de l'abbé de Solesmes peut être re-
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gardée comniQ nne généreuse renonciation ù des droits imaginaires cl ane reuonnaissiince tacilc de t!oux du chanoine de Windosera.
Le livre de M. Mooren renferme des chapitres curieax -Oans lesquels il traite de l'antlienlicité ties portraits peims ei gravés de Thomas-ii- Kempis, des manuscrits et dos éditions do ses œuvres, de l'étendne de ses connaissances liltéraires ou scientillquos, etc. Il se termine par nn codtœ diplomatiats qui coiUicnt pluçiours dociimonis tout à fait inédits. Il serait à désirer que l'on lit une tradnction rrançaise de ce travail remarquable : Le monde entier connaît l'ioiitntion, l'histoire de son auteur doit intéresspr vivement ceux qui lisent le livre immortel.
Il est inutile de dire que dans le cli»pitre consarré k la diifciission sacciticie des droits de Thomas-à-Kempis relativement h l'Imitation, M; Hoofen s'appuie tout-à-fait sur les lifrhprfhi's &a Mgr. Halou. Ponr h: laborieux curé dis Wachtondonck comme pour tous lenx ijui ont In la travail de rEvd([ue de Uriiges, les débats sont clos.
Parmi tfs argumoms qitR l'on a fait valoir en faveur de Thomafi-û- Kenipis, In multitude d'idiotismes irahisimiil une origine germaniqae, a été snrlanl signalée. Une traduction flamande du Min d'A-lîfmpi», 'lomme disait IJoilean. mais une traduction fidèle, liltéralo, démonlrprait celle origine à la dernibre évidence. Il est vrai quecetargumenlne pourrail servir ù persuader des adversaires fraai^ais ou italiens. Mais pour nous, gens de race teiitonique, il a une valeur considérable : une simple comparaison de quelques plirases, un essai de version que nous ferions neus-mËmes d'un certain nombre du versets, nous apporteraient, à défaut infime d'autroi preuves, une convicUon morale, irrésistible.
Ce travail a été tait en Belgique pour Ylmitation tout entière : tout le inonde connaît l'eiccllente traduction exécutée par H. le chanoine David, professeurà l'Université de Louvain, et dont une nouvelle édition vient d'ûtre publiée par la lilirairie Jamar àQraxcUes.
Le traducteur avait de grandes diCQcultês à vaiocrc, s'il voulait à lofolsj respecter le sen»litiéral du texte, et faire ressortir les germanismes sans I nuire â l'élégance et b la corrociion e^cigées par le génie de la langue' telle qu'on In parle aujourd'hui. Nous croyons qu'il y a plobiemraij ■ réussi. Partout où Von trouve dans It livre original des locutions trahis* snnt à toute évidence des pensées fTaWandes revêtues de (brmes latine?, le traducteur a eu liien soin do les ramener à leur première expression^ J Celle méthode, toute rnlîonnelle, a un double avnnlagc: elle serlil foamirl det prouvée philologiques dans le grand débat de In question rc!Blive àa
Sl'R T HUMAS- A.-IŒMriS. 2")
l'auleur du livra immortel et elle répand dans la traduction ta simplicilé et lu nmvelé du texte lalin; elle ctonnp, on un mot, Ij l'Imitation, son véritable caeliei. Les iradiiciionî en langue Je souches romanes sont loajours un peu raides et prétentieuses; on dirait que la Inngue française, par exemple, se refuse ù rendre la candeur, la bonliomie, si l'on nous permet le terme, de l'œuvre de Tliomasà-KempiFi.
Cependant, on ne doit pas croire que M. David ail oherehé à reconstruire en queliiue sorte l'ImitatioTi telle ([u'ellc serait sortie de la plome de l'antenr s'il l'eut écrile m finmand, il iiii eût ftillu pour cela faire au ■moyen du Theutmista on du Vocabularim ex guo une sorte de pastiche qui n'eut eu d"nulre mûrite qu'une cerUine habileté arehéologico-litt^raira, La traduction du profosseur de Louvain est faite selon toutes les règles de la grammaire actuelle, on bon langago Ikmand, et néanmoins elle est la reproduation fidèle et inlimo du texte; on peut admeltro que Thomss-â-Kempis la traduirait ainsi lui-mfme aujourd'Imi. Lo mériie di' CQ travail s'apprécie' davantage lorsqu'on fail uno comparaison entre la traduction dont nous parlons ot les verrions anoiennos.
On pourrait croire en effet que plus elles se rapprochent du temps o(i fat composé l'original , plus elles devraient eu 6ire la copie Qdèle, ot reproduire l'exprËssion probable de l'autour. Il n'en est cependant pas tout à bit ainsi. Esamine?:, par exemple, t'Imitatian flamande iraprimén ■ il Anvcrii, en 1505, chez Henri Ecksrt Van Hombsrg, et vous romar- , quereK biai>tdt que tout en rendant assez bien in pensée, elle est loin d'être une traduction littérale; c'est une traduction libre, paraphrasée. Le Lut du traducteur de cotte époque était tout simplement de mettre en langue vulgaire et â In portée de tous un ouvrage destiné à une vogue immense, il n'avait dans son travail aucune préoccupation philologique. Aujourd'hui, la controverse élevée au sujet delVmifoîioti, nous a rendus plus esigeanis.
M. David a voulu montrer que l'Imitation est une œuvTC (lamande et nul no pouvait le fdire, mieux que lui par la connaissance toute particuh&ro des idées, des traditions, du style de celle célèbre écolo mystique qui commence au faraeus Jean Ruysbroeck, dont il publie en ce uioraent les œuvres.
La nouvell" édition do Vlmilation est sous le rapport typographique un beau livre, exécuté h la manière des anciennes Hevres de Simon Vostre ou de Vérarâ, avec larges encadrements, fleurons, etc. C'est uno publication qui fdit honneur aux presses de M. Jaraar.
Les Vvkres de la vie commune qui se transformèrent pour la plupart
2H LES nKiuNir.ns travaux
en chanoinos réguliers de St-Augustjn de l'ordre de Windcsem, rornienl une iuBlitulion célèbre qui a pris naissance dans les Pays-Bas et qui a exercé une fraude influence morale dans tous les pays oli elle s'est développée. Dans la sphère nio<3este de leur action, ces humbles Frères ont rendu de signtilés services à la religion , à l'enseignement populaire et mSme aux leur a : leur histoire rTme une page inti^ressanle de l'histoire de la civilisntion. Depuis longlemps cet ordre a aliiré l'atlenlion des historiens et a été l'objet de nombreux travaux.
Les principales maisons fondées dans nos contrées par tes Frères de la vie commune possèdent leurs chroniques et il existe encore un grand nombre de dneumenis imprimi'S ou manusurits relatifs à leur organisation, et aux hommes remarquabJeii qu'elles ont produits. En 1838,laSoâélè des arts et des sciences d'Ulrecht proposa pour sujet de concours, un aperçu génër^l sur l'instituliou de Gérard Groote et sur l'influence qu'elle exerça dans le.< Pays-Bas. Le Mémoire de H. Delpr,it fut couronno.
L'onvrage de ce savant a obtenu beaucoup de succès en Hollande et il i-ertains égards, il en est digne. C'est un tableau rapide et bien tracé de l'origine, du développement et des vicissitudes de l' institution, avec de courtes notices sur l'histoire particulière des maisons Tondée.-: aux Pays- Bas et dans les contréifs limitrophes. L'ouvrage se termine pur tin coupù'tpû général sur les services rendus parles Frères.
Le mémoire de M. Utlprat a été tmduit eu allemand par M. Uohnike (Leipzig, ISJO), et une seconde édition revue et augmentée parut en 1856, à Amhem.
Ecrit par un minisire de l'église réformée de Hollande, l'ouvrage de H. Delprai reflète trop souvent les préjugés anti-i^tboliqueà de l'auteur. Tout en traitant les foudateurs de l'institution des Frères avec lo respect de rbisioiien, tous en leur prodigoani les marques d'une admiration sincère et convaincue, M. Delprat ne p^ui s'empêcher de se hisser entraîner par la préoccupation constante de retrouver des réformaleais avant la réforme, les seuls justes au milieu d<^ la corruption générale du clergé, enfln des dignes précurseurs de Luther. L'institution est une contre par;ie des Ordres mendiants, une proleslHiion conrre leurs abas ; elle devait leur faire une guerre acharnée. La Bible à la main, les Frères de la vie commune avaient pour mission d'éclairer le peu|de et de tes prémunir contre les prédications superstitieuses di's Fiacciscains. Par l'iustruction qu'ils répandire:!, par lu simplicité de leur doririne, ih préparaient la voie à In r form<^ et l'un du leurs plus grande liummes, Wessel Oanstord, a eu la gloire d'être loué |:ar Luther lui-mCme.
Lorsque la réformation prrcln'e par lo moine de Wittemberg prévalut
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ilaus lus i*ioviiici!s seplrntriunales, l'ordre des Frùrw de la Vie tumiiune dut, selon M. Deipral, céder la place à des institulions plus pur- Tiiltis : leur mission préparatoire était lerminéo. D.ms les provinces méridionales, restées catholique:', elles subsi^lèrsat ud peu plus longtemps mais ne purent résister à l'iavasioD des Jésuites.
On ne peut le nier, à l'époque où s'êlablit l'insliluLioii des Frères de la Vie commune, il y svait en plusieurs pai'lius de l'Europe, par suite des guerres et des abus de la féndalité, il y avait un grand nombre •'e monaaràrL's où régnaient le rolâchenient et la dissolution, uuc partie du clergé avuit oublié qu'il devait précber d'exemple autant que de parole. Une foule d'Evèques, de leligieux et d'Acrivains pcelé^i astiques avaient déjà tonné contre ces désordres et essayé de les redresser; en Belgique lu célèbre Jean Ruyabroeck les avait ttigmatisés du sa mâle éloquence. Gérard Grootc, qui s'était inspiré dL-s idées du chanoine de Groeu' ndael, son ami, peut avoir eu l'inleulion de remédier à ces abus en instituant une corporaiion qui donnerait l'exemple des vertus reli^ieuscA ; mais il y a un abime entre une rél rme morale et une réforme dogmatique. Jamais ni lui, ni aucun de se^ coadjuleurs n'a eu la pensée de s'ériger en prédicateur d'une doctrine nouvelle, ni de préparer la voie â quelque Messie inconnu.
Les Frères de la Vie commune turent des religieux bumbles, modestes et pieuE, aussi atiachéi à l'enseignement de l'Efiise que ne le furent jamais les autres Ordres monastiques. Ils essayèrent de cultiver à leur manière un coin du vaste champ du bien ei ils y réussirent admirablement sans se croire investis il'une mission réformatrice.
En enirayani péniblement de leurs écrits des lamb.-aux de phrase-- et des proposiiions isolées, on peut y trouver des expressions qui sembleraient les poser en bostililé ave'^ le clergé ou les autres ordres religieux, — et M' Delpralen a découvert dans r/milaf ion même — mais c'est saii* aucun doute les détourner singulièrement qu^ de leur attribuer une semblable signillcation. Les Frères de la vie commune étaient aimés et vénérés par la sainteté de leur vie ei par les services qu'Us rendaient, et ils n'eurent d'autres ennemis que les ennemis ordinaires de l'Eglise. Les dissidences momentanées et purement particulières qu'ils peuvent avoir eues avec' des maisons religieuses, ne sont que des incidents exceptionnels sans importance, et il serait injuste de compter au nombre de leurs grands hommes, le très-petit nombre d'apostats qui professèrent d'autres doctrines que les Gérard Groole et les Thomas-à-Kempis.
A part ces préoccupations protestantes, l'ouvrage de M. Delprat est écrit avec une grande conscience historique, il a puisé h une foule de sources peu connues et, pour la Hollande surtout, il est p'ciu ' de ren-
. sources peu connues
LES DËHNIBUS ÏKAVAUX
saignements d'un liant iiilârôt. Il n'est pas aussi complet pour les pravÎDces méridionales mais ieur histoire rentrait moins dans te eadre trae* par i'aulBur.
Dans ia question relative h l'auteur do l'Imitation de Jésus-Christ, M. Delprat se prononce catégoriquement pour Thomas-à-Kempis, et reconnaît (pie les Recherches de Mgr. Maloa ont parfaitement constaté los droits du chanoine de Sainte-Agnès. Après avoir payd son tribut d'éloges à l'ouvrage du savant Evêque, il se félicite de pou\olr ajouter un tiSraoIgnage de plus à ceux qui y sont accumulés en Èiveur de Tliomas-à-KempSs. C'est celui de G. Bonizbach, religieux de l'abbaye de Lacherzee près de Bonn , qui fut élève de Hegius à l'école de Deventer et ami du célébra- Trithème. Dans son Awtarvmi de icri'ptoribvs ecclesiasticis, manuscrit de l'Université de Bonn, il atlribne i'Irartatlon à l'un on l'autre des frères Jean ou Thomas- à-Kempis, Boutzbach est un témoin contemporain, mais qui, an fond, ne fait que répéter le témoignage de Trilhflme. Néanmoins, on peut l'enreËlstrcr comme reflétant l'opinion de l'épnqne.
L'ouvrage de M. Delprat a vivement attiré l'allentlon sur les Frères de ta vie commune et sur les hommes remarquables sortis de leurs rangs. Un élève de l'Université de Lnyde, M. J.-G.-R. Acquoy a pris pour snj6[ de sa thèse Inaugurale de docteur en théologie, la publication de qna-' torze lettres inédites do Gérard GrooCe , d'après un manuscrit de la bibliothèque de La Haye, comparé avec des codices des bibliothèques de Bruxelles, du Grand-Séminaire à LiÔge, et ùe la vilfe de Strasbourg.
L'Illustre fondateur des Frères de la vie commune a laissé plusieurs écrits : la plupart sont dispersés dans divers minuscrit^ signalés par les anciens bibliographes; une faible partie, trois petits traités, quelques fragments de lettres, ont été imprimés autrefois, enflo, dans les archives d'distoiro ecclésiastique du Hollande de iUI. Klst et Royaards, quelques autres opuscules ont été publiés par M. Clarisse. Le nouveau recueil de M. Acquoy augmente considérablement les couvres do Gérard Groot.
Ces lettres sont éditées avec beaucoup do soin et accompagnées d'un commentaire plein d'érudition ot de recherches liistoriquos. L'éditeur, quoique appartenant à la communion réformée, fait preuve d'une grande impartialité dans ses appréciations des hommes et des faits. Ayant h parler de catholiques et de religieux, il ne s'cfTorce pas de leur prêter des idées qu'ils n'ont pu avoir, il ne cache pas son admiration pour Gérard Groot et le juge trÈs-;ainement. « Il fat et voulut être un réformateur do rEgUso,ûil-it,non pour coqui concerne le dogme, mais pour ce qui regarde la vie et les mœurs des laïques et plus encore peut-élre des Gcclésiastiques. Jamais il ne fit opposition â la doctrine do l'ËglIse, il l'a au contraire, toujours suivie, préchée et défendue. •
La publication de ces lettres est un véritable service rendu à rhistoire ecclésiastique des Pays-Bas , car presque toutes ont rapport à des faits peu connus et elles jettent un grand jour sur la vie et les actions du fondateur des Frères de la vie commune.
Tous ces travaux que l'érudition moderne a consacrés à Ylmitation et à son auteur, sont une preuve de Tascendant immense de ce livre divin. La gloire que l'humble écrivain s'est acquise, malgré ses efforts pour rester inconnu, cette gloire a rejailli sur l'ordre dont il était membre : car toutes les recherches dont les Frères de la vie commune et les chanoines réguliers de Windesem ont été l'objet soni dues au vif désir de connaître l'école mystique où l'on enseignait les préceptes formulés dans Ylmitation, L'on commence aujourd'hui à apprécier les hommes qui fondèrent cette institution devenue célèbre, on reconstruit leçon par leçon leur enseignement si simple et en même temps si profond, on pénètre, pour ainsi dire, au cœur de leurs méditations. L'influence bienfaisante qu'exercèrent dans notre patrie leurs nombreux disciples s'explique, on produit à la lumière du jour les témoignages de leurs humbles mais utiles travaux, et déjà les noms de ces hommes partagent avec celui deThomas-à-Kempis,le respect de l'historien et la reconnaissance des cœurs croyants et fidèles.
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