WATELET (CLALDE-HE>RI
L'histoire de Fart au xviii" siècle renferme certaines figures d'amateurs artistes très-intéressantes à étudier. Séduits par le côté charmant des arts, ayant pour eux une vive inclination, ces hommes , nés dans l'opulence, ont voulu, pour occuper leurs loisirs, se rendre compte des procédés, des difficultés de la peinture, du dessin et de l'eau-forte; peu à peu, ils se sont passionnés pour ces charmantes études,^ pour cette existence exempte des soucis de la politique et des affaires, et qui met en rapport avec tout ce qu'une époque compte d'esprits délicats et raffinés; quelques-uns y ont même consacré toute leur existence, et Watelet est de ce nombre.
Né à Paris le 28 mai 1718, il était le fils du receveur général des finances pour la généralité d'Orléans. Tout jeune, il avait manifesté du goùtpour les arts, et avait de bonne heure commencé à peindre, à graver, et même à modeler. D'une santé délicate, son père jugea qu'un voyage pourrait, tout en le for-
tifiant, l'entretenir dans ses goûts artistiques et les éclairer. Watelet partit donc pour l'Allemagne et l'Italie, accompagné du médecin leur ami, Leroi de Saint- Agnan, et s'arrêta longtemps à Vienne. Il séjourna plus encore à Rome, où il devint en quelque sorte un des élèves de l'Académie de France. Tous les matins il venait dessiner d'après le modèle vivant. C'est là que notre jeune artiste fit la connaissance du peintre Pierre , avec lequel il devait rester lié. Watelet rapporta de ses voyages une grande connaissance de la peinture et de ses procédés qu'il traduisit un peu plus tard dans son poëme didactique sur la Peinture. « Parti amateur, dit Lemierre, il revint artiste. » Il n'avait que vingt-deux ans quand, son père étant mort, il hérita de sa charge ; mais, au lieu de la vie oisive ou futile du financier qui s'ouvrait pour lui, Watelet profita de sa grande fortune pour se livrer à son goût pour les arts. Il peignit, fit des chansons, des fables, s'occupa de musique et fut recherché par la plus brillante société. Le commerce des premiers artistes, la fréquentation de gens distingués comme il en trouvait dans les salons de M'^'^ de Tencin, de M"^ Geoffrin et de M"^ de Pompadour^ et ses relations avec des hommes de mérite tels que Maurepas, Caylus, d'Argenson, Condorcet, achevèrent de perfectionner son esprit et son goût. Il avait été nommé associé libre de l'Académie de peinture, grâce à la chaude recommandation de M*"^ de Tencin, qui, dans un mémoire rédigé en sa faveur et malheui'eusement apostille par Poisson
6i() LES DESSINATEURS D'ILLUSTRATIONS.
père*, disait de lui que c'était un « amateur des talens » .
C'est à l'Académie que Watelct dédia son ouvrage de VArt de peindre^ poëme en quatre chants traitant du dessin, de la couleur, de l'invention pittoresque et de l'invention poétique. Ce livre, dont quelques copies manuscrites avaient déjà circulé, parut en i 760 et fut imprimé avec luxe. Il avait demandé à son ami Pierre des dessins qu'il grava lui-même à l'eauforte\ Watelet semble s'en excuser quand il écrit que (( le désir de m'instruire m'a fait hasarder de « graver, sous ses yeux, ce que son amitié, son génie '.y et son goût lui avaient inspiré pour l'embellisse- « ment de mon ouvrage. » Cette illustration se compose d'un frontispice allégorique et de vignettes et culs-de-lampe se rapportant aux sujets traités. L'ensemble en est gracieux et ((ragoûtant ». Diderot, l'écrivain artistique patenté de l'époque, feint de croire que le poëme a été sacrifié à sa parure, et nous semble bien dur pour le poëte, qu'il trouve sans verve et sans chaleur. « Si le poëme m'appar-
1 II faut croire qu'il était lié, de longue date, avec la famille Poisson, car il avait écrit sur la première page d'un beau manuscrit de VArt de peindre , qui a successivement appartenu au prince de Canino et à M. J. Goddé : « Ce mss. a été fait à la prière de (( M™c de Pompadour que je connoissois avant qu'elle fût mariée. « Je n'avois pas encore fait les dernières corrections à mon ou- (( vrage. »
- Toutefois un ancien caissier de Watelet , nommé Roland , a prétendu qu'il faut attribuer une bonne part du mérite de ces estampes au graveur Lempereur, qui les aurait toutes terminées. {Mémoire nu roi Louis XVI, Londres, 1774.)
« tenait, dit-il, je couperais toutes les vignettes, je « les mettrais sous des glaces et je jetterais le reste « au feu. )) Peut-être n' était-il pas fâché, lui qui se vantait de ne rien connaître aux procédés de l'art, de rabaisser un amateur praticien qui osait, en même •temps que lui^ parler peinture. Quoi qu'il en soit, l'Académie française n'en jugea pas ainsi, et son poëme lui en ouvrit les portes.
Watelet avait été vite fatigué de la vie du monde; de plus, il avait au cœur une passion dont il était bien aise de dérober les épanchements aux indifférents; aussi profita-t-il avec empressement de l'occasion qui s'offrait d'habiter la campagne aux environs de Paris. Il acquit, ou plutôt il créa sur les bords de la Seine, une propriété devenue presque célèbre depuis sous le nom de Moulin-Joli.
C'est là qu'il s'installa avec Marguerite Lecomte, femme d'un procureur au Châtelet , distinguée par son esprit et son goût pour les arts. C'est dans ce séjour, chanté par les poètes du temps, que Watelet se retira avec elle et'écrivit ses ouvrages. Cette charm^ante habitation était située près d'Argenteuil. De pittoresques accidents de terrain lui avaient permis d'y créer un parc original et d'en faire un séjour délicieux. Abandonnant le système des majestueux alignements dans le goût de Le Nôtre, il avait laissé la nature à ses caprices et à son harmonieuse irrégularité, et ce fut lui qui contribua à introduire en France le goût de cet arrangement de la nature, savant sous son apparent désordre, que l'on a appelé
jardin anglais. Il a, du reste , exposé les théories qu'il avait mises en pratique au Moulin-Joli, dans son Essai sur les jardins (1774).
Delille, dans son poëme sur le même sujet, a rappelé le charme de cette agréable retraite , l'a dépeinte dans sa description d'un parc au bord d'une rivière oii Fart n'a que discrètement ajouté à la nature, et il la termine ainsi :
Tel est, cher Watelet, mon cœur me le rappelle, Tel est le simple asile où, suspendant son cours, Pure comme tes mœurs, libre comme tes jours, En canaux ombragés la Seine se partage Et visite en secret la retraite d'un sage. Ton art la seconda; non cet art imposteur, Des lieux qu'il croit orner hardi profanateur ; Digne de voir, d'aimer, de sentir la nature, Tu traitas sa beauté comme une vierge pure Qui rougit d'être nue et craint les ornements.
iyj[me Yigée-Lebrun, dans ses Souvenirs (lettres à la princesse Kourakin), se rappelle avec délice également le charme de cette habitation : « Ah! que « j'aurais aimé , chère amie , me promener avec « vous dans les bois de Moulin-Joli ! Yoilà un de (( ces lieux qu'on n'oublie pas : si beau, si varié, (( si pittoresque , si élyséen , si sauvage , si ravisce sant enfin ! Représentez-vous une grande île couce verte de bois, de jardins, de vergers, que la Seine c( coupait par le milieu. On passait d'un bord à « l'autre sur un pont de bateaux garni des deux cô- « tés par des caisses de fleurs, que Ton renouvelait « à chaque saison, et des bancs placés de distance
WATEJ.ET. (j43
« eu distance vous permettaient de jouir longtemps « d'un air parfumé et de points de vue admirables ; « de loin, ce pont qui se répétait dans l'eau produi- « sait un effet charmant. Des arbres de haute fu- « taie, d'un ton très-vigoureux, bordaient la rivière (( à droite ; à gauche, la rive était couverte d'énor- « mes peupliers et de grands saules pleureurs dont « les branches tombaient en berceau ; un de ces (( saules, entre autres, formait une énorme voûte « sous laquelle on se reposait, on rêvait avec dé- « lice. Je ne puis vous dire combien je me sentais « heureuse dans ce beau lieu, auquel à mon gré je « n'ai rien vu de comparable.
« Cet Elysée appartenait à un homme de ma con- « naissance, M. Watelet, grand amateur des arts et « auteur d'un poëme sur la peinture. M. Watelet « était un homme distingué, d'un caractère doux et « haut, qui s'était fait beaucoup d'amis. Dans son « île enchantée , je le trouvais en harmonie avec « tout ce qui l'entourait ; il y recevait avec grâce et « simplicité une société peu nombreuse, mais par- « faitement bien choisie. Une amie à laquelle il « était attaché depuis trente ans était établie chez a lui : le temps avait sanctifié, pour ainsi dire, leur (( liaison, au point qu'on les recevait ensemble dans « la meilleure compagnie , ainsi que le mari de la « dame, qui, chose assez bizarre, ne la quittait ja- « mais. »
Marmontel, son ami, a dit aussi de Watelet que c'était l'un des hommes de son siècle qui avait su le
6ii LES DESSINATEURS D'ILLUSTRATIONS.
mieux arranger sa vie pour être heureux, par son goût des arts et des lettres, et ses relations avec les personnes qui les partageaient.
Dans la belle saison donc, une société nombreuse de littérateurs, d'artistes, de connaissewSy d'étrangers illustres, d'hommes distingués à tous les titres, se réunissait au Moulin-Joli^ sanctuaire consacré aux arts et dont Marguerite Lecomte était la prêtresse. Watelet y passait une charmante existence auprès de la femme qu'il aimait^, et avec son ami Pierre , l'un dessinant, l'autre gravant. Ils reproduisaient les agréables sites des rives de la Seine, moins peu plées qu'à présent de fabriques, comme le témoi gnent ces eaux-fortes aux ombrages touffus où, à côté de leurs deux noms, se lit cette mention : « Una eademque die sculpsere. »
Cependant un regret traversait cette paisible existence; la terre privilégiée des arts, l'Italie, souvenir déjà lointain, apparaissait à notre ami des arts comme enveloppée dans une atmosphère lumineuse et bénie dans laquelle il voulait aller se retremper. M""° Lecomte, dont il avait guidé les premiers essais artistiques, désirait ardemment la connaître et il voulait lui faire partager ses admirations ; un beau jour, ils partirent avec l'abbé Copette, leur ami, ancien professeur de Watelet.
Le souvenir de ce voyage nous a été conservé par un très-joli volume, qui montre en même temps, par quelles amitiés la petite caravane était accueillie à Rome. Les pensionnaires du roi eurent Tidée de per-
pétiierle souvenir de leur voyage et deleur séjour au milieu d'eux, et de leur témoigner en même temps combien ils les estimaient et les aimaient, en confectionnant un artistique opuscule qui en relaterait les principaux incidents et qu'ils intitulèrent naïvement : Xella vemita in Roma di madama Lecomte e dei Signori Watelet e Copetie^ componimenti poetici di Luigi Subleyras, colle figure in rame di Stephano délia Vallée Poussin (in-8, 1764). Chacun se mit à l'œuvre; le jeune Louis Subleyras, fils du peintre français de ce nom, installé à Rome, et qui était un peu poëte, fut chargé des sonnets, compliments et récits poétiques et allégoriques. Etienne de la Yallée-Poussin composa les dessins où sont représentés leurs amis, et Weirotter les grava de sa très-fme pointe; Durameau,Radel, dessinèrent les élégants encadrements des pages, et Hubert Robert voulut aussi contribuer à ce petit monument élevé à l'amitié, en gravant deux charmantes petites vues de Rome au bas de deux des pages.
Yoici l'arrivée des voyageurs à Rome, Watelet et M™^ Lecomte, bras dessus, bras dessous, avec un carton à dessin sous le bras resté libre, a Le Temps et l'Amour sèment des fleurs sur leur passage. » Plus loin, les pensionnaires sont à l'ambassade de France, et Watelet leur fait un discours sur les beaux-arts : puis ils sont en admiration devant l'Apollon du Vatican et devant les cascades de Tivoli, dont la vue est originale. Ailleurs ils dessinent auprès du Colisée. Ensuite Watelet et l'abbé Copette sont
H'fO les dessinateurs D'ILLUSTRATIONS.
reçus par le Saint-Père, et un peu plus loin M""^ Lecomte reçoit sa bénédiction, le visage à moitié couvert d'un voile comme le veut l'étiquette du Vatican. C'est un charmant petit livre, très-intéressant avoir, où l'allégorie se marie agréablement à la réalité et qui fait autant d'honneur aux jeunes artistes qui l'ont imaginé qu'à ceux pour lesquels il a été fait. Il montre quel accueil empressé Watelet reçut à Rome, même ailleurs qu'à l'école française, où il dessinait modestement assis au milieu des élèves. Il y fut en réalité fêté comme un des maîtres de l'art; le pape Rezzonico l'accueillit d'une manière distinguée, et il devint l'ami du cardinal Albani et de Winckelmann.
Natoire écrivait au marquis de Marigny, le 10 avril 1764 : « M. de Watelet part demain de Rome et « prend le chemin de Venise. On le voit s'éloigner « de cette ville avec, peine et moy, en mon particu- « culier, j'en suis fâché. Son commerce plaît à tout (( le monde, et luy-même est sensible à l'accueil « distingué qu'il a reçu en ce païs-cy. »
Ils reviilrent, après ce charmant voyage, reprendre leur paisible existence du Moulin-Joli. Du reste la liaison de Watelet avec M""*" Lecomte n'avait jamais été un mystère pour personne, pas plus pour le mari que pour la société, où l'on avait parfaitement accepté cette situation: « J'ai fait aujourd'hui, a écrit « M™^ de Genlis', qui n'était pas toujours indul-
^ M™2 (le Genlis. Suucenirs do Félide.
u geiite. une visite à M™^ Necker, et j"ai trouvé chez « elle M. Vatelet et M""® Lecomte. II me paraissait (( plaisant de voir, chez une femme très-austère, ces (( deux vieux amants qui logent ensemble et qui « sont toujours inséparables. Il faut avoir tout le « courage philosophique pour oser produire ainsi « sa vieille maîtresse de cinquante-cinq ans, très- « ennuyeuse, très-bornée, qu'on a jadis enlevée à « son mari pour vivre avec elle sans aucun mys- K tère... » D'autre part, dans les lettres que Watelet écrit au dessinateur-amateur Desfriches, soit qu'il lui annonce l'envoi de son poëme sur les Jardins, c( petit ouvrage oii il y a des tableaux qui peuvent intéresser un paysagiste et où vous trouverez la description du petit ermitage que vous avez souvent visité » , soit qu'il lui fasse part de sa nomination à l'Académie française, il est toujours fait mention des compliments et amitiés de M. et de M""' Lecomte. Il prend lui-même la peine, dans celle qui est datée du 13 janvier 1776, et adressée également à Desfriches, de nous initier à ses arrangements intimes : « M""" Lecomte, qui vous fait mille amitiés, est ac- <( tuellement ma voisine : l'âge de son mari et l'état (( de sa santé ont déterminé M. Lecomte à quitter « son état, et je leur ai offert le dessus de mon ap- « partement, dont Roland occupait une partie. Ils (( ont bien voulu me faire l'amitié de s'en accommo- « der. M. Lecomte a fait de cet appartement un (( chef-d'œuvre de goût et de propreté (ce qui ne (( vous surprendra pas) : sa mosaïque y est em-
« ployée et fait l'admiration des artistes. Au moyen « de cet arrangement, j'ai une aimable compagnie « sans sortir; et Tabbé, qui a toujours sa petite cel- « Iule, se trouve une partie de la semaine réuni à « ses amis ; et moi, je les possède tous, ce qui adou- « cit les peines que j'ai eues de la perte que j'ai « faite et les ennuis de ma situation physique K »
Plus tard, (en 1783) il écrit encore à Desfriches • (' Ne viendrez-vous pas voir le Salon cet été? M""" Le- « comte espère, si vous venez à Paris, que vous la « viendrez voir à son moulin. »
Pour revenir aux travaux de Watelet pour les livres, Voltaire, qui se loue dans sa correspondance de la générosité avec laquelle il encouragea la souscription aux OEiwres de Corneille, qu'il avait ouverte au profit de la petite-nièce du poëte, ajoute que, non-seulement il prit cinq exemplaires, mais qu'il voulut lui-même en fournir et en graver le frontispice. Toutefois c'est encore le peintre Pierre qui a dessiné ce génie de la gloire qui entoure d'une guirlande de fleurs le buste de Corneille.
Huber, le traducteur de Gessner, qui se rappelle avec émotion, dans son Dictionnaii^e des curieux, le gracieux accueil qu'il avait reçu au Moulin- Joli, ajoute ceci : « Grâce à l'amitié dont m'a tou- « jours honoré M. Watelet, je n'ai pas eu de peine « à l'engager d'orner ma traduction des Idylles, « imprimée à Lyon, chez Bruyset , d'un frontispice
* Cette lettre est extraite de VHistoire des amateurs français et de leurs relations avec les artistes, par Dumesnil, Paris, 1858.
(( et de nombre de jolies vignettes, d'après les des- {( sins de M. Pierre. lia gravé de même, conjointeu ment avec M""' Lecomte, son élève dans le même (( art, les ornements pour le poëme pastoral de « Daphnis et pour celui du Premier Navigateur, im- « primé, la même année, chez Vincent. » Enfin on retrouve une Suite de dessins peints et gravés par Watelet. du cabinet de M°''' Lecomte (1754), in-4.
Watelet aimait beaucoup à graver le portrait. Lié comme il l'était avec tant de personnages célèbres, il était, par son joli talent d'aquafortiste, indiqué pour reproduire leurs traits ; aussi, soit d'après ses propres dessins, soit d'après ceux de Cochin, il nous a conservé les physionomies intelligentes de Turgot, du marquis de Voyer d'Argenson et du comte de Vence, la face lippue de d'Alembert, l'air bêta de l'amateur Chastre de Bilhj, le profil papelard de Y abbé Copette, docteur en Sorbonne, et son compagnon de voyage en Italie, la charmante figure de son ami Pierre, l'air pincé de Lady Hervey, ou l'air doux et bon de Marguerite Lecomte.
Watelet a aussi donné chez Prault, en 178o, une série d'eaux-fortes qu'il avait intitulées : Rymbranesques ou Essais de gravure, qui sont des imitations de Rembrandt, et dans lesquels, ainsi qu'il le dit lui-même, il a cherché à retrouver les procédés employés par ce grand artiste. Ayant remarqué que Rembrandt, pour produire ses beaux effets, ne se servait que de l'eau-forte et de la pointe sèche, avec quelques tailles très-libres de burin, il crut avoir
6o0 LES DESSINATEURS D'ILLUSTRATIONS.
intéressé les amateurs en imitant ce procédé. Nous ne sommes guère partisan de ces pastiches, et nous avons trouvé ces essais de Watelet mous, d'un effet peu agréable, tranchons le mot, franchement mauvais. En revanche, ses paysages à l'eau-forte, traités directement devant la nature, sont beaucoup meilleurs, et il s'y trouve de très-jolies pièces, particulièrement celle qui représente le joli pavillon du Moulin-Joli (1785) bâti au bord de l'eau, dans ce style que nous appelons maintenant style Louis XYI. Outre son roman de Sylvie, illustré par Pierre, le Dictionnaire des arts de peinture, sculpture et gravure, auquel il collabora, et les ouvrages dont nous avons parlé plus haut, Watelet avait composé d'autres poëmes; sur la fin de sa vie, il en jeta les manuscrits au feu. Depuis longtemps sa santé était chancelante; le calme de ses dernières années fut encore troublé par la perte imprévue d'une partie importante de sa fortune. Un agent infidèle s'enfuit, emportant une somme considérable de recettes perçues pour l'Etat. L'abbé Terray , sans avoir égard à cette circonstance, exigea immédiatement la somme redue, et, de toutes les mesures arbitraires de ce contrôleur général, aucune n'indigna plus les honnêtes gens que ce procédé qui ruina presque un homme qui faisait si bon usage de sa fortune. Pourtant la tranquillité d'âme de Watelet n'en fut pas troublée ; il trouva dans cette circonstance les consolations de l'amitié qui l'entourèrent jusqu'à sa mort, arrivée le 12 janvier 1786.
Voici pourtant toute l'oraison funèbre que M™^ de Genlis trouva à faire sur lui : « M. Yatelet vient de « mourir en frustrant ses héritiers et ses créanciers u pour laisser tout à sa maîtresse. Yoilà les philo- (( sophesî L'amour illégitime, ancien ou nouveau, « est hideux dans un testament, »
Cochin nous a conservé, dans un charmant portrait, ses traits fins et élégants; Greuze aussi l'avait peint, et c'est ce portrait qui a fait dire à Diderot, dans un de ses moments de misanthropie : (( Il est (( terne, il aTair d'être emhu; il est maussade, c'est « l'homme. Retournez la toile. »