‹ Les dessous du Congrès de Vienne; d'après les documents originaux des Archives du Ministère Impérial et Royal de l'Intérieur à VienneChapitre 108 sur 842 · Vienne, 18 septembre 1814 (F. 1. 3630 ad · texte numérisé non relu

Vienne, 18 septembre 1814 (F. 1. 3630 ad

FREDDI à HAGER (en français).

Le nonce, le cardinal Consalvi et le comte Aldmi. L'arrivée de Labrador. Personnages qui l'accompagnent. Conversation qu'il a eue avec lui, ses questions sur Metternich et Stadion. Labrador,grand admirateur et partisan de Stadion. Ce que Talleyrand lui a dit sur le compte de Stadion. Son opinion sur les conférences préparatoires et sur le rôle de l'Espagne et de la France au Congrès.

Le secrétaire du nonce apostolique travaille jour et nuit et accable d'une telle manière les trois commis, Caselli, Gordini, le prisonnier de guerre, d'Erst, interprète et commentateur de journaux allemands, que les deux premiers s'en plaignaient hier à moi amèrement. Mais pourvu que la Cour de Rome soit exactement informée de tout ce qui se passe et le service aille selon son bon plaisir, le nonce ne se soucie guère de la santé de ses hommes. J'en ai fait moi-même une triste expérience dans les deux mois que j'ai eu l'howieur de servir dans ce sous-sécrétariat. Il en donne lui-même l'exemple en travaillant jour et nuit.

Ily a deux jours que je n'ai pas vu ce Ministre. Hier, il était avec le cardinal Consalvi en conférence avec Aldini(l), sur lequel on compte beaucoup. Je crois cependant que ces deux rusés diplomates romains n'auront pas oublié qu'Aldini fut constamment l'ennemi de la cour papale et que sa conduite comme avocat à Bologne, comme représentant dans le Conseil de la République Transpadane et Cisalpine et enfin comme ministre secrétaire d'Etat de Napoléon a consigné dans les annales la certitude de ses principes politiques anti-papaux. Mais Consalvi et Severoli se flattent de l'avoir gagné par la promesse d'une généreuse récompense, otium cum dignitate. Connaissant Aldini, on ne se trompera pas si on le compare au caméléon qui

1. Aldini (Antoine, comte), né à Bologne en 1756, mort à Pavie en 1826, neveu de Galvani, d'abord avocat à Rome, puis professeur de droit à l'Université de Bologne, envoyé à Paris sous le Directoire comme ministre plénipotentiaire de la république bolognaise, président du Congrès républicain de Modène, président du Conseil des Anciens de la république Cisalpine, conseiller d'Etat après Marengo, membre du Conseil législatif, ministre, secrétaire d'Etat du royaume d'Italie à Paris, il s'occupa à Vienne de la défense des intérêts d'Elisa et se retira après le Congrès à Milan.

saura, selon les circonstances, changer d'opinion et jouer la comédie au gré du parti le plus puissant.

Il ne m'a pas été donné de voir le nonce aujourd'hui parce qu'il était allé avec le cardinal Gonsalvi voir les archiducs.

Labrador est arrivé le 17 à dix heures du matin... Je l'ai vu en allant chez le chevalier Ferez de Castro, chargé d'affaires de la cour d'Espagne et c'est là où j'ai eu l'honneur de féliciter l'ambassadeur qui a répondu à mes expressions par l'assurance très flatteuse de son amitié.

Il est accompagné par le secrétaire d'ambassade Machado et par un autre gentilhomme espagnol très jeune. Machado est connu à la cour pour avoir été pendant la dernière guerre au Quartier Général des alliés chargé d'une mission de la régence d'Espagne qui gouvernait alors ce pays au nom de Ferdinand VII.

Labrador entra aussitôt en conversation avec moi sur l'état actuel des choses. Malgré sa finesse extrême et son langage mystérieux, je crois avoir réussi à débrouiller l'objet de se recherches et de ses inquiétudes.

Après avoir passé la revue des membres nationaux et étrangers du Corps diplomatique, il s'arrêta surtout sur le princ de Metternich et le comte de Stadion et voulut connaître l'opinion publique sur eux et il fut fort étonné lorsque je lui parlai de la nomination probable de Stadion au ministère des Finances. Il me dit : « Est-ce qu'on éloigne Stadion d'avoir part aux négociations du Congrès ? Ce serait à mon avis une mauvaise besogne pour l'Autriche d'éloigner le seul homme qui a obtenu par ses manières franches et loyales la confiance des ministres des premières puissances ». Je le rassurai là-dessus en lui disant que cette nouvelle fonction n'empêcherait pas Stadion d'agir pour le Congrès, parce que comme ministre d'Etat et de Conférences, il entrait dans le Conseil de Sa Majesté.

Il reprit ensuite : « La veille de mon départ de Paris, m'étanL entretenu longuement avec le prince de Bénévent, nous nous disions ensemble que tout irait bien à Vienne, comptant sur M. de Stadion. S'il arrivait le contraire, Talleyrand en serait déconcerté. »

Il me demanda ensuite s'il était vrai que des conférences avaient lieu entre Castlereagh et Metternich et quelle conclusion on tirait de ces séances secrètes. « On parle, lui dis-je.

de ces faits dont je ne peux garantir l'authenticité et du reste rien n'a transpiré. »

« J'espère, ajouta-t-il, que les ambassadeurs de France et d'Espagne ne viendront pas jouer ici le rôle de marionnettes .comme quelques-uns se l'imaginent. »

Telle fut la conversation de plus d'une heure que j'eus avec M. de Labrador.

Page 1