‹ Les dessous du Congrès de Vienne; d'après les documents originaux des Archives du Ministère Impérial et Royal de l'Intérieur à VienneChapitre 132 sur 842 · Vienne, 25 septembre 1814 (F.l. 3660 ad · texte numérisé non relu

Vienne, 25 septembre 1814 (F.l. 3660 ad

Rapport à HAGER. fr

Anstett. Ses griefs contre TAutriche. Ses prétentions et la nature de se8S| relations avec Nesselrode et Alexandre. Les confidences d'Anstett. Sei^| missions secrètes, causes de sa défaveur. îj

!■ J'ai revu le 20 pour la première fois depuis Paris le con-' seiller intime russe baron Anstett, un peu après son arrivée»^. Après avoir causé avec moi d'afîaires de famille, il donna dely nouveau, comme il l'avait déjà fait avec moi à Francfort et à Paris, libre cours au dépit que lui causait le fait que l'Autriche

i. Non pas prince, mais duc, Campochiaro, d'abord capitaine des gardes i Ferdinand IV, était devenu conseiller d'Etat et ministre de la maison du rfl Joseph, ministre de la Police sous Murât, puis son ambassadeur, d'abord! Paris auprès de Napoléon et ensuite son représentant au Congrès de Vienn6| En disgrâce après la Restauration des Bourbons, ministre des Affaires étra gères lors de la révolution en 1820, il se retira peu après et renonça définitil ment aux affaires et à la politique.

n'avait pas jugé à propos de lui accorder la moindre distinction. Il en était d'autant plus froissé que notre Cour, disait-il, !ie pouvait ignorer les sentiments qu'il avait toujours témoignés en faveur de l'Autriche et toute la peine qu'il s'était don- :îée en 1809 pour décider sa Cour à embrasser notre cause, ou x)ut au moins à nous témoigner une neutralité bienveillante.

Anstett croit que le comte Nesselrode et TEmpereur Alexan- Ire ne peuvent se passer de lui et c'est pour cette raison qu'il V a toujours pas mal de tension entre lui et le comte. J'ai pu constater moi-même de visu à Teplitz et à Paris que Nesselode avait bien plus d'égards pour Anstett que celui-ci ne croyait devoir en avoir vis-à-vis de lui.

Anstett est également, pour le moment, assez peu satisfait le la nature de ses relations avec son Empereur.

Afin de se justifier du reproche que je lui faisais de n'avoir pas eu, lorsqu'il revint de France et passa par Bruchsal, le 2(eur de faire un tout petit détour pour aller rendre visite à Strasbourg à sa vieille mère âgée de soixante-quinze ans et {u'il n'a pas vue depuis vingt-six ans, il me dit qu'on lui avait confié à ce moment deux missions secrètes des plus importantes. C'est, d'après lui, en revenant de France qu'il reçut l'ordre l'aller attendre à Bruchsal les instructions relatives à l'une le ces deux missions. C'est précisément, à l'occasion de cette mission qui l'envoya à Varsovie pour y étudier l'état de l'opinion et à la suite du rapport détaillé et secret qu'il devait faire ù l'Empereur en lui rendant compte des chances de succès qu'offrait la prise de possession de ce pays, qu'il s'était attiré la disgrâce dont il souffrait pour le moment. Il avait en effet dû s'élever contre l'idée favorite de son maître et avait péremptoirement démontré dans son rapport qu'un pareil peuple était indigne d'appartenir à un souverain tel que lui, qui n'y trouverait que des sujets ingrats et éternellement hostiles.

Anstett ajouta avec humeur que cette disgrâce lui avait valu un séjour de trois mois dans ses terres auprès de sa femme malade. Il se proposait de rester en repos et en disponibilité comme cela lui était déjà arrivé avant la dernière guerre, lorsque le 4 septembre il reçut l'ordre de se trouver à Vienne lors de l'arrivée de l'Empereur.

Il me déclara en terminant, qu'aussitôt après la fin des négociations, il se retirerait dans ses terres avec une pension de retraite de 1.200 ducats.

Jamais il ne m'avait tant parlé de sa situation personnelle. Je n'ai pu l'amener à se déboutonner qu'en lui parlant de sa vieille mère dont il est le seul soutien. Ce ne sera maintenant qu'en me servant de son dépit, en le contredisant et aussi en le faisant boire que je pourrai lui délier encore la langue.

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