‹ Les dessous du Congrès de Vienne; d'après les documents originaux des Archives du Ministère Impérial et Royal de l'Intérieur à VienneChapitre 15 sur 842 · Berlin, 29 mai 1814 (F. 1. ad · texte numérisé non relu

Berlin, 29 mai 1814 (F. 1. ad

COMTE DE GOLTZ (1) à PIQUOT (2) à Vienne {intercepta en français).

Considérations et hypothèses sur le sort de la Prusse et de l'Europe basées sur les différentes nouvelles qu'il a reçues. Le Royaume de Pologne et la Russie. Les acquisitions de la Prusse en Allemagne. La Saxe. L'état d'esprit de l'armée française et Napoléon. La Norvège et le Danemark.

Les suppositions qu'on a, k Vienne, sur les divers pays, dont le sort va être réglé à la paix prochaine, s'accordent en partie avec d'autres avis qui paraissent venir d'assez bonnes sources. II y a apparence, ainsi qu'on le croit effectivement, à la conservation d'un Royaume de Pologne, plus ou moins limité,

1. Goltz (Gharles-Henri-Frédéric, comte de) (1772-1822). Entré tout jeune dans le régiment de son oncle (hussards de Bliicher) se distingua en 1792 pendant la campagne du Rhin, qui lui valut la croix de l'Ordre pour le Mérite. Entré dans la diplomatie en 1802 et envoyé à Munich, il rentra dans l'armée en 1813, servit à l'Etat-Major de Bliicher et fut promu général-major. Lors de la paix de Paris il quitta l'armée, avec le grade de général-lieutenant, pour devenir le représentant de la Prusse auprès de Louis XVIII qu'il accompagna à Gand.

2. Piquot, conseiller de légation de Prusse à Vienne et chargé d'affaires en l'absence de Humboldt.

dont l'Empereur de Russie, ou l'un de ses frères sera déclaré souverain. Mais il n'est pas à croire qu'il puisse être question de cessions de quelque importance à faire à ce royaume par l'Autriche et la Prusse, dont la dernière en particulier semblerait, au contraire, devoir s'attendre au recouvrement au moins de la partie du territoire polonais qui lie le Royaume de Prusse à la Silésie. Notre acquisition de Mayence, Cologne et Trêves, ainsi que de Juliers et de Bergue (sic) et celle d'une partie de la Lusace paraît vraisemblable. Quant au reste de la Saxe, il paraît bien qu'il retombera pour le présent à la maison royale, sauf peut-être quelques modifications de limites. Pourtant il faut en général surseoir encore pour pouvoir juger avec certitude des changements territoriaux qui se trament.

En France, il y a lieu de se préoccuper sérieusement de l'état d'esprit des troupes qui y reviennent, des soldats prisonniers qui y rentrent, tous dévoués et attachés à Napoléon.

Il n'y a pas de nouvelles récentes de Norvège, mais on continue à se flatter que depuis les déclarations positives de l'Angleterre et l'envoi des commissaires des souverains alliés (1) en général, la nation cédera.

Un avis, dont on ne saurait cependant garantir l'authenticité, porte qu'après l'évacuation entière de Hambourg le corps d'armée du général Bennigsen (2) resterait provisoirement dans les Duchés (3).

1. Les Quatre envoyèrent des commissaires à Copenhague pour y assurer l'exécution de la cession de la Norvège et la Suède, cession acceptée par le roi Frédéric VI, mais à laquelle s'opposait le prince Christian.

2. Bennigsen (Léon-Auguste-Théophile comte de) (1745-1826) né à Brunswick, passé en 1773 du service du Hanovre à celui de la Russie, se distingua dans les campagnes contre la Pologne et la Perse, prit une part active à la conspiration contre Paul 1", se couvrit de gloire à Pultusk (28 décembre 1806) et commanda en chef l'armée russe à Eylau (7-8 février 1807). Retiré dans ses terres en Lithuanie, il reprit du service en 1812, commanda le centre russe à la Moskowa, battit le 18 octobre Murât à Taroutino, mais quitta peu après l'armée à la suite d'un désaccord avec Koutouzoff. Devenu à la mort de ce dernier commandant en chef de l'armée de réserve, il opéra d'abord contre Dresde, prit part à la bataille de Leipzig et fut chargé ensuite du siège de Hambourg. Appelé en 1815 au commandement de l'armée du Midi en Bessarabie qu'il conserva jusqu'en 1818, atteint d'une cécité presque complète par suite d'une chute de cheval, il se retira dans ses terres du Hanovre qu'il ne quitta plus jusqu'à sa mort.

3. Je ne peux malheureusement pas me conformer dès les premières pages de ce travail à la règle que j'ai cru devoir m'imposer. Au lieu de présenter, comme je ne manquerai pas de le faire par la suite chaque pièce à la date

Vienne, 3 juin 1814.

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