Vienne, 27 septembre 1814 (F. 1. 3728 ad
Rapport à HAGER.
Renseignements donnés par Koudriaffsky sur la reconstitution de la Pologne. La question de la Saxe. Les intentions de la Russie, de la Prusse et de l'Autriche.
La Russie insistera sur la reconstitution de la Pologne en royaume et on travaille sérieusement à la rédaction d'une Constitution de la Pologne.
La Russie cédera la Saxe à la Prusse, moins quatorze villages qui appartenaient avant 1809 à F Autriche et lui feront retour. Au pis aller, la Prusse, pour contenter l'Autriche, lui céderait le Comté de Glatz.
Les Prussiens occuperont la Saxe (3). Un corps venant de Munster est même en marche pour s'y rendre et son avantgarde doit déjà avoir atteint la frontière delà Saxe.
Rapport au BARON HAGER.
Ce que Bartholdi dit de Hardenberg, de la Constitution de TAllemagne. des questions de Pologne et de Saxe.
1. Guillaume, duc de Nassau, né le 14 juin 1792, succéda le 7 janvier 1816 à son père le duc Frédéric-Guillaume et le 24 mars de la même année à son cousin Frédéric-Auguste de Nassau-Usingen. Il arriva à Vienne le 30 novembre.
2. Frédéric-Guillaume de Nassau, monté sur le trône en 1788, mortj 9 janvier 1816. "
3. Cf. SoREL, l'Europe et la Révolution Française, t. VIII, p. 396. Aléa dre engagea le roi de Prusse à exécuter la convention secrète du 28 sept| bre et à occuper la Saxe.
LES PRÉLIMINAIRES ET LES AJOURNEMENTS DU CONGRÈS 13o
D'après ce que dit Bartholdi (1), Hardenberg reçoit tous les jours des masses de lettres et quantité de brochures qui ont trait à la constitution de l'Allemagne.
Il prétend qu'on sera forcé de donner cette Constitution et que, si on ne le fait pas, il y aura encore bien du sang de répandu en Allemagne où les esprits ont pris feu pour cette Constitution.
Il a dit aussi que la grande affaire qui se discute à présent aux Conférences, c'est le sort de la Pologne. Tout dépend de cette base. Alexandre renoncera peut-être à la reconstitution du royaume, mais il exigera la réunion de la Pologne tout entière à son Empire. S^il obtient cela, la Prusse ne démordra pas de ses prétentions sur la Saxe. Si la Russie renonce à la Pologne, la Prusse se contentera, en désespoir de cause, du retour à elle de la partie de la Pologne qui lui appartenait. Mais Bartholdi prétend que la Russie s^'entêtera et que le diable ne la chassera pas d'un pays qu'elle occupe avec plus de 100.000 hommes et derrière lesquels, elle en a, à ce que dit Serra Gapriola, 300.000 autres prêts à les soutenir.
Nota à HAGER (en français, en partie analyse).
Nouvelles diverses relatives aux travaux du futur Congrès. La princesse Paul Esterhazy. Les Conférences des ministres de Bade, Nassau et Darmstadt. Le Roi de Wurtemberg. Schwarzenberg. L'Ordre Teutonique. L'accord entre Talleyrand et Castlereagh et entre la Bavière et l'Autriche. Neukomm.
Rapport contenant des nouvelles relatives à la manière dont se réunira, le Congrès et~ aux puissances qu'on y admettra, ainsi qu'à la méthode qu'on semble vouloir suivre pour discuter et régler les affaires d'Allemagne.
« On a dit hier soir chez le baron Puffendorf (2) qu'on avait eu des égards particuliers pour le roi de Wurtemberg en lui affectant comme adjudant pendant son séjour ici un aussi joli garçon que le jeune comte Woyna (3). On a remarqué et com-
■ 1. Bartholdi, conseiller intime de légation prussien, parent des Arnstein.
2. Puffendorf (Edmond-Frédéric baron) ancien Conseiller aulique de l'Empire.
3. Le Comte Edouard Woyna, Capitaine au Régiment de hussards Empereur.
mente l'absence du prince de Schwarzenberg lors de l'arrivée des souverains. Le Ministre de Wurtemberg au Congrès, le baron von Linden se préoccupe beaucoup de la restitution de Mergentheim (l) à l'Ordre Teutonique. »
Impopularité croissante du roi de Wurtemberg à Vienne.
« Un Ministre de TEx-Confédération Germanique prétend que Talleyrand et Gastlereagh sont d'accord sur la plupart des grandes questions, et un diplomate bavarois, le baron Koch affirme que la Bavière marchera de concert avec l'Autriche.
« Il y a dans la suite de Talleyrand un jeune musicien nommé Neukomm, élève de Haydn, dont la présence semble étrange. Cet homme est très attaché à Talleyrand. Sa venue ici est d'autant plus étonnante que fort répandu à Paris il n'y avait aucune raison pour lui de quitter cette ville. »
L'agent termine son rapport en disant à Hager que « s'il le désire il lui communiquera une foule de renseignements et d'anecdotes relatives aux mœurs et à la vie privée du roi de Wurtemberg. »