Vienne, 3 octobre 1814 (F. 1. 3992 ad
BELLIO au Prince de VALACHIE {Intercepta en français).
Le congrès et les déclarations de Talleyrand. Importance de l'attitude de la France. Son influence sur les puissances secondaires. Alexandre veut avoir la Pologne et le roi de Prusse la Saxe. Les protestations du prince Antoine.
La face des affaires a reçu un aspect différent depuis le 30 du mois passé. Ces jours-ci les Plénipotentiaires d'Autriche, d'Angleterre, de Russie et de Prusse ont eu une conférence avec le Prince de Bénévent et l'ont invité à prendre part aux négociations préliminaires qui doivent avoir lieu entre les grandes puissances.
Le prince de Bénévent a déclaré verbalement (1).
A) Qu'il ne reconnaîtrait pas de Congrès à moins que toutes les puissances de l'Europe y soient admises et qu'il s'abstiendrait d j prendre part ; que la France ne pouvait pas empêcher les conférences particulières, mais qu'elle n'en reconnaî-«, trait pas les résultats.
B) Que la France ne reconnaîtrait et ne consentirait à aucui autre innovation en Pologne ; que la Pologne devait être remise dans l'état dans lequel elle était en 1805 ou restituée sur h pied de 1772 avec toute son indépendance.
1. Cf. Prokesch-Osten. Le chevalier de Gentz. Dépèches inédites. Vienne,J 6 octobre 1814. Dépêche XII, T. I, p. 107-109.
C) Que la France ne consentirait sous aucun point de vue à un démembrement de la Saxe, encore moins à son anéantissement (1).
Le Prince de Bénévent promit pour le 2 octobre une déclaration et sa réponse sur les points qui lui avaient été communiqués.
Hier, les Plénipotentiaires d'Autriche, Angleterre, Russie et Prusse se sont derechef assemblés et sont convenus de ne rien changer à leur première détermination et à la marche qu'ils s'étaient tracée.
Cette démarche de la France a suspendu, pour le moment, les opérations politiques et a retardé l'ouverture du Congrès. Il est impossible de prédire quelle en sera Fissue. On peut tout au plus conjecturer que les Puissances secondaires, qui devaient être exclues des conférences, seront travaillées par la France qui leur peindra la conduite des Quatre Grandes Puissances comme annonçant une dictature qui devrait les priver de toute influence et menacer leur indépendance. Elles pourraient bien de nouveau se ranger du côté de la France et en adopter les sentiments relativement à la marche à tenir dans les discussions du Congrès.
Alexandre n'a pas apporté de Saint-Pétersbourg des sentiments plus modérés et des vues moins étendues relativement à la Pologne. Il s'en cache si peu qu'il dit ouvertement qu'il ne se dessaisira pas de la partie de la Pologne dont il est maintenant en possession.
Le Roi de Prusse se manifeste dans les mêmes vues sur la prise de possession de la Saxe. Il pousse son exaspération visà-vis du roi de Saxe à un tel point qu'il s'est laissé aller dans la conversation à des accusations si fortes que le prince de Saxe (le prince Antoine), qui était présent, s'est vu forcé de prier le roi de Prusse de vouloir se rappeler qu'il était le frère du roi de Saxe (2).
1. Cf. Talleyrand au Roi n° 3. Vienne, 4 octobre 1814 et note de Talleyrand lu 3 octobre dans Angeberg, 264,
2 De la main de Ilager ces mots à la fin du texte : Qui a inspiré cela.? Meternich ou Gentz ?
Bordereau, rapport journalier et envoi de la liste, de la copie et de l'analyse de divers Intercepta du 5 octobre.