Vienne, 14 octobre 1814 (F. 2. 4244 ad
H... à HAGER (en français).
Conversation avec d'Arnay (Secrétaire du prince Eugène). Le prince Eugène a pleine confiance en Alexandre. Aldini affirme que le duc de Bassano a empêché l'Empereur de signer la paix à Dresde. Marie-Louise et les légations.
Le prince Eugène, qui a été avec le comte Guicciardi voir Marie-Louise, est plein d'espoir, surtout depuis qu'il a été comblé de prévenances par l'Empereur Alexandre et par le Roi de Prusse au dernier bal de la Cour. Le Vice-Roi attend son sort d'Alexandre, qui sait que les Italiens sont très mécontents du gouvernement actuel.
1. Cf. d'ANGEBERG, pagc 272. Ajournement du Congrès au 1" novembre, publié le 12 et 13 octobre 1814.
2. Charles-Loui8(Infant, Louis II, roid'Etrurie) fils de Louis I" et de Marie- Louise de Bourbon (1782-1824) succéda à son père le 27 mai 1803 et régna jusqu'au 10 décembre 1807. Il devint duc de Lucques en 1824 à la mort de sa mère, puis en 1847 duc de Parme à la mort de Marie-Louise. Obligé de s'enfuir de Parme le 9 avril 1848, il abdiqua en 1849 en faveur de son fils Charles IV, qui fut assassiné en 1854.
L'agent rend compte qu'il a été reçu par le prince Eugène qui s'étonne de ce qu'on n'ait pas encore songé à pourvoir d'un emploi ce dit agent, qu'il avait cependant lui-même gardé en place, rien que sur le vu des notes qui lui avaient été données par les Autrichiens.
Le prince Eugène croit que le Congrès fera quelque chose pour lui. 11 est encore convaincu actuellement que, sans les événements de Milan, il aurait obtenu toute autre chose pour l'Italie.
L'agent a été de là chez Aldini qui, en parlant de Napoléon, lui a affirmé que, sans l'intervention de Bassano, Napoléon aurait signé la paix à Dresde et qu'il avait déjà la plume à la main pour le faire.
Aldini croit qu'à cause des réclamations de l'Espagne pour Parme et Plaisance, on donnera à Marie-Louise les trois Légations.
368 Vienne, 14 octobre 1814 (F. 2. 4251 ad 3565).
Rapport à HAGER (en français).
Nouvelles diverses. Gastelereagh passe les affaires de la Hollande à Lord Gathcart. Munster et l'Italie. La Prusse, la Russie, l'Autriche et la Pologne. Alexandre et la princesse Bagration.
Lord Castlereagh, manquant de temps, a confié les affaires de Hollande à Lord Cathcart (1) qui s'en occupe sérieusement.
Le comte Munster trouve juste et naturel que les Italiens désirent former un seul Etat, chose impossible cependant dans l'état actuel de l'Europe. Ils devraient pour le moment se contenter de former une Confédération de tous les Etats de la Péninsule.
Les Prussiens craignent au fond beaucoup de voir les Russes s'agrandir en Pologne et sont loin d'être satisfaits de l'attitude, jalouse à leur égard, de l'Autriche.
1. Cathcart (William Shaw, comte, vicomte de Cathcart et Greenock (1775- 1843), servit dans l'armée de 1796 à 1812, époque à laquelle il fut appelé à remplir les fonctions d'ambassadeur en Russie. 11 suivit le quartier général des souverains jusqu'à leur entrée à Paris. L'un des plénipotentiaires au Congrès de Vienne, il vint une seconde fois à Paris après Waterloo et retourna à la paix à Pétersbourg où il représenta l'Angleterre pendant plusieurs années.
Hier (13 octobre), après le bal de la Cour, Alexandre est venu, à 11 heures, tout seul en fiacre chez la princesse Bagration, qui, par parenthèse, voit deux fois par jour, matin et soir, le grand-duc Constantin. Alexandre y est resté jusqu'à 2 heures du matin.
Je ne sais pas autre choses parce que tous ces jours-ci je n*ai pu aller chez la Princesse, et quand j'y vais, j'y trouve toujours du monde, et surtout des Russes qui parlent ordinairement leur langue que je ne comprends pas.