‹ Les dessous du Congrès de Vienne; d'après les documents originaux des Archives du Ministère Impérial et Royal de l'Intérieur à VienneChapitre 347 sur 842 · Londres, 5 octobre 1814 (F. 2. 3505 ad · texte numérisé non relu

Londres, 5 octobre 1814 (F. 2. 3505 ad

Anonyme au COMTE NICOLAS ESTERHAZY (1) à Vienne (Intercepta en français).

Il ne croit pas aux résultats possibles et utiles du Congrès. La guerre d'Amérique et les négociations de Gand.

Je vois parles Gazettes que les grands monarques commencent à arriver peu à peuà Vienne. Comme toutes les têtes sont en l'air I Comme chacun écoute les conversations de son voisin 1 Que de plans ! Que de projets ! Quel foyer d'affaires maintenant que ce bon Vienne ! Gomme les politiques doivent s'en donner ! L'empereur de Russie a dit telle chose. Le roi de Prusse a salué telle personne. Le roi de Bavière a ri. Le gros roi de Wurtemberg a dansé. Mon Dieu I comme tout cela est important. Moi, je tremble dans mon coin.

On donnera force bals, fêtes et dîners. On dépensera beaucoup d'argent. Après bien des compliments, chacun s'en retournera comme on était venu, sans rien finir... On publiera des manifestes où chacun aura tort, excepté la personne qui les aura écrits.

1. Esterhazy von Galantha (Nicolas, Prince), (1755-1833) encouragea les rts et les sciences et créa la galerie de tableaux qu'il installa dans le Garlen-Palasl, qu'il avait acheté aup rince de Kaunitz. Possesseur de la magnifique résidence d'Eisenstadt. Napoléon lui avait en 1809 offert la couronne de Hongrie. Sa femme, la princesse Marie, était née princesse Liechtenstein, et son fils aîné Paul-Antoine, qui représenta plus tard l'Autriche à Londres, né în nSô, épousa en 1312 la princesse Marie-Thérèse de la Tour de Taxis.

Le prince Nicolas Esterhazy, après avoir commandé en 1797 les troupes de 'insurrection levées en Hongrie, fut envoyé en mission en 1802 à Saint- Pétersbourg, puis après le traité de Lunéville, à Paris et à Londres. Ce fut jncore lui qu'on avait chargé en août 1814 d'une mission extraordinaire à flome et à Naples.

On dit que le Congrès ne durera pas longtemps. Veut- on finir tant d'affaires à la manière d'Alexandre de Macédoine en coupant le Nœud Gordien ? On fera des mécontents et le nombre en est déjà effrayant. Si ce n'est que pour se voir, je ne crois pas que les souverains deviennent meilleurs amis en buvant et mangeant ensemble 1 Enfin, mon bon, j'ai peur, très peur que la fin ne détruise le commencement. Espérons dans la Providence. C'est dans tous les temps notre seule ressource.

Pour des nouvelles de ce pays, il serait presque ridicule que je vous en donne, car tout est concentré sur le Congrès.

La guerre d'Amérique va son petit train. On bat, on est battu, on recommence le lendemain et à la fin de la semaine, on est aussi avancé que le premier jour. La prise de Washington (1) pourra cependant accélérer la paix qui se traite à Gand. On y a causé aux Américains, ou plutôt au gouvernement, une perte de 3 millions de livres sterling, ce qui, pour des esprits spéculatifs, est une espèce de coup de grâce. Ces Messieurs se sont fort mal battus. Ce ne sont plus les Américains de trente ans passés.

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