Vienne, 10 juillet 1814 (F. 1. ad
HEGARDT à ENGESTRŒM (1) {intercepta en français) (Analyse).
Maintien de l'armée autrichienne sur le pied de guerre et mesures de précaution en Galicie. Les résultats du refroidissement entre les Empereurs. Les affaires de Saxe et de Pologne. Les rapports entre la Prusse et l'Autriche.
L'Empereur a tenu cette semaine un conseil auquel le
1. Engestrœm (Laurent, comte d') (1751-1826) expéditionnaire aux Archives royales (l'771-1773) secrétaire du Cabinet du ministre des Affaires étrangères (1774) chargé d'affaires à Vienne (^1776-1788) ministre plénipotentiaire à Var-
20 AUTOUR DU CONGRÈS DE VlENiNE
prince de Sehwarzenberg assista. Il fut résolu qu'en attendant toute Tarmée resterait sur le pied de guerre^ que les recrues et les vélites ne seront pas licenciés et que 30.000 hommes marcheront en Galicie pour renforcer les troupes qui y sont rassemblées et dont le nombre, selon quelques avis, va être augmenté jusqu'à 100.000 hommes. L'Empereur s'est aussi exprimé aux députés hongrois que le temps de désarmer n'était pas encore venu. De leur côté, les Russes concentrent de nombreuses forces dans le duché de Varsovie et ils ont déjà une armée considérable à Gracovie.
« Bien qu'on aime à se persuader que les différends entre l'Autriche et la Russie seront terminés à l'amiable, ces démonstrations inquiètent le public et la chose prend effectivement un aspect sérieux... La brouillerie entre les deux Empereurs a éclaté, paraît-il, à la suite d'une note péremptoire et conçue en termes énergiques présentée à Londres par le prince de Metternich (1) sur les affaires générales de l'Europe et en particulier au sujet de la Saxe. Je crois que l'Empereur d'Autriche s'intéresse vivement au roi de Saxe, surtout depuis que le prince Antoine de Saxe est venu à Baden avec son épouse, sœur de l'Empereur, implorer sa protection et se plaignant qu'il manquait de pain. J'ai ouï dire que la Cour de Vienne fait entrevoir que, s'il fallait, pour contenter tous les partis, partager la Saxe et que s'il s'agissait de rétablir un rojaun]#de Pologne, il serait juste de le donner en dédommagement au roi de Saxe, ce qui satisferait les Polonais.
« Il répugne à la Cour de Vienne que le duché de Varsovie soit érigé en royaume en faveur de l'Empereur Alexandre ou du grand-duc Constantin, ou même du roi de Saxe. Elle craint que la perte de la Galicie Méridionale n'en résulte peut-être tôt ou tard.
« Les officiers russes ne dissimulent pas que dans peu ils s'attendent à avoir affaire aux Autrichiens. Ils leur en veulent et témoignent beaucoup d'assurance de les battre. Ils vantent
sovie, puis peu après rappelé à Stockholm et nomme chancelier de la Cour, ministre à Londres (1793-1795), à Berlin (1798-1804', président de la Chancellerie (1809) et peu après ministre des Affaires étrangères. Fait baron le 29 juin 1809 et comte en 1816, il se retira définitivement des affaires en 1819 et alla finir ses jours dans ses terres en Pologne.
1. Cf. Gentz à Karadja, Vienne, 21 juin 1814 (Dépêche inédite aux hospodars de Valachie, tome I, page 80 et suivantes).
[au contraire les Prussiens et comptent sur eux comme des 'alliés inséparables.
« La Prusse paraît convoiter la meilleure partie de la Saxe ht elle est en dispute avec l'Autriche sur la possession définitire de Mayence.
« On n'est pas plus d'accord sur l'Italie que sur l'Allemagne et la Pologne. »
Mécontentement et troubles à Milan.
« Les Russes disent que leur souverain a pris de l'humeur de ce que l'Empereur d'Autriche n'a pas fait de visite à l'Impératrice de Russie en allant de Paris à Vienne et ne l'a pas invitée à venir ici. »
Vienne, 13 juillet 1814.