Vienne, 31 octobre 1814 (F. 3. 4194 ad
Les conseils de Talleyrand à la Bavière, au Wurtemberg et à Bade. L'occupation imminente de la Saxe et de toute la Pologne. La position critique de TAutriche.
« Talleyrand nous invite assez souvent, me dit le baron de Tûrkheim. Il cherche à nous attirer chez lui et de préférence
de Reiset et conduit en France (voir sur son projet de mariage avec M"* Récamier en 1887, Herriot, M'°' Récamier et ses amis). Né en 1779, mort en 1843, second fils du prince Auguste-Ferdinand, frère de Frédéric II, il devint par l'héritage de son père et de son frère le possesseur de la plus grande fortune privée des États Prussiens, fortune qui fit retour à la Couronne, le prince ayant contracté un mariage qui ne fut pas accepté par la famille royale.
1. Conseiller de la Légation de Bade à Vienne, chargé d'affaires de Bade. Auteur de la brochure : Apologie de Frédéric Auguste, roi de Saxe, par, sujet dévoué à Sa Majesté au mois de septembre 1814.
f tout ce qui est Saxon, Bavarois, Wurtembergeois, Badois, Hes- )i sois. Nous y allons sans enthousiasme, parce que ces visites I sont mal vues par l'Autriche, la Prusse et la Russie. Le pro- I jet prussien de doter l'Allemagne de cinq régents n'est pas I goûté par Talleyrand qui donne à tous les petits Etats ailei mands le conseil de refuser la constitution fédérale, si toute- Ifois on se décide à nous la proposer. C'est ce qui arrivera. Nous voulons un Empereur, mais nous n'accepterons jamais cinq régents et quant a l'Empereur, ce ne peut être que l'Empereur d'Autriche.
« Il paraît certain, d'après ce que disent les Italiens présents à Vienne, d'après ce qu'on lit dans les lettres venues d'Italie, enfin d'après un article du Moniteur, sur lequel Thugut a appelé mon attention et d'après ce que Wessenberg lui-même avoue dans l'intimité : Que le 1" novembre, jour de l'ouverture du Congrès, la Russie occupera militairement toute la Pologne et menacera la Galicie; Que la Prusse en fera autant en Saxe et menacera la Bohême; Que dans l'Allemagne du Sud nous prétendrons imposer à la Bavière et au Wurtemberg une Constitution dont ces deux Etats ne veulent pas et qu'ils rejettent carrément; Qu'en Italie nous sommes forcés d'entre- :enir une forte armée qui nous coûte fort cher et dont Tentreion a eu pour conséquence l'aggravation du cours du change în nous obligeant d'acheter sur le marché de Vienne le numéraire qu'il nous faut envoyer en Italie, où dans toutes les prorinces que nous occupons, on crie bien haut : Nous étions i/Urement heureux du temps de Napoléon que sous la dotnitalion autrichienne. »
Aussi tout le monde sent, voit et dit que la présence des ^ouverains étrangers nous vaut l'émission de 500 millions de orins de nouveaux bons d'anticipation ; QyxQ Stadion est un >artisan du système de multiplication du papier-monnaie praiqué et préconisé par le comte Charles Zichy ; Qu'il faudra >ourtant mettre un de ces jours un terme à cette fabrication u papier et faire une nouvelle loi de finance ; Que la situaion des affaires dans l'Allemagne du Sud, en Saxe, en Pologne, n Italie même conduira fatalement, et en moins de deux ans, à ne guerre ; Que même après le Congrès l'Autriche ne pourra las désarmer, parce qu'il faut qu'elle monte la garde en Italie, n Galicie, en Bohême, sur l'Inn et que ces gros effectifs achèeront de ruiner complètement les finances de la Monarchie.
Quant au Congrès, il n'est rien autre chose qu'un entr'acte dans la grande tragédie de l'histoire universelle, qu'un armistice dans le hélium omnium contra omnes. Il permet de plus aux autres Etats d'étudier et d'observer de près nos ministres, nos finances, notre administration et c'est pour ce beau résultat que nous venons encore d'émettre 500 millions de florins de papier-monnaie. Telles sont les jérémiades qu'on entend partout exprimer aujourd'hui à la veille de l'ouverture du Congrès.