Vienne, 1" novembre 1814 (F. 3. 4475 ad
MAVROJENI au Prince de MOLDAVIE (Intercepta) (en français).
La déclaration du 2 novembre. Les intentions d'Alexandre. Le Beobachter et l'article du Moniteur du 22 octobre. Causes de la remise de l'ouverture réelle du congrès. La question de Pologne. Gravité de la situation. Attitude et armements de la France.
L'ouverture du Congrès, annoncée pour aujourd'hui, n'a pas lieu et elle ne se fera, selon les uns, que demain ou aprèsdemain ; selon d'autres que le 6 ou le 10. Rien ne prouve mieux que ce renvoi et ce vague, qu'on n'est pas encore d'accord sur plusieurs points principaux.
Les plénipotentiaires s'étaient proposé de profiter de l'absence des souverains pour avancer dans leur travail. Ils avaient en effet plus de calme et l'influence directe de leurs Maîtres les gênait moins. Effectivement, les séances n'ont pas discontinué le 30 et le 31 octobre. Il y eut même des Assemblées des Ministres des Huit qui forment le Comité de propositions (1).
Dans une audience que l'Empereur Alexandre a accordée au *rince de Metternich, Sa Majesté ne doit avoir témoigné lucune disposition de renoncer à son projet de garder la ma-
1. Cf. d'Angebbhg, 358-362. Premier protocole de la Conférence du 30 oc- >bre 1814 des Plénipotentiaires des Huit puissances signitaires du Traité le Paris et deuxième protocole de la Conférence du 31 octobre des mêmes j^lénipotentiaires.
jeure partie du duché de Varsovie. Sa Majesté s'est même servie de la phrase catégorique : « Je le veux ! qiCon vienne m'en déposséder I »
Dans une autre occasion, Sa Majesté répliqua au Prince de Talleyrand qui observait que le Roi de Saxe n'abdiquerait pas: « Qu'est-ce que cela fait? Il ne sera pas le premier Roi de Pologne mort en Russie.»
Qu'on juge d'après ces données confuses combien il faut de prudence, de tact et de fermeté pour conduire les négociations de manière à satisfaire les différents partis et à réunir leurs suffrages.
La cour de Vienne a fait publier dans les gazettes d'ici les remarques que fait le Moniteur du 22 octobre sur l'esprit de sagesse et de modération qui doit animer les Puissances assemblées au Congrès.
On cite un propos du prince de Talleyrand qui prouverait que la France trouve outrées les prétentions de quelques puissances. Il aurait dit : « Je crois qu'on fait jusqu'ici plutôt « la guerre aux succès de Bonaparte qu'à ses principes. »