Vienne, 14 novembre 1814 (F. 3. 4374 ad
0 © à HAGER
Le bal chez Palffy décommandé. La dansomanie d'Alexandre. Un calembour du prince de Ligne. Bruit de disgrâce de Binder. Le Carrousel. Les dépenses des dames pour leurs toilettes. Les intrigues du duc de Weimar et le mécontentement des Médiatisés.
11 devait y avoir aujourd'hui chez François Palffy un bal, auquel l'Empereur de Russie et son valet de chambre (c'est le
1. L'agent de Hager est quelque peu en retard puisqu il fait ici allusion à la première audience qu'Alexandre accorda à Talleyrand et dont celui-ci rendit compte au roi dans sa dépêche n' 3 de Vienne, 4 octobre 1814. (Pallain, Correspondance inédite de Talleyrand et de Louis XVIII, page 22.)
nom qu'on a donné au rei de Prusse) avaient promis d'assister. Palfîy avait décidé de n^y convier aucun des archiducs. 11 voulait de cette façon faire pièce à la Cour d'Autriche et se venger de Taffront que l'Empereur lui avait fait en rayant son nom de la liste des chambellans désignés pour assurer le service d'honneur auprès des souverains étrangers. Or, on vient de faire connaître qu'il y aurait ce soir réception à la Cour. Le bal de Palfîy n'auia donc pas lieu, et on se moque et on rit à l'euvi du pauvre Pallîy.
L'Empereur de Russie est un enragé danseur et les Viennois disent de lui qu'il est atteint de la dansomanie.
Un calembour qu'on prête au prince de Ligne : « Comment avez-vous trouvé tous ces bals, Prince ? »
« Gomme ça, répondit-il, partout on se trouve dans une pluie de Sires (cires). »
Le comte Ossolinsky racontait hier que Stcin et La Harpe venaient assez souvent à la bibliothèque de la Cour, qu'on y avait souvent parlé de la Pologne et qu'il s'était étonné avec eux de la singulière idée de l'Empereur de Russie, qui veut augmenter l'importance des bourgeois et des paysans, ou plutôt créer des classes qui n'existent pas.
D'après le dire de M. de Hammer, le baron Binder serait en disgrâce et ce serait à Floret qu'on aurait confié la rédaction des Procès-verbaux du Congrès. Toujours d'après le même, Hudelistjle baron Kruft (1) et le baron Hope, trois personnages que Metternich a comblés de ses faveurs, ne se gênent guère pour critiquer et censurer la politique du prince.
On s'occupe et on parle beaucoup du carrousel (i) dans les salons. Il paraît que la moindre des écharpes, que les dames donneront à leurs cavaliers, coûtera LOOO florins. Les dames et toute la haute société ne font que gémir des dépenses énormes que leur occasionnent la présence des souverains et les fêtes incessantes. On entend dire, de tous côtés et sur tous les tons, que les dames n'arrivent plus à se suffire avec leur budget ordinaire et que leurs maris en sont déjà réduits à combler le déficit déjà assez sensible de leur caisse.
Le duc de Weimar intrigue, paraît-il, par le canal des deux grandes-duchesses, en faveur de la Prusse et contre la maison royale de Saxe. Pour la peine, on lui donnera Erfurt.
1. Un des Conseillers du Ministères des Affaires étrangères. Le Carrousel du 23 novembre.
l'ouverture du congrès. — LA SAXE ET LA POLOGNE 527
Les représentants de Bade, de Nassau et de Hesse-Darmstadt au CongTès sont, comme les Médiatisés, très montés contre la Prusse. Le baron de Tûrkheim, ministre de Hesse- Darmstadt, fait partout l'éloge de . la brochure politique que^ le baron de Gagern va publier dans quelques jours.