Vienne, 8 septembre 1814 (F.l. ad
COMTE DE HARDENBERG à MUNSTER
{intercepta en français).
Campagne menée contre le comte Wallis que Metternich et Zichy réussissent à faire éloigner des affaires. Modifications apportées au fonctionnement des différents départements. Refroidissement entre l'archiduc Charles et la grande-duchesse Catherine. Le divorce du prince royal de Wurtemberg. On parle de son mariage avec la grande-duchesse.
Metternich est toujours à Baden d'où il rentre fort peu en ville. Aussi le cabinet a-t-il peu travaillé en politique ces derniers temps et ne s'est occupé que de l'intérieur.
Le comte Wallis, après avoir été éloigné du ministère des Finances, n'en était pas pour cela éloigné des affaires. L'Empereur, qui a toujours de l'attachement pour lui, l'avait nommé ministre d'Etat et des Conférences. Il avait ainsi connaissance de
l.Le célèbre diplomate et jurisconsulte venait d'être nommé par le Prince" Hégent conseiller intime du cabinet hanovrien.
2. « J'y ai vu à dîner (chez Metternich le 2 septembre) lit-on dans les Tagebûcher de Gentz, le comte de Solms-Laubach, ci-devant conseiller aulique d'Empire, employé de l'administration centrale à Francfort. »
tout ce qui s'agitait dans les Conférences et résumait en dernier lieu les opinions des Ministres dans le rapport qui passait à l'Empereur. Il conservait ainsi une influence trop dangereuse pour que le prince de Metternich et le comte Zichy (1) n'eussent désiré l'éloigner, et c'est à quoi on a travaillé pendant l'absence de l'Empereur et plus encore pendant que Metternich s'était rendu chez lui à la campagne. On a réussi en partie, plutôt dans les formes que dans le fond, mais non à l'éloigner tout à fait, comme Votre Excellence le verra par l'arrangement qui est prêt à être mis à exécution. On séparera la partie législative du Conseil des Conférences de la partie executive. Dans le premier Conseil des Conférences, les ministres ne s'occuperont que de la décision à prendre sans entrer dans les détails dont l'exécution sera remise au Conseil d'Etat.
Celui-ci sera partagé en quatre sections : Intérieur, Finances, Militaire, Justice et sera présidé par le comte Wallis. Les membres des sections ne sont pas encore nommés ; mais je sais que le général Duka (2) aura la section militaire.
Par cette organisation, la Conférence n'éprouvera plus dans ses décisions autant de contrariété comme jadis de la part du comte Wallis, mais celui-ci pourra toujours entraver la marche des affaires, qui lui déplairont, par les obstacles qu'il mettra dans l'exécution.
On croit toujours que Stadion sera nommé ministre de l'Intérieur et que Wessenberg pourrait bien être employé sous lui comme vice-chancelier des Finances.
D'après des lettres particulières reçues ici en dernier lieu^ il paraît qu'il était survenu quelque mésintelligence entre l'archiduc Charles et la grande-duchesse et que le mariage projeté entre eux n'est plus désiré par eux-mêmes autant qu'il semblait l'être jusqu'ici.
On parle du divorce formel du prince royal de Wurtemberg et de la princesse royale et que ce prince va épouser la grande-duchesse, mais il le contredit ouvertement lui-même.
1. Zichy (de Vasonykeo, Charles, comte), (1753-1826) Obergespan du comitat de Raab en 1786. Judex Curiae, en 1788. Président de la Hofk«mmer en 1802. Ministre d'Etat et de Conférences en 1808. Ministre de la Guerre en 1809. Ministre de l'Intérieur de 1813 à 1814.
2. Duka (Pierre, comte) (1756-1822). Entré dans l'armée comme cadet au sortir de l'école des ingénieurs en 1776, colonel en 1797, général et commandant du Banat en 1805. Feldzeugmeister et conseiller privé. Adversaire acharné de toutes les réformes.
Vienne, H septembre 1814.