‹ Les dessous du Congrés de Vienne (volume 2)Chapitre 206 sur 816 · Murât · texte numérisé non relu

Murât

pas délicat de prendre l'initiative sur la décision du Congrès en distribuant dans le public de tels écrits. Cependant il y en a trois on quatre autres exemplaires (sans compter celui que Flassan m'a donné avec une dédicace) qui courent la ville. Bartholdi lui-même en a rapporté un.

Deux Prussiens, dont l'un demeure au Graben, vis-à-vis de la Pyramide et doit être le conseiller Zerboni (I), et l'autre est de ma connaissance et est très attaché à sa Cour et à son pays, ont eu une conférence très confidentielle et très importante tout récemment sur les alTaires du temps et par ua hasard curieux j'ai pu eu connaître les détails que voici :

Je déclare d'avance que l'un des deux Prussiens interlocuteurs n'est pas Bartholdi. C'est une femme à qui l'autre a ouvert son cœur. Ce Monsieur (soit ou non Zerboni, je sais qu'il est des peu qui ont le secret de la cour) a donc dît que la Prusse, en apparence si liée avec la Russie, en était très mécontente, parce que celle-ci employait des idées de dominations effrayantes ; que, si elle parvenait à s'approprier toute la Pologne, elle serait dans le cœurdes Etats Prussiens dèsqu'elle le voudrait et serait à Berlin avant que la Prusse ait pu ramasser ses forces dispersées en Prusse Orientale et sur la gauche du Rhin ; que c'était pour ce danger que la Prusse exigeait la frontière de l'Elbe et une partie de la Saxe pour avoir une position militaire qui diminue au moins son danger et en même temps celui de toute l'Allemagne ; que le Prince de Hardenberg et tout le cabinet voyaient clair dans tout cela et étaient tous d"accord qu'il fallait tout faire pour empêcher cet événement ; qu'à la vérité le roi s'était trop engagé avec l'Empereur Alexandre auquel il était attaché même par des sentiments de cœur,maisque cependant lui-même était persuadé que sa position était difficile et bien fâcheuse ; qu'Alexandre n'était pas méchant, mais qu'il était un bon fou qui se laissait mener par les tStes chaudes qui l'entouraient et surtout par La Harpe qui était dans le fond un jacobin capable de renverser le monde ; que par conséquent les ministres prussiens ne désireraient autre chose pour le salut de la Prusse et la sûreté de l'Allemagne que de s'allier étroitement et cordialement avec l'Autriche et empêcher par là l'agrandissement de la Russie ou au moins le danger commun, si l'on ne pouvait pas réussir à empêcher le pre-

mier ; que là-dessus ils étaient très peines de remarquer dans la nation autrichienne, et dans notre ministère même, une espèce d*apathie qui leur faisait craindre qu'on ne vit pas le danger dans toute sa force et qu^eux ne pouvaient pas non plus sonner le tocsin là-dessus à cause du caractère du roi et de leurs engagements avec Alexandre ; que cependant en tout cas, s'il en venait une guerre des Russes avec nous, le cabinet et la nation forceraient le roi à prendre son parti en Allemagne et qu'il ne se joindrait donc jamais à la Russie dans un cas pareil, mais qu*il ferait plutôt cause commune avec nous. € Nous sommes si au fait des vues ambitieuses de la Russie et il 7 a eu déjà là-dessus des explications si sérieuses que, si nous étions en mesure et soutenus par les autres, la guerre aurait lieu en bien peu de temps, comme U est sûr que, si la Russie obtient la Pologne, nous l'aurons au plus tard dans trois ans cette guerre que Ton voulait éloigner pour toujours. »

Ici finit la conversation que j*ai de grandes raisons pour croire que c'est cela le véritable esprit du cabinet de Prusse. Le premier est que si ce n'est pas Zerboni qui a parlé comme cela, c'est certainement Tun des conseillers ou des secrétaires intimes du prince de Hardenberg, parce que je sais qu'il j en a quelques-uns qui sont très liés avec cette dame qui n'est pas la bonne, enthousiaste et bavarde, M** d'Arnstein. La seconde est que Bartholdi, qui m*a prouvé n'être pas dans le secret de sa Cour ni dans la confidence véritable de son chef, tient un tout autre langage en se laissant guider par les apparences. Celui-ci dit que la Prusse est toujours la très humble servante de la Russie et que le roi tient à son Alexandre de manière à ne rien entendre là-dessus.

Les Russes parlent partout d'un ton si insolent qu'ils ne pourraient pas parler autrement s'ils étaient autant de Napoléons en bonheur et déjà maîtres de T Univers. Ils enflamment de nouveau les Grecs en leur faisant espérer leur résurrection, comme ils l'on fait aux Polonais. Les Grecs se laisssent aller derechef à ces idées, lèvent la tête, et je sais par une personne qui en connaît plusieurs des plus marquants qu'ils parlent de la délivrance de l'Epire, de la Morée et d'une patrie Grecque que la Russie fera renaître.

J'ai chargé cette personne de suivre ces élans et de m'en entretenir et elle le fera.

LES PHÉLIVIMAIRES ET LES AJOU&nEUBHTS DU CONGRÈS 187

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