Vienne, 14 octobre 1814 (F. 1. 4359 ad
FREDDl à HAGER (en français).
La brochure, Les Bourbons de Naples. L'indépendance et l'unité de l'Italie,
Murât, les Anglais.
La brochure € Les Bourbons de Naples > court la ville. Ce sont les Muratistes qui la répandent sous cape. Elle est écrite avec beaucoup d'esprit. Son auteur est Benjamin Constant (2).
n est de mon devoir de faire une observation indirecte sur cet écrit qui décèle le bout de Toreille du tigre, enveloppé de la peau du mouton en plusieurs endroits.
Ces passages sont la plus grande preuve de ce que j'ai tant de fois répété d'après mes lettres et mes informations verbales, c'est-à-dire que les Napolitains de Murât entretenaient
1. Tûrkbeim-Altorfr (Jean, baron) (1746-1824). Conseiller intime elministre d'Etat du Grand-duché de liesse Darmstadt.
2. Benjamin Constant n'a jamais été l'auteur de cette brochure sortie de la plume de Flassan.
en Italie le Polonisme qui Tagite, par ci, par là, d'un bout à l'autre maintenant. J'entends par Polonisme l'idée d'un seul état indépendant à établir en Italie. C'est Murât qui a imaginé ce charme pour gagner les Italiens, et ce sont les Anglais qui, il 7 a trois ans, l'ont favorisé pour détacher les Italiens de Napoléon et de la France.
A présent que Napoléon est tombé, les Anglais — je veux dire le ministère anglais — n'y mettent plus aucune importance ; mais les philanthropes d'Angleterre n'en démordent pas et Murât fait toujours sonner cette cloche pour augmenter ses forces et son parti et finir à la fin par réaliser la chose en sa personne. Les Napoléonistes, les ambitieux^ ne jurent à présent en Italie que par Murât. Tout cela est connu. Mais jamais les ministres de Murât ne l'ont avoué. Ce n'est que dans la force du danger et de la rage que leur secret a éclaté. Qu'on lise la brochure en question et, parmi les phrases insolentes qu'on lance à l'Autriche et aux autres puissances de l'Europe, on sera surpris d'y trouver annoncé à plusieurs reprises que « les Italiens veulent être indépendants et que si on touche à Murât, si on le force à combattre, la chose est faite ».
On ne peut pas s'abstenir, au moins ici, de se demander si Murât est si sûr de devenir le maître de l'Italie et de réunir cette Italie en une seule puissance dès qu*on le force à tirer l'épée. Comment peut-on supposer, croire, espérer, qu'il ne le devienne pas dans deux ans, lorsqu'on lui laissera par la paix les moyens de renforcer son parti qui, à présent, chancelle encore autour d'un trône lui-même chancelant. C'est alors que la Société, érigée à Ancône, par Murât lui-même, des Indépendentistes^ agira librement, et il faudra bien d'autres efforts que ceux de notre police pour le contenir.