‹ Les dessous du Congrés de Vienne (volume 2)Chapitre 377 sur 816 · Vienne, 20 octobre 1814 (P. 2. 4057 ad · texte numérisé non relu

Vienne, 20 octobre 1814 (P. 2. 4057 ad

B... à HAGER

Résumé de sa conversation avec Anstett. Le Congrès. La politique d'Alexandre. La duplicité de Metternich; La question de Pologne confiée à Czartoryski. Ce que Schwarzenberg doit penser de lui. Les griefs persistants d' Anstett contre l'Autriche.

Je ne perds pas une minute pour vous faire part de la con* versation que je viens d'avoir avec Anstett. Comme je lui demandais où en étaient les affaires du Congrès, en lui disant combien je craignais de leur voir prendre une mauvaise tournure, surtout en raison de Tattitude adoptée et des difficultés inventées par la France, il me dit : « La France, c'est TAutriche autant que toutes les autres puissances qui Texcite et la pousse en avant afin de faire durer le conflit au sujet de la Pologne. Voilà encore un point sur lequel Metternich n'a pas la conscience nette. En ma qualité de citoyen du monde, je ne peux d'ailleurs pas lui donner tort à ce propos. Même comme homme d'Etat russe, je ne saurais partager complètement les idées de l'Empereur Alexandre. Je Tai prouvé dans mes travaux et dans mes notes et je ne sais que trop bien que c'est \i\ ce qui m'a fait perdre la faveur dont je jouissais auprès de TEmpereur. Je n'en suis du reste pas autrement désolé, car j'avais déjà pris la résolution de me retirer chez moi. Entre temps, je ne peux me dissimuler, que, depuis le jour où je lui ai remis ma note, dans laquelle je déconseillais le rétablissement de la Pologne, l'Empereur ne me regarde plus et ne m'a plus adressé la parole, pas plus en public qu*au bureau. Au fond^ je ne prends nullement la chose au tragique. Ma conscience

est en paix, et j'ai Fentière conviction d'avoir fait mon devoir. L'Empereur verra plus tard que cette fois encore je lui ai dit la vérité, tout comme à Fribourg où je lui ai dit que le prince de Meitemich le jouerait sous jambe relativement à la Suisse (sic)^ chose qui m'a été d'autant moins désagréable que cette opération devait exercer une influence favorable sur la marche de la campagne, mais qui ne me contraria que parce que cette bonne idée était sortie, non pas du cerveau d'un de nos hommes d'Etat, mais de la tête d'un ministre autrichien.

« Maintenant l'Empereur est tout à la Pologne et aux Polonais ; mais lorsqu'ils lui montreront les moustaches, il pensera qu^Anstett a encore eu raison.

« Je travaille encore dans le cabinet, mais à des questions quelque peu étrangères au Congrès. Habitué à l'ancien ordre de choses, le comte de Nesselrode m'envoya dernièrement trois mémoires en me priant de les examiner et de lui faire connaître mon avis. Je répondis par une note au ver^o en lui disant que, mes vues sur la Pologne étant en opposition absolue avec celles de l'Empereur, je ne pourrai formuler une opinion qu'après j avoir été formellement autorisé par lui. J'attends encore cette réponse, mais j'ai pu me convaincre entre temps qu'on avait passé ces mémoires au Prince Czartoryski, l'adversaire le plus déclaré de mes opinions. J'ai donc des loisirs en quantité ; mais je ne vous cacherai pas que cela me laisse parfaitement indifférent. Aussi suis-je devenu pour Nesselrode un être énigma tique. Fidèle à ses anciennes habitudes, il m'envoie un tas de pièces à l'examen. Dans le temps j'y faisais de nombreuses corrections. Aujourd'hui mon indifférence me fait trouver tout bien, Nesselrode ne comprend rien à cette nouvelle manière.

« Je parierais volontiers que le prince de Schwarzenberg est de tous celui qui juge le mieux mon état d'esprit. J'ai été le premier personnage avec lequel il négocia à Varsovie (1). 11 m'y a pris en affection, et je suis certain qu'il ne comprend pas plus que moi, comment il se fait que je n'ai pas encore reçu l'ordre de Léopold qu'il demanda à ce moment pour moi. Je sais qu'il est revenu à la charge à Paris. Metternich se déclara prêt à appuyer la proposition, mais c'est en haut lieu qu'on trouva encore de la résistance... (Le reste de la conversation, les der-

1. Allusion à l'arinistice qu'Anstett ligaa avec Schwarzenberg le 30 janvier

nières phrases échangées avec Tagent de Hager roulent exclusivement sur cette question de décoration, le gros grief d'Anstett).

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