Vienne, 25 octobre 1814 (F. 3. 4151 ad
Rapport à HAGER Rapport sur Séraphine Lombard.
Une actrice française, Mademoiselle Lombard, est actuellement la maîtresse de Narischkine. Elle va à Saint-Pétersbourg dans le but, dit-on^ d'y faire la conquête du Tzar.
SCHMIDT à HAGER
Notes sur Neukomm
Voici cfuelques renseignements complémentaires sur le musicien Sigismond Neukomm qui fait partie de la suite de Talleyrand, qui Ta pris sous sa protection parce qu'il apprécie son talent, et dont^ du reste, la conduite simple et ouverte produit partout le meilleur effet.
Talleyrand commença par le charger d'écrire la musique de la messe solennelle qu'on devait célébrer pour le retour du roi, et grâce à la protection du prince on préféra l'œuvre de Neukomm à celle de très grands maîtres. On exécuta sa musique et on lui donna en outre la croix de Tordre du Lys.
Neukomm, dont on dit partout beaucoup de bien, a prié Talleyrand de l'amener à Vienne. Il a fait valoir le désir qu'il avait d'y revoir de vieux amis, les services qu'il pourrait de cette façon rendre à sa sœur, qui est à Salzburg où elle a ap« pris à chanter, qui se destine au théfttre et qu'il voudrait amener à Vienne où elle terminerait son éducation artistique. II espérait de plus faire représenter à Vienne, où il avait commencé ses études musicales, un opéra qu'il avait achevé à Paris et dont il confierait un des rôles à sa camarade d'enfance, M** Milder. Mais avant tout, il tenait à embrasser sa vieille mère aveugle qui vivait à Salzburg et à chercher à créer une carrière et un avenir à sa sœur.
Neukomm espère encore parvenir à faire représenter ici son opéra, mais il a renoncé à faire engager sa sœur, parce qu'il est mécontent de la façon dont marche Topera et dont il est dirigé par le juif Joël. Aussi Neukomm retournera-t-il en France avec Talleyrand et va-t-il chercher à faire entrer sa sœur au Con.servatoiro de Paris. Neukomm, comme il le laisse voir dans Tintimité, n'a aucune sympathie pour la France et déconseille aux masiciens d'aller à Paris. Il décrit d'une façon assez intéressante le caractère fort original de Talleyrand, qui reste quelquefois des journées entières sans adresser la parole à son entourage et lui demande souvent de lui jouer du piano pendant qu'il travaille. Il lui est arrivé souvent de devoir foire de la musique pendant piusieurs heures, et maintenant encore il se demande si le prince Ta jamais écouté, pendant qu'il était à écrire ou à réfléchir assis à sa table de travail.