Conseiller d'Etat Russe
de bien mauvais. Loin de donner à chacun ce qui lui est dû, on va prendre à d'autres ce qui leur appartient légitimement.
La Russie va se pousser sur TAllemagne. La Prusse veut en dominer le Nord, et T Autriche, le Midi. Les petits Etats allemands en frémissent^ s'agitent et se désespèrent. Une Confédération de l'Allemagne parait un rêve, une impossibilité qu'on cherche et qu'on ne trouvera pas. En général tout le monde frémit du partage de la Saxe. On observe partout un croisement fatal de vues et d'intérêts et une mésintelligence prononcée, même parmi ceux qui demandent et désirent la même chose. J'en citerai un seul exemple :
La France demande la conservation de la Saxe à son roi et que la Pologne ne soit pas toute à la Russie. Nous demandons la même chose, et nous nous plaignons de la France « qui veut se mêler de ce qui ne la regarde pas ! »
Tout ceci fait que, quand on parle du Congrès et de son issue, on sourit d'un air de compassion, et tout le monde dit : € Cela finira par une nouvelle paix d'Amiens. On se séparera en amis en ayant la guerre en projet. »
Castlereagh a répondu sèchement à la Députation de Gênes qui invoquait son appui : € Qu'ils n'avaient qu'à s'adresser au roi de Sardaigne et à tâcher d'obtenir de bonnes conditions et privilèges. » En dépit de cela, Brignole espère toujours.
Pozzo di Borgo est le héros du moment pour les honnêtes gens. 11 parle comme Démosthènes, pense et raisonne comme Caton. 11 tonne en faveur de la justice, du droit et des véritables intérêts des têtes couronnées et coalisées. On est surpris de son audace, vu que les principes qu'il proclame ne s'accordent pas avec ce que fait et prétend le Cabinet auquel il est attaché. Aussi Ton croit, ou que la Cour de Russie deviendra plus modérée et plus sage, ou qu'elle se défera de lui, et alors, étant né en Corse et sujet français, il rentrera au service de son ancien Roi qui lui doit déjà tant, puisqu'il est remonté sur son trône en dépit de toutes les apparences et toutes les combinaisons.