Berlin, 26 octobre 1814 (F. 8. 4168 ad
P... à GRIESINGER (1) (à Vienne) (Intercepta).
Le roi de Saxe, la Pologne et le Grand-duc Constantin, La part de la Prusse et du duc de VVeimar.
.••On a dit aujourd'hui à la Bourse que le roi (de Saxe) aurait la Pologne et devrait adopter le grand-duc Constantin ; que la Saxe jusqu^à la Saale tomberait en partage à la Prusse et que le reste serait donné au duc de Weimar^ Mais, ditesmoi, TAutriche n*a-t-elle pas honte de nous trahir de la sorte? Et cette Angleterre, qui va s'enrichir à nos dépens, ne rongira-t-elle pas?
Je Tai toujours appréhendé et cependant cela m'avait paru impossible.
630^ Vienne, 31 octobre 1814 (F. 8. 4104 ad 3585).
e© à HAGER
Les conseils de Talleyrand & la BavièrCi au Wurtemberg et à Bade. L'occupation imminente de la Saxe et de toute la Pologne. La position critique de l'Autriche.
€ Talleyrand nous invite assez souvent, me dit le baron de Tûrkheim. Il cherche à nous attirer chez lui et de préférence
de Reiset et conduit en France (voir sur son projet de mariage avec M"* Rècamier en 1887, Hbrriot, If** Récàmier et ses amis). Né en 1779, mort en 1843, second fils du prince Auguste-Ferdinand, frère de Frédéric II, il devint par l'héritage de son père et de son frère le possesseur de la plus grande fortune privée H es États Prussiens, fortune qui fit retour à la Couronne, le prince ayant contracté un mariage qui ne fut pas accepté par la famille royale.
1. Conseiller delà Légation de Bade à Vienne, chargé d'affaires de Bade. Auteur de la brochure : Apologie de Frédéric Angnste, roi de Sexe, par un sug'et dévoué à Sa Majesté au mois de septembre 1814.
tout ce qui est Saxon, Bavarois, Wurtembergeois, Badois, Hessois. Nous y allons sans enthousiasme, parce que ces visites sont mal vues par TAutriche, la Prusse et la Russie. Le projet prussien de doter TAllemagne de cinq régents n'est pas. goûté par Talleyrand qui donne à tous les petits Etats ailemands le conseil de refuser la constitution fédérale, si toutefois on se décide à nous la proposer. C'est ce qui arrivera. Nous voulons un Empereur, mais nous n'accepterons jamais cinq régents et quant à l'Empereur, ce ne peut être que TEmpereur d'Autriche.
« Il parait certain, diaprés ce que disent les Italiens présents à Vienne, d'après ce qu'on lit dans les lettres venues d'Italie, enfin d'après un article du Moniteur, sur lequel Thugut a appelé mon attention et d'après ce que Wessenberg lui-même avoue dans l'intimité : Que le 1" novembre, jour de Touverture du Congrès, la Russie occupera militairement toute la Pologne et menacera la Galicie; Que la Prusse en fera autant en Saxe et menacera la Bohême; Que dans l'Allemagne du Sud nous prétendrons imposer à la Bavière et au Wurtemberg une Constitution dont ces deux Etats ne veulent pas et qu'ils rejettent carrément; Qu'en Italie nous sommes forcés d'entretenir une forte armée qui nous coûte fort cher et dont l'entretien a eu pour conséquence l'aggravation du cours du change en nous obligeant d'acheter sur le marché de Vienne le numéraire qu'il nous faut envoyer en Italie, où dans toutes les provinces que nous occupons, on crie bien haut : Nous étions autrement heureux du temps de Napoléon que sous la domination autrichienne. »
Aussi tout le monde sent, voit et dit que la présence des souverains étrangers nous vaut l'émission de 500 millions de florins de nouveaux bons cT anticipation ; Que Stadion est un partisan du système de multiplication du papier-monnaie pratiqué et préconisé par le comte Charles Zichy ; Qu'il faudra pourtant mettre un de ces jours un terme à cette fabrication du papier et faire une nouvelle loi de finance ; Que la situation des affaires dans l'Allemagne du Sud, en Saxe, en Pologne, en Italie même conduira fatalement, et en moins de deux ans, à une guerre ; Que même après le Congrès l'Autriche ne pourra pas désarmer, parce qu'il faut qu'elle monte la garde en Italie, en Galicie, en Bohême, sur l'Inn et que ces gros effectifs achèveront de ruiner complètement les finances de la Monarchie.
Quant au Congrès, il n'est rien autre chose qu'on entr'acte dans la grande tragédie de l'histoire universelle, qu'on armistice dans le bellum omnium contra omnes. Il permet de plus aux autres Etats d'étudier et d'observer de près nos ministres, nos finances, notre administration et c'est pour ce beau résoltat que nous venons encore d'émettre SOO millions de florins de papier-monnaie. Telles sont les jérémiades qu'on entend partout exprimer aujourd'hoi à la veille de l'oovertore do Congrès.