Vienne, 3 novembre 1814 (F. S. 4533 ad
© © à HAGER (en français).
Alexandre el la princesse Ba^ation. Ce qu'il lui dit de La Harpe, des rois de Bavière et de Wurtemberg, de Metternich, de l'Empereur d'Autriche. Ses idées sur la Pologne. Ce que Pozzo di Borgo lui en a dit. Stein et la Saxe. Alexandre, Talleyrand, la Sagan, le Prince Eugène. Ce qu'Eugène pourrait dire de Murât. Le bal chez RazoumolTsky et l'absence de l'Ambassade de France.
Avant-hier (1" novembre) Alexandre est allé seul chez la princesse Bagration, à 10 h. 1/2 du soir et y est resté jusqu'à 2 heures après minuit.
Voici ce qu elle m'a dit : « Elle ne Taîme pas, elle V adore. »
Elle m'a ensuite raconté à bâtons rompus les sujets de conversation qu'elle a eus avec lui. Je les répéterai ici avec le même désordre.
On a parlé de La Harpe. Alexandre a dit r « Je lui dois d'être devenu un homme. Un prince n'est ordinairement qu'un prince. Il a fait de moi un homme et je lui en serai reconnaissant toute ma vie . »
Alexandre se moque des rois de Bavière et de Wurtemberg
l'ouverture du congrès. — LA SAXE ET LA POLOGNE 461
qui ont Tair de vouloir être autant que lui et qui ont envers lui des prétentions d égalité.
Il déteste Metternich, le connaît et ne le craint pas. Il obtiendra de lui tout ce qu'il voudra. 11 estime l'Empereur d'Autriche et l'aime.
La princesse Bagration prétend qu'elle a eu le courage de se disputer avec lui sur la Saxe et la Pologne en soutenant une opinion tout autre que la sienne. < Mais, dit-elle, c'est « inutile. Il n'entend pas raison là-dessus. Il croit son hon- « neur engagé et dit qu'il a donné sa parole aux Polonais et « qu'il se doit à lui-même de la tenir, que le monde tombe- € rait sur lui, qu'il n'en démordrait pas ; qu'il irait à Munich, € puis à Berlin, puis à Varsovie, se faire proclamer roi de Po- « logne, qu'il était en mesure si on voulait s'y opposer. »
Elle ajouta que Pozzo di Borgo lui avait dit la veille que la Pologne convenait à la Russie qui l'aurait, bon gré, mal gré, personne n'étant en force de se mesurer en ce moment avec la RlLssie.
Elle ajoute encore qu'Alexandre ne voulait là-dessus céder en rien, pas un pouce de terrain autour de Cracovie, qu'il voulait le Grand-Duché tel qu'il était quand il le conquit sur les Français.
Elle dit encore que l'usurpation de la Saxe est une horreur, mais qu'on la doit à ce coquin de Stein qu'elle ne peut souffrir et qui souffle là-dedans et qui veut se venger du pauvre roi de Saxe.
Alexandre déteste également Talleyrand, mais en revanche il aime beaucoup le prince Eugène. Il lui a dit : « Le prince € Eugène n'est pas seulement un excellent militaire, c'est un < parfait honnête homme. S'il voulait entrer à mon service 4c je le prendrais bien volontiers. »
Le prince Eugène a dîné le même jour chez elle et lui avait confié qu'il avait refusé deux couronnes et qui, plus est, qu'il n'avait jamais songé à devenir Roi d'Italie, que l'affaire de Milan et du Sénat, qui avait voulu le demander pour Roi, a été menée sans son consentement. Sur quoi, je dois ajouter que le Sénateur Guicciardi, à qui j'en ai parlé, m'a dit hier au soir que depuis longtemps le Vice-Roi débite cela et qu'à Mantoue il eut le courage de le lui dire à lui-même et qu'il lui répon* dit : « Après votre proclamation et les discours de Méjan et
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de Melzi, vous ne réussirez pas à persuader les Milanais de cette assertion. »
Et le même Guicciardi, en m*assurant que Beauharnais est im fourbe, m'a de nouveau conGrmé tout à fait le contraire de ce que ce drôle voudrait faire accroire, c'est-à-dire il m*a confirmé que toute cette conspiration pour être souverain de Milan était menée par lui-même et poussée par les belles pannes de Metternich et de Bellegarde,qui alors avaient cru de lui faire espérer cet appât pour l'engager à nous livrer Venise.
La princesse a encore dit que pour ce qui est du départ de Vienne, Alexandre avait dit : « Le plus tôt et le plus tard « dépendra des affaires. Mais je crois qu'il se dépêcheront. « Car la dépense, que nous leur causons, commence à les gé- « ner ».
Je ne répéterai pas ici les propos qu'elle dit qu'Alexandre lui a ténus, sur la Sagan, parce que je sais qu'en cela on ne peut pas se fier à elle.
Ici finit la conversation avec Alexandre.
Elle m'a encore dit que le prince Eugène lui avait parlé de Murât, lui affirmant qu'il avait en main de quoi prouver à l'Autriche que ce coquin la trompe, qu'il a des lettres de lui sur cela, mais qu'il ne veut pas les montrer parce qu'il ne lut sied pas de pousser sa vengeance jusque-là.
«Tout le monde sait que nous ne sommes pas bien ensemble et c'est plus noble de ne pas se mêler de cette question que de lui faire une guerre ouverte qui le perdrait à coup sûr. >
On a remarqué qu'au bal de Razoumoffsky il n'y avait personne de la légation française.
Cela et la déclaration d'hier sur le Congrès rapportée par les gazettes ne mettront pas le public de bonne humeur.