‹ Les dessous du Congrés de Vienne (volume 2)Chapitre 532 sur 816 · Vienne, 4 norembre 1814 (F. S. 4S81 ad 3S · texte numérisé non relu

Vienne, 4 norembre 1814 (F. S. 4S81 ad 3S

Nota à HAGBR (en français).

Singuliert propos tenus à dîner chei la princesse Ba^ation par Potzo di Borg:o, Anstett et Binder. Louis XVIII et la France. Portrait du i^rinca royal de Wurtemberg.

Le prince royal de Wurtemberg, Pozzo di Borgo, le baron Binder et Anstett ont dîné hier chez la princesse Bagration.

Deux choses m'ont surpris à ce dîner. L'une est la manière franche et loyale avec laquelle Pozzo, secondé par Anstett, a parlé à ce dinar. Les deux ministres ont émerveillé par les opinions qu'ils ont émises, sans y être forcés.

Pozzo a dit que la ruine des Empires vient de leur rage de trop s'étendre et que la fable des géants s'explique. Ils ont voulu être si grands qu'ils ont touché au ciel et Jupiter les a rendus fous et ils ont été écrasés*

Anstett a soutenu qu'il fallait la justice en tout, rien que la justice et rendre à chacun ce qui lui est dû.

Ces vérités dans la bouche des Ministres de celui qui veut la Pologne en entier pour lui et ôter un royaumie au roi de Saxe pour le donner à son allié n'ont pas été sans me surprendre. Mais un autre propos me frappa bien davantage, celui de Binder, qui déclara à deux reprises et avec force, que Tidée d'établir une régence en France avec Marie-Louise était l'idée la plus folle et la plus ridicule qu'on ait jamais pu concevoir. Si tout autre que Binder avait émis cette appréciation, on aurait peut-être été de son avis et nullement frappé. Mais Binder (1), un de nos Ministres, un des favoris de Metternich, qui sait que cette idée était celle du Cabinet qu'il sert, il y a là plus que de l'effronterie. Il faut croire qu'il a voulu attaquer Metternich, ou qu'il le croit ébranlé, ou qu'il est très fâché contre lui. Tout ce qu'a dit Pozzo sur la France et Louis XVIII était parfait. Il l'a en outre très loué, parce qu'il met son armée sur le pied de paix et a critiqué les autres qui se ruinent à tenir les leurs sur le pied de guerre.

1. Gf Gbntz, Tagebûcher, i, 73. Jeudi 39 juin 1809... J'ai eu avec lui (Binder) qui arrivait de Pétersbourg où il avait précédé Sch warzenberg, une conversation de quatre heures, une des plus intéressantes que je puisse imaginer. C'est un homme de beaucoup de moyens, d'excellents principes, d'une âme forte et élevée...

l'ouverture du congrès. — LA SAXE ET LA POLOGNE 471

Le prince royal de Wurtemberg a de l'esprit. Il doit être un bon militaire, mais il est critiqueur, malin, envieux, et pour le cœur il doit en avoir un à peu près semblable à celui du roi son père.

HAGER à L'EMPEREUR

Bordereau et rapport journalier du 6 novembre (Analyse).

A propos du projet du Gouvernement français d'enlever Napoléon de l'Ile d'Elbe. 11 demande à l'Empereur l'autorisation de compléter ses moyens insufûsauts d'informations. (J'ai cru devoir joindre à cette demande la réponse de Belleg^arde (de Milan, 22 novembre) A la lettre de Hager du 5 novembre et l'approbation de l'Empereur en date du 23 novembre.)

Hager a fait remarquer à l'Empereur, à propos du projet conçu par le Gouvernement français d'enlever Napoléon de Tile d'Elbe qu'il n'a à sa disposition, comme éléments d'informations que les intercepta^ les chiffons, ses agents à Vienne et Bellegarde (1) et Strassoldo, (2) en Italie, dont les communications mettent longtemps à lui parvenir. Il prie en conséquence l'Empereur de faire compléter ses renseignements par les voies plus sûres et plus rapides du grand-duc de Toscane, de Marescalchi et de Magawly Cerati (3) à Parme et par les consuls de Livourne et de Gênes.

Cette proposition reçut le 23 novembre l'approbation de l'Empereur.

Le même jour, 5 novembre, Hager s'adressait directement à Bellegarde et à Strassoldo et le 22 novembre, Bellegarde lui expédiait la dépêche suivante (en français).

« J*ai reçu la lettre de V. E. du 5 courant par laquelle elle

1. Bellegarde (Henri, comte de) (1756-1845), Feld-Maréchal, était A ce moment Commissaire (j^énéral Impérial en Italie.

2. Strassoldo (Jules-Joseph, comte de; (1771-1830), Commissaire Impérial A Parme, Adjoint au Commissaire Impérial de Lombardie, puis Directeur des Postes et un peu plus tard, en 1818,Président du Gouvernement de la Lombardie.

3. Magawly Cerati (Henri, comte de), d'origine irlandaise. Depuis le 6 août 1814, Ministre d'Etat des duchés de Parme, Plaisance et Guastallà.

« me communique le plan qu'on suppose au cabinet français « d*enleyer Napoléon. Mais^ comme je n'ai aucune connais- € sance des personnes y impliquées, je ne suis pas à même de « donner sur cela à V. E. aucun éclaircissement. Peut-être « pourrai-je lui en fournir sous peu quand j'aurai le rapport € de ce qu*un homme très adroit (1) aura pu découvrir en « général dans un voyage qu'il a fait à File d'Elbe et dont il « m*a promis de me rendre compte, et je n'omettrai sûrement € pas de porter à la connaissance de V. E. tout ce que l'homme « en question pourra me communiquer d'intéressant. »

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