Vienne, 12 novembre 1814 (F. 3. 4374 ad
HEGARDT à ENGESTRaEM(/n^erce/)^a)(en français).
Tension et dang^ers de rupture entre la Russie et TAutriche à la suite de la scène du 24 octobre entre Alexandre et Metternicb. Départ du grand-duc Constantin pour la Pologne. Le projet autrichien de Constitution de l'Ailemagne. Causes de l'opposition qu'il rencontre. Craintes et bons mots des Viennois.
La froideur et la mésintelligence entre la Russie et TAutri-
1. 11 s'agit très probablement ici de la Margrave Amélie-Frédérique, lllle de Louis IX, landgrave de Hesse-Darmstadt, née le 30 juillet 1754, veuve le 14 décembre 1801 du prince héréditaire Charles-Louis de Bade.
B18 AUTOUR DU COiNGRÈS DE VIENNE
che sont sur le point de faire naître l'appréhension d'une rupture prochaine que Ton tâchera de prévenir, s'il est possible pour le moment, ou du moins d'en éviter l'éclat.
Je crois que le prince de Metternich a manifesté avec beaucoup de franchise à l'Empereur Alexandre que la cour de Vienne ne pouvait prévoir les projets du Cabinet de Saint-Pétersbourg relativement à la Pologne, comme étant incompatibles avec l'équilibre de l'Europe et la sûreté de l'Autriche, et qu'on croit pai conséquent que la Russie s'en désistera, si elle veut maintenir la bonne intelligence avec les autres puissances.
L'Empereur Alexandre, irrité de ces représentations, répondit au prince de Metternich en lui demandant si on voulait lui dicter des lois et le frustrer de ce qu'il possédait, ajoutant que, « si c'était pour cela qu'on l'avait invité à Vienne, on s'y tromperait fort ; qu'on n'avait qu'à envoyer quelqu'un en Pologne compter les forces russes et qu'ensuite on jugerait peut-être prudent de lui parler sur un autre ton ».
Celui qui m'a raconté cet entretien prétend que le prince de Metternich fut tellement déconcerté de la réponse brusque et énergique de l'Empereur de Russie qu'en se retirant il a eu de la peine à trouver la porte (1).
On apprend qu'à la suite de cette scène il fut proposé d'adjoindre le prince de Schwarzenberg et le comte Stadion au prince de Metternich pour traiter avec la Russie ; mais tous deux s'en sont excusés en prétendant divers empêchements, et on soupçonne maintenant que le départ du grand-duc Constantin pour la Pologne a été, m'assure-t-on, motivé par cette crise, et que ce prince est chargé d'organiser une armée polonaise.
Le public de Vienne, si avide de spectacles et de divertissements, commence cependant à se lasser des fêtes continuelles, et celle du départ des Augustes étrangers lui serait peut-être la plus agréable, d'autant plus qu'il attribue à leur séjour prolongé dans cette capitale la cherté excessive qui augmente journellement ici et qu'il craint que la dépense extraordinaire, que l'Enipereur fait pour régaler ses hôtes, ne soit reprise sur ses sujets moyennant des contributions qu'on appelle ironi-
1. « Alexandre, parti le 24 au soir pour la Hongrie, avait eu ce jour même une scène des plus orageuses avec Metternich. >• (Cf. Talleyraniau roi, Vieune, 31 octobre et Gb.itz, Tagebûcher, I, 323).
l'ouverture du congrès. — LA SAXE ET LA POLOGNE 519
•quement « Burgeinquartierungs Sleuer > (Impôt du casernement à la Burg). Il est à supposer que l'Empereur lui-môme serait bien aise de voir partir aussi tous ces souverains qui, avec leurs familles et des suites nombreuses, vivent ici à ses frais et qui du reste le gênent par le soin qu'il faut prendre de les amuser et en l'obligeant lui-même à mener un train de vie auquel il n'est pas accoutumé et qui n'est pas de son goût.
C'est r Autriche qui a proposé au Comité Allemand les 12 articles pour servir de base à la nouvelle Constitution de TAIlemagne (l).Maiselle trouvera de Topposition, tant de la part de quelques puissances étrangères que de celle de plusieurs princes allemands, surtout des souverains de Bade et de Hesse, qui se trouvent préjudiciés, en ce que le rang, qu'on leur destine dans la nouvelle Confédération Germanique, serait subordonné à celui des rois de Bavière et de Wurtemberg-, qui eux-mêmes ne regardent pas l'honneur d'être membres du Directoire exécutif de la Confédération comme une compensation des sacrifices qu'ils doivent faire d'une partie de leurs droits de souveraineté, nommément de ceux qui concernent leurs relations avec les Puissances hors de l'Allemagne, et effectivement ils seraient à cet égard moins souverains comme Rois qu'ils ne Tétaient jadis comme Electeurs et Etats du Saint Empire Romain.
On croit que l'Autriche et la Prusse, ayant quatre voix au Directoire, décideront, aussi souvent qu'elles seront d'accord, de la politique générale, de la paix ou de la guerre de la Confédération Germanique.