‹ Les dessous du Congrés de Vienne (volume 2)Chapitre 601 sur 816 · Vienne, 15 novembre 1814 (F. 3. 4362 ad · texte numérisé non relu

Vienne, 15 novembre 1814 (F. 3. 4362 ad

Von L... à HAGER

Notice sur Kûster.

Le conseiller intime von Kûster, ministre de Prusse auprès des Cours de TAllemagne du Sud, est, après Humboldt, le personnage le plus marquant parmi les hommes d'Etat prussiens.

l.Cr.D'ANGBBBRG, 424-427. Troisième protocole de la séance du 13 novembre 1814 des Plénipotenliaires des huit puissances signataires du traité de Paris. (Prolocole de la séance sur la cession de Gènes à la Sardaig^ne).

2. Gallesio di Finale (Georges), secrétaire du marquis Antoine de Brignole- Sale.

Elève des Dohm (1), BLschoffswerder (2), Lucchesini (3) et Haugwitz (4), il fut Tun des instruments dont ils se servirent pour provoquer des moavements révolutionnaires à Liège et dans les Pays-Bas, y remplit des missions secrètes pendant plusieurs années et commença sous leurs auspices son éduca« tion diplomatique. Pendant toute cette période de préparation de la révolution des Pays-Bas, il se rendit à plusieurs reprises à Bruxelles, y fit de longs séjours et y épousa une jeune fille d'Aix-la-ChapelIe^dont Toncle était un riche bourgeois bruxellois et qui s'appelait, je crois, Obermann.

Serviteur dévoué et actif, Kûster fut l'un des fondateurs des sociétés secrètes prussiennes à l'étranger et sans faire le moindre bruit dans le monde, différant en cela de Stein et de Gruner, il contribua, au moins autant qu'eux, à l'organisation de ces groupements et à leur diffusion au dehors. Tant comme membre de ces sociétés que comme chargé d'affaires à Cassel, il réussit à organiser ces sociétés dans le royaume de Westphalie, et c'est en somme à lui qu^est due en réalité la

1. Dohm (Christian-Conrad-Guillaume) (1757-1825), d'abord précepteur en 1772 des pages du prince Ferdinand de Prusse, frère de Frédéric le Grand, conseiller intime des archives et de guerre au département des Affaires Etrangères de Berlin (1779), puis Ministre auprès des cercles de Westphalie et dn Ba8-R!)in et auprès de l'électeur de Colore, chargée en 1792 de surveiUer les négociations secrètes de l'Autriche avec la Révolution française, anobli par Frédéric (Guillaume II, troisième plénipotentiaire de Prusse au Congrès de Rastatt (1797), président de la chambre des Domaines en 1804, passé au service de Wi siphalie après Tilsit, Ministre du roi Jérôme à la Cour de Saxe, il rentra dans la vie privée en 1810.

2. BischofTswerder (Jean-Rodolphe von) (1737-1S03), Général, Ministre de Frédéric Guillaume II, dont il était l'inséparable et le favori, l'un des artisans de la décadence de la Prusse.

3. Lucchesini (Jérôme, marquis) (1752-1825', bibliothécaire et lecteur de Frédéric II, chargé de difTércntes missions diplomatiques par Frédéric Guillaume II, Ministre plénipotentiaire au Congrès de Reichenbach (1791), Ministre de Prusse à Vienne (1793-1797), Ambassadeur extraordinaire à Paris (1803), il signa en 1806 àCharlotlcnburg avec Napoléon un armistice que le roi refusa de ratifier. Il prit alors sa retraite et devint un peu plus tard chambellan d'EIisa Bonaparte.

4. Haugvvitz (Christian-Henri-Charles, comte de) ,1752-1832), Ministre de Prusse à Vienne (1792) et la môme année Ministre de cabinet à Berlin, l'un des auteurs et des signataires du traité de BAle (1795). Ministre des Affaires Etrangères (1802), il se retira dans ses terres en août 1804, découragé et désespéré par la politique de Napoléon, avec lequel il dut cependant, sur les instances de son roi, consentir à aller négocier, et fut ainsi appelé à apposer sa signature, d'abord sur le traité de Schônbrunn, puis sur le traité signé à Paris le 15 janvier 1806. Il ne parvint pas néanmoins à détourner la Prusse de la guerre et sollicita et obtint sa retraite en novembre 1806. A partir de ce moment, il resta définitivement éloigné des affaires.

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chute de ce royaume. Envoyé à la fin de 18H ou au commencement de ISl'i à Bruxelles par le gouvernement prussien sous le prétexte d y rendre visite aux parents de sa femme, mais en réalité pour se rendre un compte exact de l'état des esprits, il y fut mal reçu en sa qualité de Prussien, n'y put rien faire et rédigea à son retour un rapport naturellement peu favorable aux pays qu'il venait de visiter.

En 1813, on l'envoya en Bohême, apparemment pour y liquider les comptes, en réalité pour renseigner son gouvernement et y préparer les esprits en vue d'une union avec l'Allemagne.

Kûster appartient^ en raison même de ses idées et de ses aspirations, au parti ultra-prussien. Ennemi de Hardenberg il est un ardent partisan et admirateur de Humboldt (1). Pendant son séjour en Bohême, il proposa au roi de relever le comte de Goltz de ses fonctions et de les confier à Humboldt, le seul homme capable, à son avis, d*agir sur Tesprit de l'Empereur de Russie, de faire aboutir les projets et les vues de la Prusse, grâce à la confiance qu'il réussirait à inspirer, et d'assurer à la Prusse la place qu'elle doit avoir et l'influence qu'elle doit exercer en Russie.

Lorsqu'on apprit à Prague que le roi avait confié à Bûlow le ministère des Finances, Kûster ne put dissimuler la déception que lui causait cette nouvelle. Il ne craignit pas de dire à ses subordonnés qu'on avait trompé le roi, que Bûlowr méritait tout au plus de reprendre à Magdebourg les fonc* tiens de président de Chambre qu'il occupait en 1800. Il ajouta que Bûlow, passé au service de Westphalie, n*avait démissionné que parce qu'il avait su qu'on était sur le point de le mettre à pied. Ce fut à ce moment seulement que Bûlow redevint prussien, et qu'entré dans les sociétés y rendit des services qui auraient été largement payés par Toubli de sa défection et la restitution de ses anciennes fonctions de président de Chambre à Magdebourg. Mais les choix du chancelier étaient exclusivement dus à la faveur, à la protection et inspirés par sa cupidité et ses besoins d'argent. Il voulait avoir dans le poste une personne sûre et qui se garde bien de ré-

1. Gagern semble n'avoir pas été de cet avis. Ecrivant au Stathouder de Hollande aussitôt après l'arrivée de Kûster, il lui disait: «On lui suppose l'intention de rectifier les erreurs de M. de Humboldt». Gaobhn. Mein Antheil an der PolUik,^ II, 89.

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yéler au roi ses tripotages avec les Juifs et les fournisseurs. Pour mieux prouver ses dires, Kûster racontait que, lors de la première guerre entre la France et de la retraite au delà du Rhin, le chancelier avait fait tort à son gouvernement de rien moins que de 130.000 sacs d*avoine qui n'avaient jamais été livrés et qui, grâce à de fausses déclarations, passèrent pour avoir été pris par Tennemi. On Tavait à ce moment accusé de ce détournement, mais la Lichtenau (1) et les ministres d'alors, dont il était la créature et le protégé, l'avaient tiré d'affaires en démontrant au roi que cela ne concernait en rien la Prusse, que ces livraisons étaient à la charge de l'Angleterre qui serait forcée de payer et qu'ainsi cet incident profiterait à la Prusse.

Kûster proposa au roi de témoigner par des cadeaux en argent sa gratitude à Metternich, Stein et Gentz. Celui qu'on aurait f ait à Metternich aurait été d'un demi-million dethalers. Kûster affirmait qu'en raison de leur situation particulière assez embarrassée ces trois personnages auraient accepté ces présents avec joie, et que liés ainsi à la Prusse, il leur serait impossible de contrecarrer ses projets. C'eut été un million placé à gros intérêts et qu'on aurait largement récupéré à la paix. La propogition plaisait au roi, mais on ne put y donner suite à cause de l'épuisement du trésor. Kûster proposa alors au roi de prendre cette somme sur sa cassette particulière, mais on se garda bien de lui répondre.

Kûster avait conseillé encore à son gouvernement de se servir du prétexte de l'épuisement de la Silésie et de l'impossibilité d'y recruter les régiments que cette province devait fournir, soit pour demander l'autorisation de lever au moins quatre régiments en Saxe, soit encore pour exiger la cession immédiate de la Lusace, en ajoutant qu'étant désormais en possession de ces territoires, il serait bien autrement simple de régler définitivement cette question lors de la conclusion de la paix.

Kûster est un de ces réformateurs qui veulent l'union, l'unité absolue de la Prusse et la disparition radicale du provincialisme. Il a collaboré à tous les projets qui tendent à ce but et qu'on se propose d'appliquer. Il diffère cependant sensiblement

1. Lichtcnau(\Vilhelmine, comtesse de)(1754-1820), fille de M. Euke, la maltresse de Frédéric Guillaume II. Frédéric Guillaume III la traîna devant les Tribunaux, la fit emprisonner et ne lui rendit la liberté qu'après une captivité de trois ans et en échange d'une renonciation aux biens qui lui avaient été donnés et dont Napoléon lui rendit une partie en 1811.

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SOUS un rapport de tous ses compatriotes. Il est calme, a une excellente tenue, est d'un abord facile, aimable et poli. Il parle peu et à voix basse, mais il possède au plus haut degré l'art de poser des questions. Il est ce que les Français appellent € un bon entendeur ».

Un fait, dont j'ai été témoin, permettra de se rendre un compte exact de ses sentiments à Tégard de T Autriche. Le conseiller provincial von Zastrow, un vrai Poméranien, était venu à Prague ; il se trouva à table à côté de moi le 2 octobre 1813« J'étais assis entre lui et le conseiller d*Etat prussien Scharnweber qui,comme j'avais un vêtement bleu et commeje causais intimement avec Zastrow, qui était mon voisin de chambre, me prit pour un Prussien. Après s'être félicité avec nous des heureux événements des dernières semaines, Zastrow proposa de célébrer par unç illumination et un banquet la fête de l'Empereur d^ Autriche (1), afin de lui mieux témoigner la reconnaissance générale et bien lui prouverque c'est à lui que nous devons d'être là.

Scharnweber combattit cette idée en disant qu'augmenter le prestige de l'Empereur d'Autriche équivalait à une diminution correspondante de celui du roi de Prusse. Il ajouta qu'on ne lui devait aucune reconnaissance, qu'on était parfaitement quitte, puisque c'étaient les Prussiens qui avaient sauvé la Bohême. Kûster alla plus loin encore. Il recommanda, ce qui arriva, du reste, à tous ceux qui étaient au théâtre de s'abstenir de joindre leurs applaudissements à ceux du public (2). Il redonna les mêmes instructions lors de Tanniversaire de l'Impératrice.

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