L... à HAGER
Alexandre, son entêtement, l'indisposition de l'empereur d'Autriche et U tension des rapports entre les deux empereurs. Le roi de Prusse. L'affaire de Saxe. Hardenberg et Stackelberg.
L'empereur Alexandre, vient de me dire le major prussien comte Reichenbachy a tranché le Nœud Gordien. Il ne rendra rien à l'Autriche, pas même Cracovie,et persiste à dire que, si on veut lui reprendre la Pologne, il s'y opposera par tous les moyens dont il dispose et ne reculera pas devant la guerre. Ces propos ont tellement contrarié l'empereur d'Autriche qu'il en est tombé malade, et c'est là la raison pour laquelle le voyage en Styrie n'a pas eu lieu. Alexandre a même un moment songé à quitter la Burg et à aller habiter l'hôtel de Razoumoffsky. Il aurait sans aucun doute donné suite à ce projet s'il n'en avait été dissuadé par les dames russes (1).
La façon dont la Berliner-Zeitung a annoncé la prise de possession de la Saxe par la Prusse a fortement déplu au roi. € C'est, a-t-il dit, une absurdité, puisque je n'ai pas encore la Saxe. Il faut donner une bonne leçon au Censeur pour lui apprendre à ne pas aller plus vite que les violons. »
Le chancelier (Hardenberg) a eu plusieurs explications fort vives avec le roi, qui a cédé aux conseils du général Knesebeck. Le général a dit au roi, que Hardenberg avait assurément des sympathies et des faiblesses pour l'Autriche, mais que d'autre part le roi ne pouvait dans ce moment se passer d'un homme qu'il lui serait impossible de remplacer. La nation tient à Hardenberg, a confiance en lui et n'accepterait pas son
1. Il s'agit là bien probablement de l'intervention des deux grandes-duchesses, sœurs d'Alexandre.
l'ouverture du congrès. — LA SAXE ET LA POLOGNE 557
remplacement par quelque obscur conseiller d^Etat. Humboldt lui-même est encore trop neuf et n'est connu que depuis la guerre. On n'a pas encore oublié qu'il avait fait assez triste figure, lorsqu'il était à la tète de Tlnstruction et des Cultes et qu'on avait dû le relever de ses fonctions. De pareils collaborateurs rendraient le roi impopulaire et, dans le cas d'une guerre provoquée par de semblables ministres, il risquerait fort d'être abandonné par son peuple. Rien n'empêchait du reste le roi de prendre conseil de ces personnes, afin de diriger et de modifier de cette façon les propositions et les vues du chancelier, et le général aurait de la sorte obtenu que le roi, qui signait dans le temps sans autre forme de procès les pièces que lui présentait le chancelier, ne le fait plus maintenant qu'après avoir pris son avis et consulté ces personnes.
Reichenbach commence du reste à se rallier lui-même au chancelier, parce qu'il est en bons termes avec le général, avec lequel il a été jadis en Silésie et parce qu'il dépend mainte*» nant du conseil d'Etat Beguelin, une créature du chancelier, auquel ce dernier appartient corps et âme. Hardenberg aurait, parait-il, dit à Béguelin : « On me malmène, mais c'est moi qui ai sauvé le roi et le pays. Je ne me laisserai mettre dehors que lorsque mon œuvre sera achevée. »
Reichenbach m'a encore dit que le roi a donné ordre de répondre à la brochure Sachsen und Preiissen. Cette réponse paraîtra sous peu (1).