Vienne, 34 novembre 1814 (F. 4. 4834 ad
... à HAGRR
L'attilude, le découragement et les avances des Prussiens. Quelques moU d'appréciation du prince Guillaume. Hardenberg et Humboldt impatients de quitter Vienne. Départ prochain et découragement de Jomini. Le carrousel et les bijoux des dam^ss de Vienne.
Dès que le baromètre politique oscille, je m'en aperçois à la nature des entretiens que j'ai avec mes amis étrangers et à la fréquence de leurs visites. Depuis trois jours, mes Prussiens viennent à tout propos et à tout instant chez moi, à l'exception naturellement du colonel Braim, qu'on a expédié à Neisse avec l!ordre de mettre, à tout événement et en cas de rupture, les forteresses de Silésie en état de défense. Ce qui m'a le plus frappé sous ce rapport, c'est le soin qu'a pris le major Hedemann de rejeter sur les Russes la responsabilité de tout ce qui pourrait arriver. En un mot, les Prussiens tiennent de nouveau exactement le même langage que celui auquel ils nous avaient habitués pendant les premiers temps de leur séjour ici. Ce sont les Russes, qui leur gâtent im temps qui sans cela aurait été plein de charmes pour eux. Ce sont ces imbéciles, qid leur gâtent et leur empoisonnent tout ici.
Mais ce qui est encore plus significatif, c'est que, depuis
l'ouverture du congrès. — LA SAXB ET LA POLOGNE 585
quelques jours, ils semblent s'être donné le mot pour nous faire croire, que leur roi désire ardemment que l'Empereur d'Autriche redevienne Empereur d'Allemagne. « Ce n*est que de cette façon, disent-ils maintenant, que les esprits se calmeront en Allemagne et qu'un rapprochement réel et sérieux pourra se faire entre l'Autriche et la Prusse^ désormais aiTranchies de la tutelle de la Russie. » Telles sont actuellement les paroles du prince Guillaume de Prusse, qui ne songe plus qu'à une seule chose, la vice-royauté de la Saxe, et qui rumine déjà dans sa tête tout ce qu'il compte faire dans ce pays. Je communiquerai sous peu à Votre Excellence ce que je saurai de ses pro jets. Pour le moment, je puis afGrmer une seule chose, c'est qu'il est triste et découragé.
Le prince de Hardenberg a dit mardi dernier chez Anstett, qup le séjour à Vienne, qui lui avait toujours fort déplu, lui devenait de jour en jour plus intolérable. C'est là ce que le duc d'Acerenza a raconté devant la maîtresse de la maison et plusieurs personnages, parmi lesquels se trouvait Serracapriola qui ajouta : « Humboldt m'a dit exactement la même chose. »
Jomini part dans quelques jours, très découragé et très dépité. Son aide de camp m'a afGrmé que la grande armée russe avait reçu l'ordre de rentrer en Russie.
Tous les étrangers ont été émerveillés du Carrousel d'hier et stupéfaits de la splendeur des bijoux des dames. Les Prussiens m'ont dit : « Avec cela il y a de quoi couvrir les frais de trois campagnes. »
Un banquier de Florence, grand connaisseur en bijoux et qui a vu les pierreries des dames des difîérentes capitales de l'Europe, a déclaré qu'il lui était impossible d'estimer la valeur •de ceux qu'on lui a exhibés hier.