‹ Les dessous du Congrés de Vienne (volume 2)Chapitre 95 sur 816 · Vienne, 18 septembre 1814 (F. 1. 3942 ad · texte numérisé non relu

Vienne, 18 septembre 1814 (F. 1. 3942 ad

NOTA à HAGER (en français).

Intimité du cardinal Consalvi avec Bartholdi. Observations et regrets du cardinal sur ce qui se fait à Rome. Les questions en litige entre Vienne et Home. Les religieuses d'Udine et le patriarcat de Venise. Mgr Bonsignori. Biographie et portrait.

Affaires de la Cour de Rome avec la nôtre.

Je dirai avant tout que Bartholdi (1) est très lié avec le cardinal Consalvi qui avec la société est de la plus grande réserve et ne va que chez la comtesse Anguissola (i) et voit fort peu de monde chez lui.

Bartholdi m'a confié, qu'ayant hier dîné chez le cardinal, celui-ci s'était épanché avec lui et lui avait confié qu'il était au désespoir de n'être pas à Rome, parce qu'on y faisait des choses mal h propos et qui gâtaient le tout, comme d'avoir rétabli les horloges à l'italienne, d'avoir gêné les Juifs, d'avoir ôté les réverbères et Tilluraination de la ville et autres choses semblables ; que les Juifs riches quittaient Rome et que par là la disette d'argent et de ressources augmentait ; qu'on avait réduit mal à propos les impositions de 40 à 2 ; que par cette mesure sans raison et sans borne le pape n'avait pas le sou et ne pouvait plus suffire aux besoins de lEtat ; qu'on avait adopté le principe insoutenable et inexécutable de ramener le tout à l'ancien ordre des choses.

1. Bartholdi (Jacob-Salomon) (1779-1825) après avoir obtenu le grade de maître es arts en 1801, se rendit à Paris où il séjourna plusieurs années et de là en Italie, puis en Grèce. La funeste issue que la guerre de 1806 eut pour sa patrie lui inspira une haine féroce contre Napoléon. 11 se mit à parcourir l'Allemagne pour y susciter des ennemis au vainqueur d'iéna, s'enrôla en 1809 dans un régiment autrichien, se distingua en plusieurs occasions, notamment à Ebcrsbcrg où il fut grièvement blessé. Nommé en 1813 à un emploi supérieur à la chancellerie d'Etat de Prusse il y débuta par la rédaction du fameux édit sur le Landtturm^ suivit les armées alliées à Paris en 1814 et chargé d'une mission secrète à Londres fit sur le paquebot connaissance du cardinal Consalvi et contracta avec lui une amitié qui dura jusqu'à leur mort. Envoyé après le Congrès de Vienne à Rome en qualité de Consul général de Prusse pour toute l'Italie, il occupa en réalité ce poste au nom de tous les souverains de la Sainte Alliance. Après avoir représenté la Prusse en 1818 au Congrès d'Aix-la-Chapelle, il fut nommé conseiller intime de légation et chargé d'affaires à Florence. En 1832 il reprit ses fonctions de consul général de Prusse à Rome, mais ce poste fut supprimé en 1825. Bartholdi ne survécut que fort peu à sa mère et à ses amis, le prince de Hardenberg (mort en 1822) et le cardinal Consalvi (mort en 1824).

2. Il s'agit probablement, certainement même, de la comtesse Carolina Anguissola, fille de la marquise Anguissola Busca, mariée au comte Louis de Capitani de Settala, dont il est à plusieurs reprises question dans le Carteggio Confalonieri publié par mon ami G. Gallavrbsi. On y lit entre autres, 1. 1, page 153, que la comtesse partit de Milan le 24 mai 1814 pour aller prendre sa mère à Venise et s'installer avec elle à Vienne pour trois ou quatre mois. Un peu plus tard le 6 juillet 1814 {Ibidem, p. 212). Teresa Confalonieri écrivait à son mari : « Settala... raconta gran cosa di sua moglie, la quale seconde lui riceve moite distinzioni a Vienna tanto délia corte dell'Imperatore quanto dell'Archiduchessa Béatrice... » Trois jours plus tard le 9 juillet {Ibidem., p. 214-215) elle ajoute : « La Settala e trovata Vienna una bellezza, cio mi da un idea del gusto patano (extraordinaire) ; l'imperatore le ha detto che essa ritornera in Italia con lui ».

11 accuse de toutes ces bévues le cardinal Pacca (1), qui se trouve être Tami de cœur du Pape, et qui se laisse mener par trois frères et abbés nommés Sala (2) qui sont trois bonnes bêtes et très pieusement exaltés au delà de toute raison.

Il dit que le Pape est unique pour sa constance, sa ferme té, vis-à-vis d'un oppresseur puissant, mais qu'il est faible et sent l'âge et les infirmités vis-à-vis des personnes qui lui sont attachées et auxquelles il accorde sa confiance et qu'il ne sait rien refuser à celles-ci.

Questions de litige entre le Pape et la Cour de Vienne :

1* L'affaire des religieuses d'Udine et la nomination au Patriarcat de Venise, Mgr Bonsignori, évêque de Faenza nommé par le Chapitre et refusé par le Pape qui nomme Mgr Peruzzi, évêque de Chioggia.

Détails sur Mgr Bonsignori.

J'ai beaucoup connu Mgr Bonsignori que Napoléon voulait faire patriarche après l'avoir déjà fait évêque. Natif de Gallarate, il entra dans une congrégation dite degli abbati. Il fut fait bibliothécaire à rAmbrosiana(3)après avoir été longtemps professeur de Philosophie et Belles-Lettres au Séminaire de Milan.

Napoléon l'en tira en 1798 et le fit évêque de Faenza. C'est un homme de soixante-dix ans passés, belle taille, belle figure, très élégant, très galant auprès des dames et très connu à Milan de tout temps par ses amours, tantôt chez l'une, tantôt chez l'autre. Sa belle d'à présent l'est depuis vingt-cinq ans et s'appelle M"* Chiese, de Milan.

Il a toujours passé pour un bel esprit et pour un ecclésiastique un peu leste. 11 est savant théologien, orateur soigné,

1. Pacca (Barlolomeo, cardinal) né à Béiiévcnl le 16 décembre 1756, cardinal en 1804, camerlingue en 1808, rédigea et publia la bulle d'excommunication contre Napoléon en 1809. Enlevé de Rome avec Pie VII, enfermé pendant trois ans à Fcnestrcllc, il rejoignit le pape à Fontainebleau en 1812, rentra avec lui à Homo en 1814 et fit rétablir Tordre des Jésuites. Gouverneur de Rome en 1817, évoque de Frascati en 1820, préfet des études en 1822, il renonça à ses fonctions de ministre-camerlingue en 1824. Mort en 1844.

3. L'un d'entre eux devait être Mgr Sala, auteur de brochures dont parle le cardinal Consalvi et qui imprimées au Quirinal en 1819 avaient pour titre : Doeumenti salle verlenze insorte fra la Santa Sede e il governo Francese,

3. L'une des plus belles et des plus riches bibliothèques d'Italie fondée par saint Charles Borromée. A côté de la bibliothèque et dans le même b&timent se trouve un des plus beaux Musées de Milan, transformé et complètement métamorphosé par les soins de mou émincnt et incomparable ami Mgr Achille Ratti, préfet de l'Ambrosiana.

mais froid, homme très rusé, Cn, faisant bonne mine à tout le monde, impénétrable, im peu moqueur, riche en connaissances, mais pauvre en génie, rempli d'ambition et pas du tout indigne d'avoir été choisi* par le pieux Napoléon pour en faire un évêque et un patriarche même de Venise, après Tavoir employé à Savone pour amadouer ou tromper Pie VU, mission à laquelle il ne réussit point du tout.

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