‹ Les deux cadavresChapitre 25 sur 37 · LA MÈRE ET LE FILS · texte numérisé non relu

LA MÈRE ET LE FILS

Le matin de ce terrible jour, mistriss Barkstead se leva de bonne heure. Elle se sentit faible, et des vertiges troublaient scs regards ; mais, pleine d’une pensée heureuse,-elle surmonta ce pénible malaise et commença à se vêtir.

Ce fut une grande surprise pour Bettyqui l’aidait à ce soin, de voir que pour la première fois, depuis de bien longues années, mistriss Barkstead abandonnait ses simples et tristes habits de deuil , pour s’occuper de sa parure. En ett’et , elle s’assit devant une table d’ébène sur laquelle reposait un miroir depuis long-temps oublié. Elle sépara ses cheveux, comme lorsqu’elle était jeune et belle, et jeta l’ombre de leurs boucles soyeuses sur son front pèle et terne et sur ses joues amaigries ; elle attacha à scs oreilles et à son cou ses beaux peudans et son collier d’or pur. Une agrafe de pierreries serra sa taille et de riches bagues ornèrent sa main. Une fois tous ces préparatifs achevés, elle essaya de se lever de la chaise où elle était assise : scs jambes ne purent la supporter, et un moment, appuyant son coude sur la table et sa tète dans sa main, elle s’abandonna à une amère réflexion.

Betty, qui considérait sa bonne maîtresse, n’aurait pu suivre, à coup sûr, le cours rapide des souvenirs qui se succédèrent dans la pensée de mistriss Barkstead ; mais Betty avait coutume de la voir souffrir, et, lorsqu’une larme tomba de son œil immobile et ouvert, la pauvre servante comprit que ses

douleurs s'enllainmaieiit eu cette occasion. Se mettant alors humblement à genoux devant elle, elle prit une de ses mains et lui dit eu pleurant aussi :

— Orna bonne maîtresse! soyez forte durant ce jour, ce doit être le dernier de ceux que vous avez à souffrir.

— Oui ! répondit mistriss Barkstead, je le crois le dernier ; j’ai passé la nuit à écouter mes pressentimens , et ce qu’ils m’ontannoncé est prochain et funeste.

— Oh! ce n’est pas ainsi que je l’entends, reprit Betty. Ce jour sera le dernier de votre souffrance : car, apres ce qu’ils font, après le supplice d’aujourd’hui, de quelle nouvelle douleur peuvent-ils vous frapper?

Marie se contenta de sourire douloureusement, en levant les yeux au ciel ; et, après avoir fait signe à Betty de se relever :

— Où est Richard? lui dit-elle.

Betty parut confuse et hésita à répondre, mais devinant l’alarme que son trouble jetait dans l’ame de sa maîtresse, elle reprit:

— Mais, sans doute, il dort....

— Sans doute il dort, répéta mistriss Barkstead, en a^)puyantsuries mots qu’dle venait d’entendre. Vous n’en êtes donc pas sûre ? et elle se souleva sur sa chaise.

— Je le suppose, dit Betty rapidement, car il est rentré si tard!

— Il est donc rentré ? ajouta mistriss Barkstead, en se laissant retomber; vous m’avez fait peur... cruellement peur! — En prononçantees mots, elle passa plusieurs fois la main devant ses yeux, comme pour écarter un voileimportun et laissa retomber sa tète sur sa poitrine, en se replongeant dans sa première et amère réflexion.

Betty qui voulait l’en arracher, l’appela plusieurs fois sans qu’elle répondît, et enfin, elle lui dit, en élevant la voix pour la tirer de sa préoccupation :

— Voulez-vous que j’aille chercher M. Richard ?

— Ridiard! dit la mère, que ce nom eût éveillée du plus lourd sommeil , Richard ! Non, j’irai moi-môme. Venez , Betty, aidez-moi.

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Elle prit le bras de Betty, et, faisant un effort pénible, elle se remit dcboutet s’avança vers la chambre de Richard. Contre son attente, elle le trouva levé: son lit qui n’était pas défait attestait qu'il avait passé cette nuit sans se reposer. Soit qu’une même pensée préoccupât, à l’insu l’un de l’autre, la mère et le fils, soit que tous deux, dans un but différent, se fussent rencontrés dans l’exécution, tous deux témoignèrent quelque surprise du soin apporté à leur parure: car Richard avait mis scs plus élégans vèteniens; il avait soigneusement arrangé sa coiflurc; une dague et une épée, dont les poignées étaient d’acier damasquiné, brillaient suspendues à sou ceinturon , et les molettes de ses éperons dorés sonnaient à chaque pas qu’il faisait.

Quanta son visage, il avait toute la beauté de la jeunesse unie à ce charme indicible de la i>àleur, lorsqu’elle n’est pas le résultat d’une santé fétide et délabrée, mais lorsqu’elle vient de l’amc et qu’elle est le sympléme d’une souffrance morale. Ses longues paupières, légèrement brunies par la fatigue de la nuit, faisaient ressortir d’un éclat inaccoutumé le bleu céleste de sa prunelle ardente et le blanc azuré de ses yeux ; scs lèvres, dont les coins légèrement baissés affectaient une expression de dédain, étaient pâles et agitées d’un frémissement presque invisible, tant les mouvemens en étaient succincts et pressés : toute son attitude avait quelque chose de solennel et son visage était empreint d’un calme désespéré.

— Richard, lui dit sa mère en lui tendant la main. Dieu sans doute a présidé à nos pensées en ce jour, puisqu’il les a fait SC rencontrer dans un même soin.

— Dieu, répondit lentement Richard, n’a point présidé aux pensées de ce jour : car les pensées de mort et de vengeance naissent loin de sa présence et de son esprit.

— Ce sont donc celles-là qui l’agitent, Richard, reprit mistriss Barkstead; écoute, enfant, ton fndiflérencc depuis longtemps, le calme et la résignation de ta vie m’avaient fait espérer que le bonheur ne serait pas loul-à-fait exilé de ton avenir.

Richard sourit amèrement.

— J’avais cru, continua sa mère, que tant de malheurs soufferts avaient éclairé ton ame, etqu’impuissant à combattre la main qui nous frappe, tu cacherais ta tète à scs coups et demanderais repos et consolation à une vie intimeetobscure.

— Ne l’ai-je pas fait jusqu’à ce jour ? répondit Richard: impuissant jusqu’à ce jour, ne me suis-je pas caché?

— Mais ce jour, dit mislrissBarkstead en s’asseyant devant son fils,estuii jour d’épreuves difficile à passer. Il peut rallumer en toi cette soif long-temps assoupie de combats et de vengeance ; la baine peut bien se redresser ardente et envenimée dans ton ame de vingt ans, puisque je l’ai sentie murmurer dans mon cœur usé et flétri à l’annonce de leurs détestables supplices. Je le crains du moins, et au bout de cette lutte contre toi-même, où tu triomphes depuis si long-temps, j’ai cru que je devais t’apporter mon secours et t’aider dans ta dernière victoire.

Richard ne répondit rien ; il ne voulait pas détruire d’un mot tout ce passé dans le cœur de sa mère en lui révélant que sa résignation n’avait été qu’une longue attente d’Un moment favorable, mistriss Barkstcadse méprit au silence de Richard; elle crut qu’il évitait de s’expliquer sur ses projets, et décidée à les prévenir, elle invita son fils à s’asseoir et continua ainsi :

— Tu vois, Richard, que je ne m’étais pas trompée, et toutes tes bonnes résolutions sont venues se briser contre l’attentat de ce jour. Tu as passé cette nuit hors du logis, sans doute dans une nocturne réunion, où vous avez préparé pour aujourd’hui quelque folle résistance à l’exécution des arrêts du parlement. On compte sur toi , n’est-ce pas ? ton nom et ton bras seront les premiers exposés dans cette lutte inutile; on a réchauffé dans ton ame le souvenir de ce jour marqué par le sang dans notre histoire ; on a exalté tes ressentimens et on t’a égaré jusqu’à te faire participer à quelque tentative désespérée.

Richard appuya sa main sur celle de sa mère, et, balançant lentement sa tête en signe de dénégation, lui répondit :

— Non, manière, toutes vos suppositions ne sont point

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vraies : je n’ai point passé la nuit parmi des ennemis des arrêts du parlement, et nulle volonté étrangère n’a commandé à mes actions.

— Cependant, dit mistriss Barkstcad, un billet a été remis ici hier soir lorsque la nuit était déjà fort avancée ; la personne qui l’a apporté t’a demandé avec trop d’instance pour que je n’aie pas dû être alarmée, surtout en pensant au jour où nous sommes.

Richard prit ce billet déployé sur une table, et le montrant à sa mère, il lui répondit :

— Lisez , ma mère , vous voyez que Downing me prie de passer chez lui pour une affaire de famille, et vous le savez, c’est un homme sage et prudent.

— En effet, dit mistriss Barkstead, en rendant le billet. — Elle se tut un moment; puis, avec un regard où elle semblait implorer son fils de ne pas abuser de sa facilité à croire tout ce qu’il voulait, elle reprit :

— Pourquoi donc, Richard, ces habits de fête, cette épée et cette dague qui brillèrent jadis à la ceinture de tou père? Est-ce pour demeurer aujourd’hui près de moi ?

— N’est-ce pas un jour de fête et de joie pour l’Angleterre ? répondit Richard avec un singulier sourire, et ne faisje pas bien de me parer pour assister à scs pompes?

— Iras-tu à cet horrible spectacle ? dit mistriss Barkstead, en se saisissant vivement de la main de Richard.

— J’y vais, répondit le jeune homme en se levant et en dégageant sa main.

Mistriss Barkstead se leva aussi, et, se plaçant entre son fils et la porte, elle lui dit avec force :

— Tu me trompes, Richard, il y a quelque projet arrêté, quelque révolte qui doit éclater ; car enfin tu n’iras pas, sans but, offrir ton ame à la torture de ce spectacle ; tu n’iras pas boire jusqu’à la lie l’affront que tu ne voudrais pas venger; tu ne présenterais pas ton flanc à l’aiguillon pour rester immobile ; tu ne vas pas pour rien recueillir, la douleur, la colère et l’humiliation.

— C’est que c’est vous qui vous trompez , ma mère , dit

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Richard avec une amère fierté, en prenant son chapeau et en s’apprêtant à sortir ; c’est que je n’y recueillerai que joie et triomphe.

— Richard ! Richard ! s’écria sa mère en tombant à genoux devant lui; lu ne peux pas sortir aujourd’hui? tu ne peux pas sortir avant de m’avoir entendue! écoute-moi ! écoutemoi!

Mistriss Barkslead était si i'aible qu’elle ne put rester dans cette position , et qu’elle s’affaissa jusqu’à terre après ce peu de paroles. Richard rejeta son chapeau et, l’enlevant dans ses bras, la posa sur un fauteuil ; elle était pâle et oppressée, quoiqu’elle eût gardé toute sa connaissance. Richard l’appelait douloureusement ; elle serrait ses mains en signe de réponse ; peu à peu elle revint à elle, rouvrit les yeux et sourit à son fils en le voyant à son tour à genoux devant elle, épiant chaque mouvement de son visage ; elle prit alors la tète de Richard dans ses bras et l’embrassa long-temps ; elle puisa une nouvelle force dans cette étreinte maternelle et put continuera parler. Richard s’assit de nouveau à ses côtés ; elle lui dit :

— - Tu le vois, enfant, ma vie s’en va , et je sens que ce qu’il m’en reste s’éteindra bientôt! plus tôt peut-être que tu ne penses !

Richard la regardait avec anxiété ; elle ajouta , en suspendant de temps à autre ses paroles et en répondant à l’impression du visage de son fils, qui restait muet :

— Oui, Richard, une voix m’a parlé cette nuit , une voix qui m’a appelée d’en haut et m’a avertie que je devais bientôt te quitter ! Tu souris, enfant , tu ne me crois pas ! tu cherches dans mes yeux si c’est ruse ou folie qui me fait parler ainsi. Tu as tort, Richard, mon corps s’est usé à souffrir, et le fléau qui s’étend sur Londres me tuera.

— O ma mère ! ma mère ! s’écria Richard suffoqué.

— Il me tuera, te dis-je, reprit mistriss Barkstead , peutêtre dans quelques jours, peutrêtre demain , car je ne suis point folle , et j’ai un sûr garant de mes paroles , un garant dont lu peux apprécier le savoir ! c’est Andlay.

— Âiidlay ! ma mère ! il se trompe, il vous alarme , s’écria Richard, quelle que soit sa science , il ne peut, depuis si peu de temps, savoir où et comment frappera le fléau. O nta mère! ma mère ! détournez votre pensée de cet affreux pronostic , rassurez-vous ! rassurez-vous !

— le ne tremljle pas, enfant, répondit en souriant la bonne mistriss, mais rappelle-toi qu’Audlay ne se trompa point d’une heure pour Cromwell ; n’oublie pas non plus que ce pronostic n’est pas si récent que tu dis, et qu’il y a long-temps que nous sommes avertis.

Richard frémit eu lui-même, et leva sur sa mère un regard où se peignait un affreux étonnement.

— Nous sommes avertis ! s’écria-t-il à voix basse , nous sommes avertis I !

Sa mère ne comprit pas la douleur qu’il éprouvait , ni le sens qu’il attachait à ces mots : nous sommes avertis! et elle continua avec une plaintive douceur :

— R m’avait pourtant dit que tu le savais! ta stupeur me prouve le contraire. Allons, ne pleure pas, enfant! ne pleui'e pas encore ! nous avons un jour à passer ensemble. Et c’est ce jour que je viens te demander.

Richard suffoquait. Il comprenait enfin que le rêve constant de sa vengeance avait tout absorbé en lui ! il se rappelait en ce moment les avertissemens répétés d’Andlay , lorsqu’il lui disait ^ La vie de votre mère est comme un flambeau faiblement allumé. Dans un air pur, dans un calme parfait , il peut vivre et durer long-temps; mais une atmosphère plus lourde ou un souffle de malheur peuvent éteindre cette flamme vacillante. Fuyez donc Londres et le fléau dont il est menacé! Fuyez Londres et les émotions poignantes qui peuvent y agiter l’existence. Richard, en se rappelant tout cela, était retombé à genoux devant sa mère, roulant sa tête sur son giron avec des sanglots et des pleurs ! misérable ! torturé de repiords, presque parricide ! Sa mère caressait sa tête pendant ce temps, essuyait ses pleurs et l’appelait des noms les plus doux : il parut se calmer, et elle ajouta :

— Mon Richard , mon fils , ne te désole pas ainsi : car,

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comme je le l’ai déjà dil, tout Ijonhcur n’est pas exilé de la vie, cl la voix qui m’a parlé celte nuit m’a inspiré de choisir ce jour, ce jour solennel pour nous à tant de titres, pour t’enseigner où sont cachés tes jours heureux, et te guider de mes derniers conseils dans le sentier qui doit t’y conduire.

Richard releva sa tête, et, regardant sa mère à travers ses larmes, il l’écouta religieusement tandis qu’elle disait ;

— Ce jour fut celui de la naissance de ton père! nous l’avons célébré long-temps sous ses yeux ; qu’il soit notre dernier jour de fête à nous deux ! Nous le sanctifierons ensemble par la prière ; nous nous assolerons ensemble à la table où il présidait ; nous parlerons de lui, Richard, nous parlerons de ton père qui fut le plus noble des hommes , et dont tu as le nom ; nous invoquerons sa mémoire ; nous implorerons son esprit do nous animer et de nous répondre, et je recueillerai tes paroles pour les lui porter au ciel, où j’irai le rejoindre bientôt! C’est pour cela que je me suis parée, moi ; c’est la fête que j’espère , et où tu ne me laisseras pas seule , mon Richard ! mon fils ! mon enfant!

Leurs larmes se confondirent. Mistriss Barkstead les domina la première.

— Ce jour , dit-elle , est encore celui de la naissance de Charlotte! eh bien! enfant, à ce repas d’adieu, au sortir duquel je te quitterai, nous admettrons aussi ta fiancée ab- .sente, comme mon mari qui n’est plus.

Richard regarda sa mère avec une terreur qui peut-être eût suspendu sa voix , si , les yeux levés vers le ciel et l’ame inspirée , elle eût pu s’apercevoir du terrible effet de ses paroles.

— Oui, Richard, s’écria-t-elle, en joignant pieusement ses mains, assis l’un près de l’autre entre ces deux places vides, nous passerons ce jour, moi à me souvenir et toi à espérer ; et ce sera bonheur pour tous deux. Mes longues et douces années de jeunesse passées près de John reviendront se développer devant moi, et maintenant que tu es un homme, Richard, je te dirai comment il fut un homme brave, pieux, fidèle ;; sa parole,

indulgent, sans haine dans le cœur, pratiquant l’oubli et le pardon des injures, soumettant sa vie aux volontés de Dieu, si cniellcs qu’elles fussent ; et puisque mon heure est venue et que je puis parler de moi à mon fils , je te dirai combien je l’aimai pour toute la félicité dont il me combla, pour toute la vertu qu’il m’inspira par l’honneur que j’éprouvai de porter son nom : car, Richard, quelle est l’épouse qui oserait flétrir le nom qu’on lui donne sans tache, et à qui la vertu n’est pas facile quand ou y attache le bonheur ? Aussi, lui suis-je aussi reconnaissante d’être sans remords que d’avoir été la plus heureuse des femmes ! Et, après cela, Richard, après mon passé, nous parlerons de ton avenir. Et, comme tu seras, sans doute, brave et généreux comme ton père , ton épouse sera chaste et douce comme je le fus ; et, comme tu lui apporteras un cœur noble et haut , qui abritera sa vie de ton courage et de ton honneur^ elle te rendra un amour soumis et dévoué qui enveloppera ta vie de son innocence et de sa pureté. Puis nous invoquerons tous deux l’Étemel pour que rien n’arrête mon ame lorsqu’elle ira se réunir dans son sein à celle de mon époux, et, pour qu’il te gardé ta fiancée aimante et vierge jusqu’au jour où tu la conduiras à l’autel.

La figure mourante de mistriss Barkstead vivait et resplendissait d’enthousiasme pendant ces paroles, tandis que le visage terne de Richard, arrêté dans une efiroyable expression de désespoir, semblait la face d’un cadavre, que la mort a saisi dans une terrible convulsion. En ce moment, il n’y avait que remords en son ame, il y avait horreur de lui-même, et plût à Dieu que sa mère eût suspendu ses paroles en ce moment et n’eût pas atteint l’ame de Richard à cet endroit, où, froide et dure comme l’acier , elle étincelait et brûlait comme l’acier lorsqu’elle était frappée. Mistriss Barkstead, toujours sous l’empire de sou enthousiasme, ajouta :

— Richard, ce jour est encore celui de la mortde Charles !

O malheureuse parole ! comme un souffle rapide elle ralluma le foyer assoupi. Haletant sous l’effroi du souvenir de ses propres actions, dont l’affreuse excuse s’était un moment effa* oée de son ame, il se taisait éperdu ; mais le nem de Charles I*'

évoquR toul-à-coup TesprU xle vç;iigeiincc qui l'égarait, et Riçliard, se reculaul de sa mère, répéta ce qu'elle venait de dire avec un sourire empreint d'une expression féroce d'espérance, comme quelqu'un qui voit venir un secours et qui l'appelle à lui. Sa malheureuse mère acheva:

— Richard, dit-elle, ce jour est aussi celui où on livre aux bourreaux le cadavre de Cromwell. Qu'il t'apprenne à mépriser les féroces vengeances des haines politiques.

Richard se releva à ces paroles, résolu et terrible, redevenu houteux de sa faiblesse. Il ne détourna pas ses regards de sa mère mourante et faible ; il la contempla long-temps ; il rassasia ses yeux de ce spectacle triste et douloureux ; il la vit baisser vers lui ses yeux long-temps tournés au ciel, il la vit lui sourire et lui tendre la main, et alors il se détourna et pri l son chapeau. A ce geste, à ce inouvemeut infâme, elle se leva de sou siège ; elle usa sa dernière lorce à ceteft'ort ; elle poussa son dernier souDle à lui crier avec un sanglot :

-r- Richard ! mou fils! mon enfant!

il la r^arda encore ; il l'entendit, et il sortit.

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