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Toute la flotte et les matelots chômaient, et ces derniers montaient en foule, pour y faire leurs parties de boxe, le soir, avec les traînards, aussitôt que la police militaire, spécialement organisée et la seule que nous ayions, se fût retirée. + Durant le jour, les dames de l’aristocratie, et messieurs les militaires, ceux de l'état-major, se faisaient un honneur d'y étaler leurs brillantes toilettes ét d'y faire
promener leurs brillants équipages.
Les quelques privilégiés, parmi le peuple, qui avaient le rare avantage de posséder un cheval, y amenaïentleurs femmes et leurs enfants, entassés dans une charrette, toute couverte d’une toile du pays, de branches de sapins, ou de vertes feuilles d'érable.
On passait la journée dans ces tentes ambulantes, à dévorer, cômme des gloutons, les provisions apportées. et à vider le petit flacon de rhum blanc.
La foule: y venait à pied. De très nom-
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breux et joyeux restaurants, improvisés, mais bien approvisionnés, savaient régaler les pauvres piétons et leurs familles: réunies.
Les tables étaient chargées de mets et de liqueurs assorties. |
Les joueurs de guimbarde, de violon, de
‘flûte,de clarinette, de corne-muse, et, plus
tard, les orgues de barbarie, présidaient aux chants populaires et à la danse du cotillon et des jupons.
C'était la grande fête annuelle du peuple de Québec et de tous les environs. On chantait : Vive la Canadienne ; à la claire fontaine ; Vive le Roi, la Reine, Vive Napoléon !
Le goût des Anglais pour le fun, la boxe et le sport, commençait à se former aussi dans les mœurs des Québecquois.
Le dernier joùr, nous avions nos couïses pouf les chevaux de charretiers et des ha- ‘bitants, k
À la fin de la semaine, des jeux de
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toutes sortes, par des gens aux bras attachés, les yeux bandés, ou le corps enfermé dans des poches, et jusqu'aux courses des petits cochons, dont on graissait les pattes et la queue. C’étaient toujours des irlandais qui les attrapaient le mieux.
Çà et là, sur ce vaste champ, sur ses tertres et ses bosses, dans les coins les plus isolés, sur les bords du chemin, et jusque sur les terrains voisins, l’on voyait partout de petites tables garnies de pain d’épices, de sucreries et de raisins secs; des oranges et des citrons, des torquettes et des pipes, et, toujours, de côté, un quart de petite bière d’épinette, monté sur une forte chaiïse, au fond de bois, ou de platesbandes, d’une écorce épaisse et brune, et :
fortement entrelacées.
Souvent, tout auprès, un couple heureux ou amoureux, mais bien fatigué des plaisirs de la journée, se reposait, nonchalament assis par terre, sur leurs mouchoirs de coton barré, ou de soie de couleur.
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Le cavalier, avec son veston et sa cravate du dimanche, fumait librement sa pipe et quelquefois son cigare de bourgeois, répandant, partout la fumée, et le parfum de la canelle ou celui du rat musqué.
Tête nue, plein de sueur et altéré, puis serrant son chapeau, entre les jambes, il mettait son gilet à bas.
De sa main libre, il soutenait, au-dessus de sa blonde, son grand parapluie de coton, pour se protéger, tous deux, d’une chaleur trop brûlante.
Jamais fille du peuple, en ville, et encore moins à la campagne, n’eût osé porter des parasols et se pavaner avec les petits ronds bariolés et frangés de soie, comme ceux d'aujourd'hui.
La forme de leurs chapeaux de paille protégeait assez leur teint de rose.
Leurs couleurs naturelles valaient celles d'aujourd'hui. On craignait moins aussi de se chiffonner.
cra-
elles aussi
Nos garcons, moins fiers, que les swells (nos enflés) et les “ dudes ” du jour, moins guindés et moins tirés à quatre épingles, ne marchaient pas aussi roides, et tout comme sils avaient avalé des tisonniers. Ils ne se tenaient pas, avec peine, sur leurs pieds enflés, dans leurs trop petites bottes cirées, et montrant leurs doigts emberlificotés dans des gants jaunes, craqués et trop serrés.
Nos souliers français nous donnaient moins de cors aux' orteils, et l’on était moins gênés dans nos mitaines.
On ne mettait pas, non plus, de gants blancs pour dire la vérité et exprimer notre pensée. On savait aussi travailler avec nos mains, nues, mais toujours assez nettes, et des doigts moins crochus.
Les filles, au beau corsage, aux hanches naturelles, n’avaient pas d’empois ni de fil de laiton à se procurer. :
Elles n’empruntaient ni leurs gros croupions des grecques, ni leurs turbans des
musulmanes, et, encore moins, leurs couettes de cheveux, aux mandarins chinois.
Aussi, on faisait nos “ mises” de fouet avec les cheveux de nos filles ou de nos femmes, pour ménager la ficelle, la peau d’anguille et la soie.
On prenait nos ébats sur l'herbe, sans crainte de tout bosser ou de perdre même nos ajustements.
Que de joies plus belles et plus naïves qu’en ces jours de fêtes populaires.
Aujourd’hui, les filles de charretiers ou celles de nos petites pratiques, moins riches que nous, mais se croyant plus fortunées, toutes grandes demoiselles, élevées longtemps dans les couvents, se promènent encore trop longtemps dans les rues,sans aider à leurs mères, à faire la soupe, balayer la place, ou coudre leurs habillements.
Les garçons en font autant. Quand le père est borgne, et qu'il ne peut plus les nourrir à ne rien faire, tout durant l'hiver, et puis les promener encore, tous les di-
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manches de l'été, ils mettent leurs chapeaux et s’en vont, sans dire bon jour à leurs trop vieux parents.
Les sœurs ne vont plus avec leurs frères, et n'aiment plus qu’à aller courir, l'hiver, sur des raquettes, avec tous les étrangers, déguisées en sauvagesses ou embarrassées
dans leurs traînes, ou passent l’été à se rafraîchir.
Les garçons, bien trop gr-ñ1ds,° ne pensent plus qu’à boire, seuls,ou. ‘a: ies cantines, à jouer au soldat, à l’école militaire St- Jean, ou à tourner la roulette, pour s’enrichir. Ecoutant toutes les sornettes du jour, ilspréennentles baumes de tous les bons Samaritains, et croient avoir profité de leurs journées de courses, quand ils rapportent,
dans leurs mouchoirs, quelques petites sou-
ricières ou autres attrappes de quelques américains.
Les hommes laissent, là, leurs femmes,
qui se sont ennuyées à la maison ou chez
la voisine, en se chamaillant sur la politi-
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que et sur la religion, ou disputant contre leurs maris, sans oublier la Corporation.
Nous savions bien mieux nous amuser, ensemble, et travailler jusqu’au dimanche, en perdant moins de temps et faisant beaucoup moins de cancans.
Sur les plaines avachies de notre gouvernement, nous avons trop, aujourd’hui, de petits coureurs, que le diable paraît exercer, et,n’en faire que de méchants trotteurs ; tandis que nous avions les meilleurs coursiers du monde.
Les courses, de nos jours, ne sont pas dignes de celles d'autrefois. Il y eut des coursiers célèbres, et des bons Jokies, pour les bien monter.
__ Le nom fameux de Flo, est resté légendaire. On voit encore ce nom figurer sur les meilleurs traineaux de nos glisseurs.
Il avait battu son pére, Snapp, ou le ‘ Borngne,” d’une demie longueur de col; cela lui porta malheur.
Il en mourut à la peine. Les grands cour-
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