‹ Les deux Diane (volume 2)Chapitre 4 sur 27 · IN CONCILIABULE DE PROTESTANS · texte numérisé non relu

IN CONCILIABULE DE PROTESTANS

La maison no il de la place Maubert, où la lettre do La Rcnaudic donnait rendez-vous à Gabriel, était celle d'un avocat nommé Trouillard. On la citait déjà vaguement dans le peuple comme un lieu de réunion des hérétiques. Des chants lointains de psaumes entendus quelquefois lo soir par les voisins avaient accrédité ces bruits dangereux. Mais ce n'étaient que des bruits, et la police du temps n'avait pas encore eu l'idée de les vérifier.

Gabriel trouva sans peine la porte brune, et. d'après les instructions de la lettre, frappa trois coups régulièrement espacés.

La porte s'ouvrit comme d'elle-même, mais uno main saisit dans l'ombre la main de Gabriel, et quelqu'un lui dit:

— N'entrez pas, vous n'y verriez pas clair.

— J'apporte avec moi ma lumière, répondit Gabriel, scion la formule.

— Entrez alors, lui dit la voix, et suivez la main qui vous guide.

Gabriel obéit et fit ainsi quelques pas. Puis, on lo lâcha en disant :

— Allez maintenant.

Gabriel sentit avec son pied la première marche d"un escalier. II compta dix-sept degrés et s'arrêta.

— Que demandez-vous? lui dit une autre voix.

— Ce qui est juste, répondit-il.

Une porte s'ouvrit aussitôt devant lui, et il entra dans une chambre éclairée par une faible lumière.

Un homme s'y trouvait seul, qui s'approcha de Gabriel et lui dit tout bas :

— Genève !

t. ni. 3

— Gloire! repartit sur-le-champ le jeune comte. [.'homme alors frappa sur un timbre, et La Renaudie en

personne entra par une porte dérobée.

Il vint à Gabriel et lui serra ia main affectueusement

— Savez-vous cequift'est passé au parlement aujourd'hui? lui ilemanda-t-il.

— Je ias sorti de chez moi, répondit Gabriel.

— Vous allez donc tout apprendre ici, reprit La Renaudie. Vous ne vous êtes pas encore engagé avec nous, n'importe! nous nous engagerons avec vous. Vous saurez nos seins, voi e ez nos forces ; il n'y aura plus rien do

secret pour vous dans les choses do noire parti. Vous, pendant, vous resterez libre d'agir seul ou avec nous, à votre gré. Vous m'avez dit que vous étiez s d'intention, cela suffit. Je no vous demande même pas votre parole de gentilhomme de ne rien révéler de ce que vous verrez ou entendrez. Avec vous la précaution est inutile.

— Merci do cette confiance i dit Gabrii 1 touché. Je ne vous en ferai pas repentir.

— Entiez avac moi, reprit La Renaudie, et restez à mon côté ; je vous dirai à mesure les noms de ceux de nos frères que vous no connaîtrez pas! Vous jugerez par vousmême de lez.

Il prit Gabriel par la main, poussa le ressort secret de la porte dérobée, et entra avec lui dans une grande salle oblongue où deux cents personnes environ étaient rassemblées.

Quelques flambeaux épars çà et là n'éclairaient qu'à demi les groupes mouvans. D'ailleurs, ni meubles, ni tentures, ni bancs : une chaire de bois grossier pour le ministre ou l'orateur : voilà tout.

La présence d'une vingtaine de femmes expliquait, mais ne justifiait nullement (hâtons-nous de le dire), les calomnies auxquelles donnaient lieu parmi les catholique conciliabules nocturnes et secrets desréformés.

Personne ne remarqua l'entrée de Gabriel et de son guide. Tous les yeux et toutes les pensées étaient toui ïrers celui qui occupait dans le moment la tribune : reiigionnaire au front triste et à parole grave.

LES DEUX DIANE. <w

lie le nomma à Gabriel.

— au parlement Nicolas Duval, lui

dit-il il vient do commencer lei le ce qui

nircThui aux Auguslins. Ecoul ibri I écou a — ' ille ordinaire du pal oail rorateor,

étant

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prem lis, mais l'aspect de

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nri Dufaur prenait pour rterless iut à

. et l'huissier du parlement haut : Le roi.

» I. rut nullement surpris, et descend

it du roi. Teu uns tout .

■r t calmes et comn à ce qui arri-

entra accompagné du cardinal do Lorraino et du

» —Je ne ri 'aux, messieurs du

-il d'abord,

» ; [uelqu mens insignifians, il termina

en dï-ant :

»- il esteenclue av oflca-

res, il y a eu d |ui se

sont sen ceroyauu Ire comme

la guerre. Pourquoi n'avez-vous pas entériné un édit con-

tro les luthériens que je vous ai mandé?... Cependant, je le répète, continuez à poursuivre librement en ma présence les délibérations commencées.

» Henri Duf'aur qui avait la parole la reprit courageusement sur ce mot du roi, plaida la cause de, la liberté de conscience, et ajouta même a ce hardi plaidoyer quelques averlissemens tristes et sévères sur la conduite du gouvernement du roi.

» — Vous vous plaignez des troubles? s'écria-t-il. Eh bien! nous en savons l'auteur. On pourrait répondre ce qu'Élie disait à Achab : « C'est vous qui tourmentez Israël!»

» Henri II se mordit les lèvres en pâlissant mais garda le silence.

» Alors Dubourg se leva et fit entendre des remontrances plus directes et plus sérieuses encore.

» — Je sens, dit-il, qu'il est certains crimes, Sire, qu'on doit impitoyablement punir, tels que l'adultère, le blasphème, le parjure, qu'on favorise tous les jours par le désordre et les amours coupables. Mais de quoi accuse-t-on ceux qu'on livre au bras du bourreau? De lèse-majesté? Jamais ils n'ont omis le nom du prince en leurs prières I Jamais ils n'ont ourdi de révolte ou de trahison ! Quoi ! parce qu'ils ont découvert par les lumières des Saintes Écritures les grands vices et les honteux défauts de la puissance romaine, parce qu'ils ont demandé qu'on y mît ordre, est-ce une licence digne du feu?

» Le roi ne bougeait toujours pas. Mais on sentait couver sourdement sa colère.

» Le président Gilles Lemaîtrc voulut flatter bassement cette rancune muette.

» — Il s'agit des hérétiques ! s'écria-t-il avec une feinte indignation. Qu'on en finisse avec eux comme avec les Albigeois : Pbilippe-Auguste en a fait brûler six cents le môme jour.

» Ce langage violent serrait peut-être encore plus la bonne cause que la fermeté modérée des nôtres. Il devenait évident qu'en définitive le résultat des opinions allait être au moins balancé.

■ Henri II le comprit et voulut tout brusquer par un coup d'état

» — Monsieur le président a raison, dit-il. 11 faut en finir avec les hérétiques, où qu'ils se réfugient. Et, pour commencer, monsieur le connétable, qu'on arrête sur-lechamp ces deux rebelles.

« Il monira de la main Henri Dufaur et Anne Dubourg, et sortit précipitamment comme ne pouvant plus contenir son courroux.

» Je n'ai pas besoin de vous dire, amis et frères, que monsi» ur de Montmorency obéit aux ordres du roi. Dubourg et Dufaur furent enlevés et saisis au corps en plein parlement, et nous demeurâmes tous consternés.

» Gilles Lemaîlre trouva seul le courage d'ajouter :

» — C'est justice ! Ainsi soient punis tous ceux qui oseraient manquer de respect à la majesté royale I

» Mais, comme pour le démentir, des gardes entrèrent de nouveau dans l'enceinte des lois, et, en exécution d'autres ordres qu'ils produisirent, arrêtèrent encore de Foix, Fumée et de La Porte, qui avaient parlé, eux, avant l'arrivée du roi, et s'étaient bornés à défendre la tolérance religieuse, sans articuler contre le souverain le moindre reproche.

» il é'ait donc certain que ce n'était pas pour leurs remontrances au roi mais bien pour leurs opinions religieuses que cinq membres inviolables du parlement venaient, au moyen d'un guet-apens odieux, de tomber sous le coup d'une accusation capitale. »

Nicolas Durai se tut. Les murmures de douleur et de colère de l'assemblée avaient interrompu vingt fois et suivirent plus énergiquemeut que jamais le récit de cette grande et orageuse séance qui, pour nous, à distance, semble en vérité appartenir à une autre assemblée, et a l'air de s'être passée deux cent trente ans plus tard.

Seulement, deux cent trente ans plus tard, ce n'était pas la royauté, c'était la liberté qui devait avoir le dernier mot 1...

Le ministre David succéda dans la chaire à Nicola? Du val.

— Frères, dit-il, avnnt la délibération, pour que Dieu i'anime de son esprit de vérité, élevons ensemble vers lui par quelque psaume nos voix et nos pensées

— Le psaume -'<()! crièrenl plusieurs des réformés. Et tous se mirent à entonner ledit psaume;

Il étail singulièrement choisi pour rétablir le calmi\ C'était beaucoup plus, il faut l'avouer, le chant de la menace que l'hymne de la pri are.

Mais l'indignation débordait en ce moment dans les âmes, et c'était d'un accent pénétré que tous chantaient ces strophes, où leur émotion remplaçait presque la poésie absente :

Gens insensés, où avez-vous les cœurs D f ir .:-.■ ■•■! ,;i Jésus-Christ? Pour soutenir c t Ante-Christ, Jusques à quand serez persécuteurs?

Traînes abominables!

Le service des diables Vous a lez soutenant;

Et d,: Dieu les édits Par vous sont interdits A tout homme vivant.

La iernière stance était surtout significative :

N'empêchez plus la prédication De la parole ■ i viv voix De notre Dieu, le roi des rois!

Ou vous verrez sa malédiction

Sur vous, prompte, s'étendre,

Oui v>us fera descendre

Aux enfers ténébreux,

Où vous serez punis

Des maux qu'avez commis

Par touruiens douloureux.

Le psaume terminé, comme si ce premier cri vers Dieu eût déjà soulagé les cœurs, le silence se rétablit et la délibération put s'ouvrir,

La Renaudie prit le premier la parole pour en préciser i'abord les termes al Le sens.

— Frères, dit-il de sa place, on présence d'un lail inouï qui renverse toutes las idées du droit et de l'équité, avons à déterminer la conduite que doit tenir le parti de laréfprme? Allons-nous patienter encore, ou bien agironsnous? et, dans ci» cas, comment agirons-nous? telles sont les questions que chacun doit ici se poser et résoudre selon sa conscience. Vous voyez que nos persécuteurs ne parlent de rien moins qui1 d'un massacre universel, el prétendent nous rayer tous de la vie comme un mot mai écrit d'un livre. Attendrons-nous docilement le coup mortel? Ou bien, puisque la justice et la loi sont violées par ceux-là mêmes dont le devoir est de les protéger, essaierons-nous de nous faire justice à nous-mêmes et de substituer pour un moment la force à la loi?... A vous de répondre, frères et amis.

La Kenaudie fit une courre pause, comme pour laisser le temps au redoutable dilemme de se* poser bien nette-i ment dans tous les esprits ; puis, il reprit, voulant à la fois éclairer et hAter la conclusion :

— Deux partis divisent, nous le savons malheureusement tous, ceux que la cause de la réforme et de la vérité devrait réunir : il y a parmi nous le parti de la noblesse et le t:arti de Genève; mais, devant le danger et l'ennemi commun, il sied, ce me semble, que nous n'ayors qu'un cœur et qu'une volonté. Les membres de l'une r ! l'autre fraction sont également invités à donner leur avis et h proposer leurs moyens. Le conseil qui offrira les meilleures chances de réussite, de quelque part qu'il vienne, doit être universellement adopté. Et maintenant, parlez, amis et frères, en toute liberté et en toute confiance.

Le discours de La Renaudie lut suivi d'une assez longue hésitation.

Ce qui manquait justement à ceux qui l'écoutaient, c'était la liberté, c'était la confiance.

Et, d'abord, malgré l'indignation dont tous les cœurs étaient réellement pleins, la royauté conservait alors un trop grand prestige pour que les réformés, conspirateurs

novices, osassent exprimer tout de suite franchement et sans arrière-pensée leurs idées de rébellion armée. Ils étaient résolus et dévoués en masse ; mais chacun en particulier reculait devant la responsabilité d'une première motion. Tous voulaient bien suivre le mouvement, aucun n'osait le donner.

Puis, ainsi que La Renaudie l'avait fait entendre, ils se défiaient les uns des autres ; chacun des deux partis ne savait où l'autre le conduirait, et cependant leurs buts étaient, en vérité, trop dissemblables pour que le choix du chemin et des guides leur fût indifférent.

En effet, le parti de Genève tendait en secret à la république, et celui de la noblesse seulement à un changement de royauté.

Les formes électives du calvinisme, le principe de l'égalité que posait partout la nouvelle église, menaient directement au système républicain dans les conditions adoptées par les cantons suisses. Mais la noblesse ne voulait pas aller si loin, et se serait contenté, d'accord avec .la reine Elisabeth d'Angleterre, de déposer Henri II et de le remplacer par un roi calviniste. On nommait tout bas d'avance le prince de Condé.

On voit qu'il était difficile de faire concourir à une œuvre commune deux élémens plus opposés.

Gabriel s'aperçut donc avec regret, après le discours de La Renaudie, que les deux camps presque ennemis se mesuraient d'un œil défiant, sans paraître songer à tirer les conclusions des prémisses si hardiment établies.

Une ou deux minutes se passèrent, au milieu d'un murmure confus, dans ces indécisions douloureuses. La Renaudie en était à se demander si, par sa trop brusque sincérité, il n'avait pas involontairement détruit l'effet du récit do Nicolas Duval. Mais, puisqu'il était entré dans cette voie, il voulut tout risquer pour sauver tout, et, s'adressant à un petit homme maigre et chélif, aux sourcils épais et à la mine bilieuse, qui se tenait dans un groupe voisin de lui :

— Eh bien 1 Lignières, lui dit-il à voix haute, n'allez- vous

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pas parler à nos frères, et leur dire uno fois co que vous avez sur le cœur?

— Soit ! répondit le petit homme dont le regard sombro s'enflamma. Je parlerai, mais alors sans rien céder et sans Itténuer rien !

— Allez, vous êtes avec des amis, reprit La Renaudie. Tandis que Lignières montait dans la chaire, le baron

dit à l'oreille de Gabriel :

— J'emploie là un dangereux moyen. Ce Lignières est un fanatique, de bonne ou de mauvaise foi? je l'ignore, qui pousse fes choses cà l'extrême et provoque plus de répulsions que de sympathies. Mais n'importe ! il faut à tout prix savoir à quoi nous en tenir, n'est-ce pas?

— Oui, que la vérité sorte enfin de tous ces cœurs fermés ! dit Gabriel.

— Lignièies et ses doctrines genevoises ne l'y laisseront pas dormir, soyez tranquille 1 reprit La Ronaudie.

L'orateur en effet débuta fort ex abrupto.

— La loi elle-même vient d'èlre condamnée, dit-il. Quel appel rous reste ? l'appel à la force et aucun autre ! Vous demandez ce qu'il convient de faire ? Si je ne réponds pas à cette 'iiiestion, voici quelque ebose qui pourra y répondre à ma place.

Il éleva et montra une médaille d'argent.

— Cette médaille, reprit-il, parlera plus éloquomment que ma parole. Pour ceux qui, de loin, ne peuvent la voir, >e dirai ce qu'elle représente : elle offre l'image d'une épée flamboyante qui tranebe un lis dont la tige se courbe et tombp. Auprès, le sceptre et la couronne sont roulés dans la poussière.

Lignières ajouta, comme s'il eût craint de n'être pas bien compris :

— Les médailles d'ordinaire servent à la commémoration des faits accomplis : que celle-ci serve à la prophétie d'un fait à venir 1 Je ne dirai rien de plus.

Il en avait dit bien assez ! Il descendit de la chaire au milieu des applaudissemens d'une faible portion do l'assemblée et des murmures d'un plus grand nombre.

Mais l'attitude générale ce fut le silence de la stupeur.

— Allons 1 dit La Ronaudie à voix basse à Gabriel, ce n'est pas celte corde-là qui vibre le plus parmi nous. A une autre.

— Monsieur le baron do Castelnau, reprit-il tout haut en nterpellant un jeune homme élégant et pensif, appuyé contre la muraille à dix pas de lui ; monsieur do Castelnau, n'avez-vous à votre tour rien à dire?

— Je n'aurais on rien à dire peut-être, mais j'ai à répondre, répondil lé jeune homme.

— Nous écoutons, dit La Renaudie.

— Celui-ci, ajouta-t-il en se penchant à l'oreille de Gabriel, appartient au parti des gentilshommes, et vous avez dû le voir au Louvre le jour où vous avez apporté la nouvelle de la prise de calais. Castelnau, lui, esl Franc, loyal et bravo. Il plantera son drapeau tout aussi hardiment quo

ères, ot nous verrons s'd est mieux ace Castelnau resta sur l'une des marches de la chaire, et ce fut do là qu'il parla :

— Je commencerai, dit-il. comme les orateurs qui m'ont précédé. On nous a frappés avec l'iniquité, défendons-nous avec l'iniquité. Menons en champ ouvert parmi les cuirasses la guerre qu'on a portée dans le parlement parmi les robes rouges I... Mais je diffère d'opinion sur le reste avec monsieur de Lignières. Moi aussi j'ai une médaille à vous montrer. La voici. Ce n'est pas îa sienne. De loin, elle vous paraît ressembler aux écus monnayés qui sont dans nos bourses C'est vrai, elle présente aussi l'effigie d'un roi couronné. Seulement, au lieu do : Henricus Il3 rex Galliœ, l'exergue porte : Ludovicus XIII, rex Galliœ (1). J'ai dit.

Le baron de Castelnau quitta, le front haut, sa place. L'allusion au prince Louis de Condé était flagrante. Ceux qui avaient applaudi Lignières murmurèrent, ceux qui avaient murmuré applaudirent.

Mais la masse restait encore immobile et muette entre les deux minorités.

(1) Ces deux curieuses et étranges médailles existent au cabinet des médailles.

— Que veulent-ils donc? demanda bas Gabriel à La Renaudie.

— J'ai peur qu'ils ne veuillent rien! lui répondit le baron.

En ce moment, l'avocat Des Avenollcs demanda la parole.

— Voici, je le crois, leur homme, reprit La Renaudie.

est mon hôte quand je suis à Paris : un e -' prit honnête et sage, mais trop prudent, trop timide mémo. Son avis fera leur loi.

. son début, donna raison aux prévisions de La Renaudie.

— Nous venons, dit-il, d'entendre de courageuses et

iud icieuses paroles. Mais Le moment était-il réélit venu de les prononcer ? No va-t-on pas un peu trop vite? On nous montre un but élevé, mais on ne parle pas des moyens. Ils ne peuvent èlre que criminels. Plus qu'aucun de ceux qui sont ici, j'ai l'âme navrée de la persécution qu'on nous fait subir. Mais quand nous ucore tant de préjugés à vaincre, faut-il, de plus, jeter sur la caus l'odieux d'un assassinat? Oui, d'un assassinai ! car voas ne pourriez obtenir par une autre voie le résultat que vous oa z nous montrer.

De- applaudissemens presque unanimes interrompirent Des Avenelles.

— Que disais-je? murmurait tout bas La Renaudie. Cet avocat est leur véritabl i expression 1

Des Avrnel'S reprit :

— Le roi est dans la vigueur et la maturité de l'âge. Pour l'arracher du tronc, il faudrait l'en précipite?* Quel homme vivant prendrait sur soi une telle Les rois sont divins, Dieu seul a droit sur eux ! Ali ! si quelque accident, quelque mal imprévu, quelque attentai privé même, atteignait en ce moment la vie du roi e* mettait la tutelle d'un roi enfant aux mains des insol ..qui nous oppriment !... alors, ce serait celle tutelle et non la royauté, ce seraient les Guises et non François II qu'on attaquerait. La guerre civile deviendrait louable et la révolte sainte, el je vous crierais le premier : Aux armes 1

Cette énergie de la timidité frappa d'admiration l'assemblée, et de nouvelles marques d'approbation vinrent récompenser le courage prudent do Des A venelles.

— Ah ! dit tout bas La Renaudie à Gabriel, je regrette maintenant de vous avoir fait venir. Vous devez nous pren dre en pitié.

Mais Gabriel pensif se disait en lui-même :

— Non, je n'ai point à leur reprocher leur faiblesse ; car elle ressemble à la mienne. Comme je comptais secrètement sur eux, il semble qu'ils comptent sur moi.

— Que prétendez-vous donc faire ? cria La Renaudie à son hôte triomphant.

— Rester dans la légalité, attendre! répondit résolument l'avocat. Anne Dubourg, Henri Dufaur et trois de nos amis du parlement ont été arrêtés ; mais qui nous dit qu'on osera les condamner, les accuser même? M'est avis que la violenee de notre part pourrait bien n'aboutir qu'à provoquer celle du pouvoir. Et qui sait si notre réserve n'est pas justement le salut des victimes ! Ayons le calme de la force et la dignité du bon droit. Mettons tous les torts du côté de nos persécuteurs. Attendons. Quand ils nous verront modérés et fermes, ils y regarderont à deux fois avant de nous déclarer la guerre, comme je vous prie, amis et frères, d'y regarder à deux fois vous-mêmes avant de leur donner le signal des représailles.

Des Avenelles se tut, et les applaudissemens recommencèrent.

L'avocat, tout glorieux, voulut constater sa victoire.

— Que ceux qui pensent comme moi lèvent la main ! reprit-il.

Presque toutes les mains se dressèrent pour rendre témoignage à Des Avenelles que sa voix avait été celle de l'assemblée.

— Voilà donc, dit-il, la décision prise...

— De ne rien décider du tout, interrompit Castelnau.

— D'ajourner jusqu'à un moment plus favorable les partis extrêmes, reprit des Avenelles en jetant un regard furieux sur l'interrupteur.

Le ministre David proposa de chanter un nouveau psau-

me pour demander à Dieu la délivrance des pauvres prisonniers.

— Allons nous-en, dit La Rcnaudie à Gabriel. Tout ceci m'indigne et m'irrite, Ces gens-là ne savent que chanter. Ils n'ont de séditieux que leurs psaumes.

Quand ils furent dans la rue, ils marchèrent en silence, absorbés qu'ils étaient tous deux par leurs pensées.

Au pont Notre-Dame, ils se séparèrent, La Renaudie retournant dans le faubourg Saint-Germain, et Gabriel à l'Arsenal.

— Adieu donc, monsieur d'Exmès, dit La Renaudio. Je suis tâché de vous avoir fait perdre votre temps. Croyez, cependant, que ceci n'est pas tout à fait notre dernier mot. Le prince, Coligny, et nos meilleures têtes, nous manquaient ce soir.

— Je n'ai pas perdu mon temps avec vous, dit Gabriel. Voua vous en convaincrez peut-être avant peu.

— Tant mieux I tant mieux ! reprit La Renaudie. Pourtant, je doute...

— Ne douiez pas, dit Gabriel. J'avais besoin de savoir si les protestans commençaient vraiment à perdre patience. Il m'est plus utile que vous ne croyez de m'être assuré qu'ils ne sont pas las encore.

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