ACTE PREMIER
HENRIETTE
Crois-tu que j'aurais convoqué mon père et ma mère, s'il s'était agi d'une simple plaisanterie ?
EDOUARD
Comment, tu veux?... tu veux?...
HENRIETTE
Je suis tout à fait décidée.
Mais à quoi?... à quoi?
HENRIETTE
A quoi?... A dîner ce soir avec maman, à coucher chez elle et à partir demain avec elle pour Dijon. Après quoi, je suis également résolue à divorcer dans les délais strictement nécessaires.
EDOUARD
Tu ne veux ])as me pardonner?
HENRIETTE
Mais je te pardonne... Je te pardonne comme je t'ai pardonné la dernière fois et les autres l'ois avant. Seulement, entre la dernière fois et cette fois-ci, il va une petite différence : c'est que la dernière fois je t'aimais encore, lu me paraissais indispensable à ma vie ; l'idée de me séparer de toi m'affolait, tandis qu'aujourd'hui...
EDOUARD
Tu ne m'aimes plus ?
HENRIETTE
Non.
EDOUARD
Tii ne m'aimes plus ?
HPJNRIETTE
Je ne t'aime plus... C'est fini, tu m'en as trop fait. Si je t'aimais encore, je ne serais pas si tranquille, tu peuxen être sûr... J'aurais déjà pleuré... je t'aurais déjà traité de misérable, et nous serions déjà même réconciliés.
EDOUARD
Alors, tu n'as plus aucune affection pour moi ?
HENRIETTE
Mais si, j'en ai. Tu n^es pas méchant; si j'étais malade, tu me soignerais très bien, tu l'as déjà fait. Une fois .divorcée, je te reverrai avec le plus grand plaisir... Mais comme mari, tu n'es pas possible. Je t'assure que tu n'es pas possible. Je me suis bien appliquée, j'ai fait ce que j'ai pu; mais décidément je ne peux pas m'habituer à
c)2 LES DEUX ECOLES
être trompée tout le temps, avec cette désinvolture. Vois-tu, en nous mariant, nous avons commis la grosse erreur. Ce qu'il t'aurait fallu, à toi, c'est une petite femme comme nous en connaissons tant, coquette, piaffante, effrontée, qui t'aurait tenu sur le qui-vive, aurait flirte avec tes amis, et ne t'aurait inspiré aucune confiance. Alors, tu aurais été très heureux.
EDOUARD
Mais je suis très heureux.
HENmETTE
Ça ne suffit pas dans un ménage. Moi, je suis trop bonne lille. Tu t'es aperçu tout de suite que; j"(''tais iucapable de te Iromper, et en effet, j'en suis incapable. Je ne l'ai jamais aulaiil regretté ([u'aujourd'hui.
EDOUARD
Faisons encore une expérience, lien-