LE SOPHISTE EST-IL L’ŒUVRE DE PLATON
Tous les écrits attribués communément à Platon et publiés sous son nom sont-ils vraiment de la main du grand philosophe ? Déjà l’antiquité tenait pour suspects quelques dialogues : le nombre s’en est notablement accru à la suite des patientes investigations de la critique moderne. Mais jusqu’ici il ne s’agissait en général que de compositions d’une importance relative assez médiocre, telle que leur suppression modifiait à peine l’ensemble de la doctrine et en tout cas y laissait subsister ces divergences et ces contradictions, véritable désespoir des interprètes du platonisme.
Mais peu à peu la critique a pris de la hardiesse et elle a osé s’attaquer à ce que l’on regardait comme des postes avancés de la citadelle platonicienne. Le Parménide , le premier, a été contesté à Platon (1) et ceux-là mêmes qui ne jugent pas concluants les arguments invoqués dans le débat ne peuvent s’empêcher de les considérer comme sérieux.
Le Sophiste ne tomberait-il pas sous le coup d’une condamnation ou tout au moins d’une prévention analogue ? Une lecture attentive m’a conduit à cette conviction et si téméraire que puisse paraître ce dessein, je voudrais du moins essayer de le justifier. Sans m’arrêter aux objections très-légitimes qu’on est en droit de tirer des personnages mis en scène, du caractère singulier de l’introduction, des allures anormales de l’entretien, et plus encore de la méthode qui est ici exposée et pratiquée, sans même constater combien les étranges définitions tour à tour proposées pour le Sophiste rappellent peu la véritable pensée de Platon, je vais
(1) Cf. le volume intitulé: De V authenticité du Parménide, Paris, Thorin, 1873.