ROBERT, ARTHUR
ROBERT
Bravo , Robert ! c'est très bien !... on n'est pas plus studieux, et mon gouverneur serait enchanté s'il te voyait!...
ROBERT
Ah! monsieur, c'est une petite distraction... je m'ennuie tant dans l' exercice de mes fonctions!...
ARTHUR
Il me semble que je te paie assez cher pour ça?
C'est que mon rôle devient trop difficile; votre gouverneur ne peut pas manquer de découvrir que vous m'avez fait prendre votre place pour vous débarrasser de lui.
ARTHUR
li ne se doute de rien. Lorsqu'il y a deux ans, j'eus le malheur de perdre mon père, avec lequel j'habitais Paris mou oncle Worset fut effrayé de savoir son neveu seul dans celte capitale; il voulut continuer le système d'éducation adopté pour moi ; car, tu le sais, il m'est prescrit de ne parler (jue français jusqu'à ma majorité, et mon oncle m'expétiia de Londres ce vieux pédant pour me servir de mentor...
ROBERT
Et c'est moi qui eus Je mallieiir d'en profiter!...
ARTHUR
Que pouvais-je faire?... me remettre sous la férule à mon âge ?... pas du tout , je l'ai métamorphosé en Anglais, je t'ai loué dans cet hôtel un appartement magnifique et maintenant te voilà lord Arthur.
ROBERT
Et si votre oncle arrivait ici ?
ARTHUR
Il est à Londres, et il a la goutte!...
ROBERT
Deux bonheurs pour un!...
ARTHUR
Tu vois donc bien que je peux profiter de ma liberté pour m'amuser et dépenser mon argent. Au diable les études sérieuses ! moi je trouve que j'en sais assez.
Air : Pour qu'on m'appelle original. (Julien.)
Jusqu'ici j'ai traité sans cesse La science en enfant gâté , Et des beaux jours de ma jeunesse . L'étude a toujours profité.
Maintenant c'est une autre affaire , Le tour du plaisir est venu .
Et je m'occupe à ne rien faire Pour rattraper le temps perdu.
EOBERT.
C'est bien naturel... Mais où diable voire oncle a-t-il déterré un gouverneur de cette espèce-là? enfin il ne lui manque pas un seul ridicule!... ne s'est-il pas habillé à l'anglaise!... par flatterie pour son élève?...
ARTHUR
M. Cogé! il vient des bords de la Tamise, où il était professeur de littérature française...
ROBERT
Et il a repassé la Manche pour me tourmenter.
ARTHUR
De quoi te plains-tu?... dans cet hôtel on te croit le neveu de lord Worset , on te traite avec tous les égards dus à ton rang. . et moi , sous le nom de Williams, je ne passe que pour ton ami... tu as le plus beau rôle !...
ROBERT
J'aimerais mieux le vôtre !
Comment! lorsque lant de gens paient pour être instruits, toi o)i te paie pour l'instruire!...
ROBERT
C'est (le l'argent bien gagné!
ARTHUR
Etudie, voilà tout ce qu'on te demande ; mais n'apprends rien si tu veux...
ROBERT
Tiens! je n'apprends rien non plus ; pas si bêle!
ARTHUR
Quant à moi, je me divertis; je cours les sociétés, je joue , je fais des conquêtes , je dépense , j'emprunte , enfin je <leviens un jeune homme de bon ton ; et c'est nouveau pour un Anglais!
ROBERT
Et votre cousine Fanny? elle est joliment oubliée dans tout ça!
ARTHTJB.
Ma cousine Fanny? ah! je l'aime loujours ; mais elle est si jeune ! on nous a promis l'un à l'autre dès Tâge de dix ans ; je sais bien que ce n'est qu'une passion d'enfant, mais c'est égal , c'est la première et le souvenir reste!... Cela ne m'empêche pas de prendre du bon temps en attendant que ma cousine grandisse.
ROBERT
Allons , je vois que vous menez joyeuse vie , tandis que moi j'ai toujours un vieux surveillant qui me suit partout comtoe un recors , et qui me dorlotte comme un enfant... et pourquoi ça , je vous le demande ? '^ ■
Parce que ta santé lui est précieuse!... Mon oncle Jui fait une rente viagère sur ma tête...
ROBERT
Ah ! je ne savais pas !... Est-ce voire oncle aussi qui a imaginé ce que l'autre appelle mes récréations?
ARTHUR
Tu as des récréations?
ROBERT
/.t de bien amusanlcs , je vous jure!... Le soir il me mène tantôt à l'Alhénéc et tantôt à des cours de physique , et ])uis il me cause des fausses joies... Une fois il me parle d'aller dans une sociélé moi je croyais danser, j'étais <léjà
content... Eh! bien , savez-vous dans quelle société je me suis trouvé ?
ARTHUR
Non...
ROBERT
Dans Ja société philoteehnique...
ARTHUR , riant.
Ahl ah ï ah! malheureux!...
ROBtRT.
C'est à n'y pas tenir...