‹ Les deux étrilesChapitre 18 sur 142 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

que du joli effet produit par les trois montants de la potence anglaise, réunis à leur sommité par • les traverses de bois formant triangle, et dont la silhouette pittoresque séduisait les dessinateurs ? C'est une question délicate à résoudre. Ces représentations, quelque grossières qu'elles fussent, se recommandaient par la fidélité et l'exactitude technique. Malgré la barbarie du dessin et les monstrueuses licences anatomiques, les mouvements et les altitudes des petits personnages suspendus offraient cette vérité saisissaule que l'art le plus avancé n'atteint pas toujours ; les nœuds coulants étaient bien placés, et montraient des spectateurs assidus du théâtre de Tyburn.

Os grotesques esquisses, tracées avec une jovialité terrible, faisaient rire et faisaient trembler. Plusieurs coupes, épures et élévations de la prison de Newgate, alternaient avec cet aimable sujet, et, à défaut de correction architecturale, montraient une grande connaissance et un vif souvenir des lieux. Des (êtes du profil le plus bizarre, tenant des pipes entre leurs dents, y faisaient la grimace à des lions couronnés et autres bêtes apocalyptiques; des vaisseaux plus fantastiques que ceux de Della-Bella s'y dandinaient sur des mers impossibles. Tout cela était Iracé à grands traits, et sans beaucoup de respect,

de la ligure voisine ; des dates, des chiffres et des lettres' d'une calligraphie hasardée compliquaient cet effroyable grimoire, où les seuls mois lisibles étaient : paresse, vice et crime.

L'ornementation de la salle n'avait cependant pus ('-lé laissée tout entière à ces fantaisistes de rencontre ; un art plus cultivé se faisait sentir dans les pancartes gravées sur bois et coloriées , représentant le < handelier d'or aux sept branches mystiques, la chaste Suzanne et les vieillards, le portrait de George 111, le retour de l'enfant prodigue, les principales poses de la boxe, les exploits de Jack Sheppard et de Jonathan Wild, ces Cid et ces Bernard del Carpio du Romancero picaresque, des combats de coqs et des prises de bouledogues célèbres, des courses d'Epsom et de Ncw- Market, etc., etc.

Une atmosphère chaude , étouffante , chargée de miasmes de charbon de terre , de fumée de tabac et de l'acre parfum du wiskey, flottait dans cette chambre et prouvait, de la part de ceux qui la pouvaient soutenir, des nerfs olfactifs bien robustes.

Pourtant, les trois ou quatre individus qui s'y tenaient ne semblaient pas en souffrir. Au contraire , une sensation de grossier bien-être épanouissait leurs faces plombées et communes.

Ils portaient des habits noirs, des gilets de

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