ACTE SECOND, mad. WOLF, d’un ton revêche
Mais ce n’est pas ici votre place.
B U L L E R , tranquillement.
Un honnête homme n’est déplacé nulle part.
mad. wolf.
Le Capitaine est malade.
Hé bien ! je bois à sa santé.
mad. WOLF, ironiquement.
Et très - souvent , même!
B U L L E R , appuyant.
Mais non pas aux dépens d’autrui.
mad. WOLF, d’un air doux.
Ce que j’en dis, c’est par intérêt pour vous. On ruine sa santé en buvant à celle de tout le monde.
B ULLER, la regardant avec mépris.
Je ne bois pas à la santé de tout le monde.
mad. WOLF, à part.
Le brutal !
Et lorsqu’on ne boit qu’à celle des honnêtes gens, on ne risque pas de s’enivrer: n’est-ce pas, madame Volff?
mad. WOLF, d’un ton doux.
Quelle méchante liqueur buvez- vous donc là ?
Du vin — oh ! il n’est pas cher.
mad. W OLF, avec amitié.
Mon cher Buller , demandez-moi du vin , à moi , et je vous en donnerai dont vous me direz des nouvelles.
B U E L E R , la regardant fixement.
Je n’ai pas besoin d’opium pour endormir ma conscience.
mad. wolf.
Vous parlez toujours probité, honneur.... Mais vous êtes un singulier homme; — Car enfin , parlons à cœur ouvert : — pourquoi sert-on les riches? BULLER.
Pour vivre.
mad. w o L F.
Et pour s’assurer un sort.
BULLER
Non ; mais pour mériter qu’on vous l’assure.
mad. wolf.
Le Capitaine a beaucoup de bien.
BULLER
Il l’a gagné au péril de sa vie.
mad. wolf.
Il n’a point d’enfant.
BULLER, avec une expression marquée.
Il a un frère et une nièce.