‹ Les deux Frontins comedie en un acte, en versChapitre 12 sur 37 · SCÈNE VII · texte numérisé non relu

SCÈNE VII

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GASTINEAU.

Voyons, que feras-tu ?

DUHAMEL, avec une exaltation comique.

Ce qu’on fait à Paris :

Babylone moderne, océan de délices !

J'aime le bal, le jeu, les soupers, les coulisses;

J’aime tout ce qu’on fait dans ce monde vivant,

Et tout ce qu’on y donne, et tout ce qu’on y vend !

Si je lis un roman moderne, je m'exalte En songeant que mon pied va fouler cet asphalte Où je puis chaque jour voir luire à mon côté,

Sous le châle ou le frac, l’esprit et la beauté I Astres du boulevard qui, sur leur beau domaine. Choisissent, tous les soirs, l’heure où l’on se promène! O Paris! je te tiens! dans tes murs je renais!

Capitale inconnue, enfin je te connais !

GASTINEAU.

Il est devenu fou !

DUHAMEL

Qui?

GAST INEAU.

Toi... Cela t'offense?

Je ne retrouve plus mon vieil ami d’enfance,

Mon sage Duhamel...

DUHAMEL

Donc Duhamel a tort Si ce sage vivant ne veut plus être mort?

GASTINEAU.

S’il veut vivre à Paris, â son Age, en jeune homme...

DUHAMEL

Mais...

* GASTINEAU.

Oui, ce Duhamel, sur-le-champ je le nomme Fou, comme en n’en voit pas aux Petites-Maisons.

DUHAMEL

Bien ! j’ai reçu l’offense, et j’attends les raisons.

GASTINEAU.

Les raisons? les voici : — Duhamel, tu te lèves. Après un long sommeil, le front rempli de rêves; Tu tombes de la nue, et tu ne connais pas J.e dangereux terrain où s’égarent tes pas;

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LES DED X FRONTINS.

Je le connais I Tu viens, comme un bon patriarche. Crédule et primitif, avec les mœurs de l’arche.

Pour payer à prix d’or ces plaisirs tapageurs Vantés par les chansons des commis voyageurs.

Naïf provincial, je te donne une année Pour voir ta caisse vide et ta fraîcheur fanée;

Pour voir, devant l’arrêt d’un coup de dé fatal, Partir tes revenus avec ton capital.

Car on l’entraînera dans ces salons infâmes Où l’on sait biseauter les cartes et les femmes ;

Tu connaîtras bientôt ces soupers où l’on sert L’ivresse à chaque plat, les cartes au dessert;

Où d'un faux colonel la veuve et l’orpheline Vont tendre leurs filets tissus en crinoline;

Où l’aube voit toujours vingt joueurs assoupis Sur le vin de la nappe ou le punch du tapis I Voilà ce qui t’attend, voilà ce qui t’invite.

Ami, suis mon conseil; hâte-toi, rentre vite Sous le toit paternel; vis comme tu vivais;

Lis et joue au bostori quand le temps est mauvais; Quand il fait beau va voir ton jardin, tes voisines; Va voir tourner la roue au moulin des usines; Intente des procès à des voisins jaloux ;

Pèche, fais-toi chasseur, tends des pièges aux loups Vois coucher le soleil, contemple la nature, Infuse-toi le goût de la pisciculture ;

Avec ce court programme, avant nous inventé.

On garde deux trésors : l’argent et la santé I

Il est fou!

Qui?

Toil

DU HAMEL

G ASTI NE AU

DUHAMEL

G ASTI N EAU

Bon!

DUHAMEL

Toi.

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