‹ Les deux Frontins comedie en un acte, en versChapitre 21 sur 37 · SCÈNE XIII · texte numérisé non relu

SCÈNE XIII

DUHAMEL, puis ARTHUR, qui a tout écoulé au fond. Il se frotte

les mains.

DUHAMEL, descendant à droite.

Me voilà marié !

ARTHUR, à part.

Marié !.. pas encore...

Point de femme chez moi...

DUHAMEL

Je sens que je l’adore ;

Nos âges sont d’accord : elle a vingt ans, je crois,

Et moi, depuis sept ans, j’en ai quarante-trois...

(il Toit Arthur qui fait un moutement.)

Écoute!...

(Arthur fait un mouvement.)

Ëcoutez-moi...

ARTHUR

Parlez...

DUHAMEL

Je me marie...

ARTHUR, avec un sourire d’incrédulité.

Ah!

DUHAMEL

Sérieusement...

ARTII U R,

Quelle plaisanterie !

DUHAMEL

Tu me trouves...

ARTniJR.

Pardon...

DUHAMEL, se reprenant.

Vous me trouvez plaisant?

Eli! sans doute! vivons comme on vit à présent.

Chaque siècle a scs mœurs... Voyons, qui se marie ? Qu'on me cite un seul nom ! Allez à la mairie Et lisez le tableau; là, sout emprisonnés De pauvres artisans au travail condamnes,

Des bourgeois qui, lassés d’avoir des jours prospères. Veulent être maris pour imiter leurs pères;

Mais des gens comme il faut, des hommes de loisir,

Qui n'ont que l’embarras, lorsqu’ils veulent choisir. Vous n’en trouverez point sur la liste fatale Que, sur ses murs jaunis, une mairie étale !

Et vous. Monsieur, et vous, qui, dans un vieux château Bien triste, avez bâillé trente ans incognito,

Libre enfin, secouant la province mortelle,

À peine émancipé, vous rentrez en tutelle !

Vous suivez le conseil d’un caprice coûteux,

Qui met la chaîne au pied et vous rendra boiteux !

Non, non, vous avez droit à d’autres destinées;

Vou3 devez embellir vos plus jeunes années,

Garder libres toujours votre cœur et vos pas,

Vous sortez d’un tombeau, vous n’y rentrerez pas,

DUHAMEL, ému.

Ma foi 1 cela me donne à réfléchir!..

ARTHUR

Si j’ose

Être franc, veuillez bien m'excuser...

DUHAMEL

Mais la chose

Est grave au dernier point... ah ! le procès !.. voilà Ce qui dérange tout I

ARTHUR

Je vous attendais là;

Il sera terminé tout à votre avantage.

Je vous ai déjà dit que j’avais fait mon stage :

Je pourrais, au besoin, être docteur en droit;

Je connais votre affaire, et sur le bout du doigt;

Mon oncle me l’a dite... il s’agit de prairie Qu’on vous rogne depuis vingt-neuf ans... Je parie Que vous allez gagner la cause en deux instants,

Car la prescription est nulle; il faut trente ans.

DUHAMEL, enthousiasmé.

Ah! quel trésor j’ai là! tu... non, vraiment, vous êtes

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