‹ Les deux héritages;Chapitre 106 sur 138 · OR IN A · texte numérisé non relu

OR IN A

Oui, j'étais, comme toujours, assise sur la pierre du seuil de son palais... la seule pierre qui reste de ce beau palais... Oh! le monstre! qui a tout détruit, tout ce qui appartenait à ce cher enfant! Que toute sa postérité soit maudite!.... Tous les jours je vais là filer ma quenouille. Il me semble le voir encore, ce pauvre petit, qui saute dans Therbe, et qui mêle mes pelotons...

CHOUBINE.

Ce jeune homme t'a donc parlé?

ORINA.

11 avait son bonnet enfoncé sur les yeux, et le collet de son cafetan relevé. Il s'est assis auprès de moi, et

m'a dit : — Bonne mère Tenez! je me suis sentie

comme frappée d'un coup... J'ai cru que mon cœur changeait de place... N'est-ce pas là qu'était le palais du tsarévitch? — Oui, dis-je, et que Dieu le conserve et confonde ses ennemis! — Amen! a-t-il dit. Puis i m'a dit cent choses.... Si je connaissais le tsarévitch.... et puis la tsarine.... dans quel couvent ce scélérat de Loris l'avait enfermée... et puis sesoncies... Grégoire Kagoï airae-t-il toujours bien l'cau-de-vie vieille? — Et Ivan Lcnskoï vit-il encore? — Et puis nous avons parlé

du palais Quel beau palais! La grande salle de

Rladame, et l'estrade avec le tapis de Perse, qu'il a gâté en répandant des confitures... Enfin, nous ne nous lassions pas de parler de ce temps-là.

CHOUBINE, bas à Grc'soîrfl

Elle n'est pas folle, maintenant

GRÉGOIRE

Et ce jeune homme?...

Enfin, il s*est levé. — Tiens, Orinka Jdanova, dit-il, prends ces dix ducats. Adieu. — Et il m'a embrassée , ce cher enfant! Oh ! qu'il est beaul

CIIOUBINE.

Et tu l'as reconnu ?

ORINA.

Dès que je l'ai aperçu.

GRÉGOIRE

Qui est-il?

ORINA.

Personne ne le saura jamais... c'est-à-dire vous le saurez bientôt... Et toi, moine, si tu es parent ou ami de ce monstre de Tartare, qui est à Moscou, dis-lui qu'il se convertisse, car avant un an je tiendrai sa tête dans mon tablier... Aussi vrai que je m'appelle Orina Jdanova, je la ferai rouler dans le ruisseau de la grand'rue... Il m'a promis de me la donner... — Mon cher nourrisson, je ne vous demande que la tête de ce maudit Tartare... Ah! messieurs les Moscovites! Tas •de rebelles! Juifs et païens! Vous baisez la croix devant Boris, et vous prenez pour empereur un Tartare I On \ ous remettra dans le droit chemin, Juifs ! Le temps approche! Choubine, mon petit père, encore un verre d'eau-de-vie. (EUe boit.) A la santé de notre glorieux tsar Dimitrii Ivanovitch ! (mie senfuit.)

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