‹ Les deux héritages;Chapitre 108 sur 138 · DÉPUTATION DES COSAQUES DU DON · texte numérisé non relu

DÉPUTATION DES COSAQUES DU DON

FEDOR

Le tsar reste bien longtemps dans son cabinet aujourd'hui.

BASILE

Il est enfermé avec le noble Semen Godounof, et tu sais que Semen en a toujours long à dire.

FEDOR

Toujours trop long pour les Russes.

BASILE

Semen est un habile ministre, zélé pour le bien public... Il sait tout ce qui se passe dans ce vaste empire... Il est l'oreille de notre glorieux tsar.

Plût au ciel que notre glorieux tsar eût une oreille moins avide à recueillir les dénonciations !

BASILE

Semen est un noble seigneur... C'est plaisir de savoir en si bonnes mains la police de cet empire... Quel bonheur pour notre sainte Russie que tant de talents divers, et tous prodigieux, se trouvent réunis dans l'illustre famille des Godounof !

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Toujours louangeur, Basile Ivanovitch 1 Que pensaistu de Semen, il y a trois mois, lorsque tu quittais ton beau palais de Moscou pour la Sibérie? N'est-ce pas Semen Godounof qui a voulu te perdre?

BASILE

Excès de zèle de sa part. Tout homme est sujet à l'erreur.

FEDOR

Je te croyais plus de mémoire, Basile.

BASILE

Moi ? Personne n'en eut jamais moins !... A quoi d'ailleurs cela peut-il servir dans le temps où nous vivons ?

FEDOR

Je suis fâché que tu n'aies point de mémoire. J'aurais eu quelque chose à te demander, mais il s'agit du règne de Fëdor Ivanovitch, et sûrement tu l'as oublié.

BASILE

Que voulais-tu me demander ?

FEDOR

Lorsque tu as présidé l'enquête tenue à Ouglitch en 7099, tu as vu le corps du tsarévitch...

BASILE

Sans doute, sans doute. Tout ce que j'ai vu alors,

tout ce qui s'est fait à Ouglitcli a été consigné dans un rapport que mes collègues et moi nous adressâmes au tsar... Mais pourquoi souris-tu, et qu'est-ce que ce papier que tu tires de ton sein ?

FEDOR

Une énigme à laquelle je ne comprends rien. Hier soir, cette lettre m'a été remise par un inconnu.

BASILE, lisant.

« Au prince Fëdor Mstislavski, premier boyard du conseil. Nous, Démétrius Ivanovitch, par la grâce de Dieu... » Qu'est-ce que cela?

FEDOR

Regarde donc le sceau. Dieu me pardonne, c'est celui du feu tsarévitch.

BASILE

Tu vas remettre cette lettre au tsar?

FEDOR

Le dois-je, à ton avis ?

BASILE

Tu aurais dû lui porter cette lettre hier, si tu l'as reçue hier... Tiens, j'ai reçu celle-ci ce matin, moi.

FEDOR, lisant.

« Au prince Basile Chouiski. Nous, Démétrius... »

BASILE

La même lettre. 11 dit... L'imposteur ose dire qu'il est vivant... que le prince Diinitrii est vivant, échappé à tous ses ennemis...

FEDOR

C'est étrange ! Et qui a porté cette lettre?

BASILE

A l'église, quelqu'un, sans que j'y prisse garde, l'a mise dans mon bonnet. Folies qu3 tout cela!... Mais il faut se hâter d'en avertir le maître.

FEDOR

Il est impossible que le tsarévitch soit vivant, car...

BASILE

Il est dangereux, il est coupable, Fëdor ivanovitch, de discuter la question.

FEDOR

Qui diable a pu écrire cette lettre ?

BASILE

Je ne sais... quelqu'un peut-être pour nous éprouver.

FEDOR

Sdgeons que c'est...

Basile.

Certainement non. Semen est un noble seigneur, à qui notre fidélité est bien connue... Mais regarde donc ces sauvages là-bas, ces atamans du Don, accroupis sur leurs talons comme des Tartares. Ils m'ont l'air de s'impatienter. Écoutons ce qu'ils disent.

PREMIER ATAMAN

Frère Panteleïko, est-ce que tu n'as pas faim ? Je regrette d'avoir laissé à l'arçon de ma selle mon sac de farine et ma gourde... Voulez-vous que je vous dise, frères atamans... on se moque de nous.

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